L’Algérie face à la quatrième vague et aux défis d’une vaccination à la traîne

Avec à peine 30 % de taux national de vaccinés et l’augmentation graduelle des cas dus au variant Omicron, l’Algérie tente de faire face à la quatrième vague.
« Je ne suis pas sûr de continuer à ouvrir. Je sens que la fête va bientôt finir. » Las, Amine, gérant d’un restaurant-bar sur les hauteurs d’Alger, balaie du regard la salle de son établissement très fréquentée en ce début de week-end. « J’ai deux amis qui viennent d’être contaminés et autour de moi, il n’y a pas une personne qui ne me parle pas d’un proche qui a attrapé la maladie », s’inquiète le jeune gérant, qui pense que, à ce rythme, les autorités seraient tentées de limiter, encore une fois, l’accès aux lieux de détente.
Depuis décembre-janvier, les chiffres – officiels – de la contamination au Covid-19 sont en augmentation, après un léger tassement, dépassant les 500 cas par jour, annonçant le début de la quatrième vague. Pour Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik (sud d’Alger), la situation est « préoccupante ».
*Hôpitaux en alerte
« En un mois, le nombre de malades se présentant dans les services hospitaliers suspectant des infections à la Covid est six fois plus important », déclare-t-il à El Watan. Même la très officielle agence d’information étatique, l’APS, reconnaît que les hôpitaux algérois commencent à être impactés par ces hausses de cas et avance des chiffres inquiétants. Par exemple, le grand hôpital d’Alger, le CHU Mustapha-Pacha, est passé de 8 à 9 hospitalisations par jour, en décembre, à désormais 20 cas. À l’hôpital de Zéralda (côte ouest algéroise), le taux d’occupation des lits est de 91 %, avec un service de réanimation saturé à 100 %. Dans l’hôpital Nafissa-Hammoud, à Alger, on est passé d’une quinzaine d’hospitalisations, en décembre, à 50 ces tous derniers jours, et la tendance, selon les praticiens, est à la hausse. « Nous sommes dans une opacité épidémiologique. Nous ne savons pas exactement ce qui se passe. Cette augmentation est liée certainement à Omicron, même si nous ne pouvons pas le confirmer, étant donné qu’il n’y a pas de séquençages tous les jours. Mais c’est la seule explication possible », explique le professeur Mostefa Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem).
*Loin des 70 % de vaccinés
Officiellement, et selon les données actualisées de l’Institut Pasteur d’Alger, l’Algérie dénombre 145 cas du variant Omicron au 13 janvier, majoritairement dépistés dans la capitale. Le variant Delta, toujours selon l’Institut Pasteur, représente une proportion de 67 % des cas actuellement, alors qu’il était à 80 % en décembre. « Dans la mesure où le nouveau variant est très contagieux, cela risque d’entraîner une forte pression sur les structures sanitaires », s’inquiète le professeur Mohamed Yousfi dans les colonnes d’El Watan.
Face à l’urgence qui s’annonce, les autorités ne cessent d’appeler les Algériens à se vacciner. Selon le ministère de la Santé, 6 996 002 personnes ont reçu une seule dose, 5 763 106 autres ont reçu deux doses et seulement 147 250 personnes ont reçu la troisième dose. Soit un taux de vaccination inférieur à 30 %. Nous sommes loin de l’objectif visant à vacciner 70 % des Algériens. « J’ai accompagné mes grands-parents pour la troisième dose, et il n’y avait pas foule », témoigne Nadia, rencontrée aux abords d’une polyclinique aux Sources, à Alger. D’après les chiffres du ministère de la Santé, datés de mi-décembre, le taux de vaccination des étudiants ne dépasse pas les 2 %, 27 % chez les enseignants et 31 % pour les soignants.
L’Institut Pasteur insiste sur le fait que les hospitalisations les plus graves et les décès concernent des non-vaccinés. Comment pousser les Algériens à se vacciner en masse ? C’est le casse-tête du moment. Le dernier rebond en termes de vaccination remonte à l’été dernier quand une meurtrière troisième vague a créé la panique, provoquant même des queues interminables devant les centres de vaccination. Faut-il attendre que la situation dégénère encore une fois pour que les Algériens se vaccinent ?
*Instauration prochaine d’un pass vaccinal
Fin décembre, le gouvernement a annoncé l’instauration prochaine d’un pass vaccinal, document justifiant de la vaccination complète, pour toute personne âgée de plus de dix-huit ans. Selon le décret instaurant ce pass vaccinal, « la condition d’âge peut être révisée sur proposition de l’autorité sanitaire habilitée, après avis du conseil scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du coronavirus ». Car l’idée de faire vacciner les enfants commence à faire son chemin chez les autorités. Les cas de contaminations « familiales » sont en hausse ces dernières semaines, surtout via les écoliers, selon plusieurs experts, mais le ministère de l’Éducation nationale refuse d’en arriver à fermer les établissements. En décembre 2021, les autorités ont décidé, précipitamment, d’avancer la date des vacances scolaires d’hiver, prolongée exceptionnellement d’une semaine, en raison de la propagation du virus, notamment en milieu scolaire. Quant au pass sanitaire, il sera exigé par les services de contrôle sanitaire aux frontières pour l’entrée et la sortie du territoire. Ce document sera également demandé à l’entrée des stades et salles de sport, des piscines, des espaces accueillant séminaires et conférences, des salles de cinéma, des théâtres et musées, des salles des fêtes, des hammams, etc. Selon le professeur Réda Djidjik, chef du service immunologie à l’hôpital de Beni-Messous à Alger, « Il faudrait généraliser ce pass vaccinal même aux centres commerciaux et à toutes les institutions étatiques. Les personnes qui ne sont pas vaccinées ne pourront pas accéder à n’importe quelle institution, à n’importe quel centre commercial et à n’importe quelle activité. On va, ainsi, inciter d’une manière indirecte toute personne à se faire vacciner. »
Les prochaines semaines nous diront si ce pass vaccinal et la panique face à cette quatrième vague inciteront réellement les Algériens à aller se faire vacciner.
(Le Point)
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