Al-Qods… un destin palestinien

Les affrontements dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, vieille ville d’Al-Qods occupée, ont de nouveau éclaté en ce mois de Ramadan entre les colons israéliens, protégés par l’armée de l’occupation, et les Palestiniens. En dépit de sa puissance militaire et sécuritaire, ses dirigeants politiques extrémistes, ses fanatiques religieux et ses hordes colonisatrices, l’État hébreu vit dans une perpétuelle frayeur. Ce n’est pas seulement la révolte, jamais étouffée, des enfants de la pierre ou la résistance héroïque du peuple palestinien tout entier qui ont imposé chez les colonisateurs cette réaction hystérique de peur, mais le lien très solide qui, comme un destin, unit tous les Palestiniens à cette ville sainte, une ville «rêve langue. Une langue où l’histoire se mélange à ce qui la précède, à ce qui la suit. Elle se mélange à l’homme et à la réalité, au fini et à l’infini» écrivait le grand poète syrien Adonis («Jérusalem», 2016. Mercure de France). Ce lien a suffi à ébranler la sécurité d’Israël, donner du fil à retordre à ses idéologues, brouiller sa terrible machine médiatique et là, plonger dans les abîmes de la perdition et du non-sens. Je me souviens des longs discours de notre cher et regretté professeur d’histoire moderne à la faculté des lettres et sciences humaines de Tunis, Docteur Rached Limam, à propos de la ville sainte qui  «chatoie et brille comme l’éclair» selon la belle formule d’Ibn Battuta dans son grand voyage vers 1325. La douce voix de si Rached nous parvenait imprégnée d’une saveur sereine. Au rythme calme de ses propos, nous vibrions d’émotion, l’exaltation de notre jeunesse aidant. C’était dans l’amphithéâtre de là faculté. Le temps était encore à l’effervescence nationaliste et à la révolution estudiantine. Nous trouvions un plaisir indicible à écouter Si Rached, puisqu’il était plus engagé que ses collègues à l’Université. Il ne brandissait pas les slogans creux. Au contraire, il s’imposait par sa simplicité extraordinaire, sa sérénité imperturbable, son éclectisme et la profondeur subtile de ses clins d’œil. Il nous conseillait alors de préserver la mémoire, car elle constitue l’âme des peuples. Il répétait souvent : «Un peuple sans mémoire finit inéluctablement par être emporté par les turbulences de la contingence». Il se démarque d’Ibn Khaldoun en affirmant : «L’histoire, ce n’est pas seulement de la morale, mais aussi une tentative de fixer la mémoire». Ses longues recherches à travers l’histoire de Jérusalem ont donné naissance à la publication d’un grand ouvrage en plusieurs tomes «La bibliographie d’ Al-Qods». Cette œuvre grandiose est considérée par les experts comme une référence incontournable pour l’étude de l’histoire de la ville sainte, conquise par Saladin le vendredi 2 octobre 1187. Cette date a été religieusement choisie par le célèbre héros musulman puisqu’elle correspond au 27 du mois de Rajeb de l’année 583, selon le calendrier musulman, le jour où l’on commémore l’ascension céleste (Mi’raj) de Mohammed.  «Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur, de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée dont nous avons béni l’enceinte». (Le Coran. Sourate 17).
Si Rached était parfaitement conscient que Jérusalem avait besoin d’une mémoire qui la préserverait des dangers de la judéité. Les armes à elles seules ne peuvent garantir la protection de la ville, encore moins les décisions politiques. Il est donc impératif de se doter d’une grande force morale et culturelle en vue de combattre les ennemis de la vérité qui cherchent à déformer l’histoire. Aucune autre ville dans le monde n’a une histoire plus complexe, plus passionnante, plus redoutable quand il s’agit d’en établir la véracité. Mais si Rached a minutieusement dévoilé cette véridicité au grand jour avant les autres. C›est pour cette raison que son nom sera à jamais gravé dans la mémoire de cette ville décrite par Lamartine comme un espace «inondé de la lumière ondoyante».

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