Le sous-fifre des Bani Makhzoum

A propos de l’ouvrage de Hela Ouardi « Meurtre à la mosquée » ( 2è partie)

Nous publions cette semaine la deuxième et dernière partie d’une lecture de l’ouvrage de Héla Ouardi « Meurtre à la mosquée » proposée par Mourad Loussaïef

 La rhétorique
L’effort de persuasion est subtil et peut faire mouche auprès de certains car les faits sont souvent présentés de manière sournoise. Par exemple, Saad Ibn Oubada aurait fui Omar vers la Syrie (pourquoi n’a-t-il pas fui Abou Bakr ?), serait mort à Hawran dans le sud de la Syrie et son cadavre vert y aurait été trouvé. Qu’à cela ne tienne. L’auteure en conclut à un empoisonnement par Omar !

Par Mourad Loussayef*

Avant cette conclusion tonitruante, elle n’est nullement gênée de préciser que les sources sont contradictoires sur cette mort, certaines disant qu’elle est naturelle, d’autres qu’elle est provoquée, mais tout de suite après et sans motivation, aucune autre que son parti pris, elle nous assène que ce genre d’action radicale est rare chez Omar ! Comprenez que c’est lui le commanditaire mais qu’il ne l’a pas fait aussi souvent que ça…Voilà comment on fait passer subrepticement une information même pas controversée mais carrément inexistante dans les sources elles-mêmes comme une information sûre et carrément entérinée pour accroire que Omar est un meurtrier, de quelqu’un qui n’est lors même pas son adversaire politique et qui se trouve à mille lieues de lui. Que ne l’a-t-il tué quand il était devant sa porte !
Contrairement à sa consultation des psychiatres sur la santé mentale de Omar sur laquelle on reviendra, elle n’a pas consulté des légistes qui lui auraient assuré que tous les cadavres entrant en putréfaction 24 à 48 heures après la mort, présentent des taches vertes sur l’abdomen !
Ce n’est nullement un signe d’empoisonnement, sans quoi d’ailleurs le poison utilisé par Omar devait avoir un effet drôlement retard car renseignement pris, Hawran se trouve à 1000 kilomètres à vol d’oiseau de Médine, soit au moins à une vingtaine de jours de course au galop !
Cet épisode montre la légèreté avec laquelle l’auteure se meut dans cet ouvrage.
Parmi les hypothèses totalement extravagantes et qui démontrent une certaine méconnaissance de l’histoire et du Coran à la fois, Madame Ouardi avance que Mohammed a dû être l’allié des Sassanides (p.170) dans leur dernière guerre contre les Byzantins et en veut pour preuve la concomitance de la bataille de Muuta des musulmans contre les byzantins avec la reprise de Jérusalem par ces derniers aux perses en 629 ! En termes plus clairs, Mohammed aurait attaqué les byzantins pour aider les sassanides qui venaient de perdre. La simple concomitance suffit à sa gouverne pour faire de Mohammed l’allié des perses. Elle en oublie que ce dernier n’était pas un roi pas plus qu’un chef militaire connu et reconnu dont on chercherait le soutien et qui serait en mesure de peser sur ce conflit pluri-centenaire ni surtout que de par sa religion il pût être enclin à prendre fait et cause pour des zoroastriens contre des gens du livre qui lui seraient -à choisir- plus proches.
Elle oublie également que ces mêmes perses avaient déjà éconduit et humilié la délégation qu’il avait dépêchée auprès du roi Chosroes (590-628) pour l’engager à l’islam, lequel roi a déchiré la lettre du Prophète en disant comment cet homme qui est mon sujet ose-t-il m’adresser une lettre pareille….
Plus tard même et sous Omar, une deuxième délégation a manqué d’être tuée et le successeur de Chosroes, le roi Yezdagerd (632-651) avait alors traité les arabes de peuple le plus misérable au monde mangeur de rats et de serpents et les a congédiés avec un sac de terre sur le dos…
Elle oublie enfin que le Coran indique (de façon prémonitoire d’ailleurs) que les Perses seront vaincus « prochainement » par les Byzantins (ce qui fut le cas à partir de la bataille de Ninive en 627) et que donc le Prophète n’avait absolument et sur tous les registres aucune raison de s’allier à eux.
Alors de quelle alliance parle-t-on ? Et de qui se moque-t-on ?
Nous ne pouvons pas revenir sur toutes les hypothèses pittoresques ou fantasques du livre comme celle qui voudrait que Omar eût voulu glorifier Jérusalem pour marginaliser La Mecque (en sus d’un parallèle totalement erroné avec Abdel Malek Ibn Marouane luttant contre la sécession de Ibn Zubayr) ou qu’il eût fermé les yeux sur cet « énorme scandale sexuel » de Moughira pour sauver son immoral gouverneur alors qu’il ne faisait qu’appliquer correctement les lois de l’époque ou qu’il eût procédé à la nomination « révolutionnaire » et « inconcevable » d’un non quraichite gouverneur de La Mecque et membre d’une tribu qui naguère organisait le pèlerinage païen comme si Quraich n’organisait pas elle-même le pèlerinage païen ou celle où elle juge probable que Amr Ibn El Ass ait voulu faire sécession en Egypte et fonder un Etat indépendant (p.147) mais ne nous dit pas quand est-ce que cet Etat a pu être fondé ni pourquoi il ne l’a pas été ou pis encore celle où elle clame que c’est Omar qui aurait interdit les relations sexuelles pendant le Hajj alors que le Coran l’interdisait déjà formellement :

فلا رفث و لا فسوق و لا جدال في الحجّ (سورة البقرة آية 197)

Autant de non-évènements ou d’hypothèses exubérantes qui ne nous avancent pas d’un iota dans la vraie connaissance de Omar mais qui font bien dans le décor, sans plus. 

Meurtre présumé du fils
En guise de coup de massue espéré, l’auteure consacre quelques pages qu’elle voudrait assommantes au châtiment (par flagellation) du fils de Omar, Abderrahmane, pour essayer de montrer le degré de cruauté ou de démence de Omar selon la grille de valeurs de chacun dit-elle…
Pour verser dans l’ironie de l’auteure, on dirait « Omar m’a tuer »…
Or, plusieurs nuances de taille méritent d’être apportées à ce sujet, si bien que la thèse de l’auteure s’effiloche rapidement et irrémédiablement.
D’abord, on ne peut certifier que ce fils est mort de ce châtiment puisqu’il est mort un mois après. Il a donc pu mourir d’autre chose ou d’une autre maladie. En tout cas, il n’est pas facile de trancher, mais ce n’est pas le plus important.
En effet, l’auteure n’a aucune gêne à rapporter allégrement une 1ére version qu’elle dit courte, puis immédiatement après une 2e qu’elle dit longue sans nullement se rendre compte que la 2e version est totalement différente quant au lieu (Médine et pas l’Egypte), autrement plus grave quant aux faits (viol aggravé) et qu’il n’y est plus question de peine appliquée deux fois !
Les choses changent donc du tout au tout dans cette 2e version qui est d’ailleurs la plus plausible vu le nombre de coups de fouet infligé (100 et pas 80) et selon laquelle ce Abderrahmane, après s’être enivré, a croisé une jeune femme dans la rue, l’a traînée dans un verger attenant, l’a violée au point qu’elle en a perdu connaissance, puis l’a abandonnée évanouie. Elle en est en plus tombée enceinte et le violeur ne semble pas s’être occupé ni de la mère ni de son enfant après coup.
Donc si on prend la peine d’y réfléchir de plus près, on se rend compte qu’il s’agit de faits très graves justifiant une peine sévère et on n’est plus berné par la thèse de l’auteure sur la prétendue cruauté ou démence de Omar. On est plutôt ébahi par sa force de caractère et on n’aurait pas aimé être à sa place pour conduire cette redoutable affaire. Pour l’édifier un peu, nous rappelons à Madame Ouardi la teneur de l’article 227 du code pénal tunisien actuellement en vigueur : « Est puni de mort, le crime de viol commis avec violence… ». Il est à ce titre amusant de lui faire remarquer que la peine prévue par notre code est encore plus sévère que la peine coranique qui laisse finalement la vie sauve. L’Islam n’est pas si odieux que ça. Aujourd’hui donc et sauf à dénoncer la peine de mort ce qui est un autre sujet, ce Abderrahmane aurait risqué la potence et personne n’y aurait trouvé à redire, ni le fils ni le Saint-Esprit. Alors, où est l’affreux enjeu ?
Par ailleurs, Madame Ouardi pêche là encore par anachronisme car dire que Omar a tué son fils n’a aucun sens. A Médine, la justice est aux mains de Omar, dans les autres contrées aux mains des gouverneurs et plus tard aux mains des Cadis. Ce n’étaient donc pas le père et le fils, mais le juge et l’accusé. La loi est la même pour tout le monde et le prince est garant de son application, à ceci près que les lois de l’époque étaient différentes et privilégiaient un châtiment corporel. Si aujourd’hui, on présentait un meurtrier à un juge et qu’il le condamnait à la pendaison, on ne dirait pas il l’a tué mais on dirait le meurtrier a été condamné à mort. C’est pareil pour Omar qui n’a donc pas tué son fils comme cette lecture simplette et niaise voudrait le laisser entendre.
D’autre part, bien que femme et possiblement féministe, il est effarant de constater que Madame Ouardi ne se soit pas émue d’un seul mot sur le sort de cette jeune femme violée, engrossée et abandonnée elle et son enfant par ce fuyard d’Abou Shahma. Cela n’a suscité aucun commentaire chez elle, mais on peut la comprendre, c’est que contrainte et forcée, elle a dû s’attendrir pour le violeur pour pouvoir dénigrer son juge et y a, selon nous lamentablement échoué.
Aujourd’hui, on est choqué par le procédé de flagellation qu’on trouve inhumain mais il faut juger avec les yeux de l’époque et ne pas tomber dans une espèce d’anachronisme bête et méchant. Aristote a bien professé l’infériorité structurelle de la femme et trouvé normal l’esclavagisme sans qu’on ne le condamnât ni qu’on défendît à sa pensée d’être diffusée et enseignée sur les bancs des écoles et des universités, car c’était tout simplement l’esprit de l’époque.
Encore une fois, cette affaire se révèle être une tempête dans un verre d’eau, mais ce n’est rien comparé à ce qui suit. 

Meurtre de Omar
Nous en venons maintenant au grand objectif du livre qui est d’enquêter sur le meurtre de Omar déclaré comme « évènement politique majeur » dès les premières pages et dont la thèse officielle ne satisfait pas la curiosité de l’auteure.
Elle a donc décidé « de rouvrir ce grand dossier de l’histoire » (p.12) afin de laver notre ignorance et de nous déniaiser en quelque sorte. Même si elle concède plus loin à un orientaliste italien d’avoir eu avant elle cette intuition fort judicieuse (Leone Caetani), elle fera cette enquête inédite que personne avant elle n’a eu l’idée ou l’audace ou les deux de faire. Certes elle la fera sur la base de « bribes d’informations » dans les sources traditionnelles et en l’absence de « tout document d’archive de l’époque » (même page), mais peu importe, elle y découvrira quand-même « un complot tramé en haut lieu » auquel personne n’a pu songer avant elle. Comme son objectif suprême est « d’élever le musulman au rang de conscience historique », elle finit par découvrir que jamais au grand jamais, le meurtrier de Omar (Fayrûz un esclave perse) n’a pu être un meurtrier isolé avec un mobile personnel (fiscal dit-elle) mais que son bras était commandité par les compagnons quraichites, lesquels ont dû se liguer entre eux malgré leur grande rivalité pour éliminer le pauvre Omar en raison de son atteinte de la maladie d’Alzheimer !
Telle est la grande trouvaille par laquelle elle souhaite élever le musulman au rang de conscience historique. A vrai dire, on préférerait ne pas être élevé à cette dignité.
« Des conspirateurs dissimulés derrière un épais rideau » ont certainement armé le bras de Fayrûz « cet illustre inconnu », de même nous dit l’auteure sans broncher qu’ils ont armé celui de Ravaillac. Elle oublie que Ravaillac -différence de taille- ne s’est pas enfui et que n’en déplaise à Michelet, la thèse selon laquelle il était bien un assassin solitaire détraqué ayant vécu une demande de purger le royaume de « l’antéchrist Henri IV » semble prévaloir… Mais tel n’est pas notre sujet.
Toutefois et pour rester dans le registre de la folie, le livre arrive à cette conclusion incroyable mais que l’auteure a comme d’habitude de solides raisons pour considérer comme quasi certaine, que Omar souffrait de la maladie d’Alzheimer et que c’est la raison pour laquelle les compagnons les plus notoires ont décidé de l’éliminer.
S’ensuivent des passages amusants et insolites sur la prétendue sénilité de Omar que l’auteure situe dans les 3-4 dernières années de son califat (disons à partir de 640) et qu’elle avance en usant et abusant de termes savants comme les syndromes de Diogène ou de Cotard qui devraient déjà s’exclure l’un l’autre en plus d’une ribambelle de symptômes jamais vus en même temps chez une même personne ni décrits réunis dans n’importe quelle nosologie ou sémiologie psychiatrique ou neurologique, sauf peut-être chez Omar.
Ce touche-à-tout aurait donc souffert pendant des années des symptômes suivants : troubles du caractère, insomnie chronique, délire morbide (pléonasme), mélancolie, incontinence émotionnelle, hyperémotivité, épisodes maniaco-dépressifs, paranoïa, agitation psychomotrice, déambulations nocturnes, troubles cognitifs, déficit mnésique, hallucinations visuelles…
S’étant finalement affranchie de tout sérieux, elle finit par entonner au sujet de Omar que: « Sous le coup de ce qu’on pourrait appeler un choc thermique émotionnel, son esprit a probablement vacillé ». On se demande quel esprit a vacillé. Nous entendons parler pour la première fois de choc thermique émotionnel. Même en concédant que les climatiseurs fissent cruellement défaut à Médine, on a du mal à comprendre pourquoi cela aurait fait vaciller l’esprit de Omar… et pourquoi seulement le sien…
Sans se soucier de son relatif jeune âge (50-55 ans), l’auteure conclut que Omar était atteint de la maladie d’Alzheimer, dont elle ne sait même pas si elle existait déjà à l’époque ou pas. Peut-être que les perturbateurs endocriniens sévissaient déjà à Médine. Elle nous assure sans rire que devant tous ces signes qu’elle a certes réunis avec panache (car elle a consulté l’EMC psychiatrie et neurologie !), n’importe quel psychiatre poserait un diagnostic de démence sénile type Alzheimer. Aussi donne-t-elle en notes de fin de volume, le nom d’un « professeur de psychiatrie » tunisien qui l’aurait confortée dans ce fabuleux diagnostic posthume sans toutefois aller jusqu’à dire qui des deux l’a posé. Mais diable, quel psychiatre aurait pu dire une énormité pareille et depuis quand déjà les psychiatres posent le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, une maladie neurologique ??
Comme déjà mentionné, les signes rassemblés ne relèvent d’aucune maladie en particulier mais plutôt de toutes les maladies réunies. Plusieurs d’entre eux constituent à eux seuls des maladies. Rien que dans le syndrome de Cotard par exemple, les symptômes sont la négation du corps, la négation d’organes, la damnation et le délire d’immortalité. Ou diantre, a-t-elle trouvé cela chez Omar ? Se déclarait-il immortel ou se croyait-il dénué de foie ou de poumons ? D’ailleurs pour se déclarer immortel, il aurait fallu qu’il ne fût pas terrorisé par l’idée de mourir comme cela a pu de manière totalement contradictoire lui être imputé à la page 223…
C’est vraiment, totalement et honteusement ridicule. Le seul but est le dénigrement avec des arguments à l’emporte-pièce.
Tout le monde sait qu’un malade d’Alzheimer -qui plus est- à ¾ ans d’évolution n’est déjà même plus capable d’identifier ses proches, de se prendre en charge, de formuler des propos cohérents, de faire la prière, de prendre des décisions raisonnables. Que dire d’un gouvernant en train de conquérir la moitié de la terre connue ? Rappelons seulement que la bataille de Nahawend qui ouvrit la conquête de la Perse a eu lieu en 642 c’est-à-dire en plein maladie d’Alzheimer de Omar déjà à 2 ans d’évolution…
Jusqu’à sa fin, Omar disait des choses raisonnables, se rendait compte que je sache de ce qui lui arrivait et voulait savoir à l’article de la mort qui l’avait tué.
Cette hypothèse est donc risible, mais plus risible encore, est la conséquence que l’auteure en tire : en effet, elle déclare avec le même sérieux que c’est à cause de cette maladie qu’elle a diagnostiquée que les compagnons ont décidé de le liquider. Pourtant, on imagine mal un seul des compagnons avoir l’idée même de tuer un innocent, que dire des six réunis sur un tel forfait et contre le chef des musulmans.
En fait, Madame Ouardi est éméchée par son succès qui lui fait dire n’importe quoi et qui -on doit le reconnaître-, est important auprès des médias français friands du dénigrement de l’islam qu’ils souhaiteraient le plus plat et le plus insipide possible. Mais ce livre n’ajoute pas grand-chose au musulman qui ayant un minimum de connaissance de son histoire et un minimum d’esprit critique, ne se laisse pas berner par le premier venu des arguments. 

Discussion
Maintenant qu’on a réfuté la majorité des thèses romancées et un tantinet intéressées de l’auteure, on enfoncerait des portes ouvertes en clamant haut et fort que les califes étaient des êtres humains soumis à l’erreur et à la tentation du pouvoir. Nous ne faisons pas partie de ceux qui sacralisent ces messieurs. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils soient nécessairement mauvais.
Omar était sans doute, un personnage à part, d’une piété inégalée qui l’a porté à l’excès dans certaines situations. C’est vrai qu’il était terrifié par Dieu là où il aurait peut-être seulement suffi de le craindre.
Il était terrorisé à l’idée de prendre la grosse tête et pour se protéger de cette obsession, il a parfois basculé dans l’excès inverse. C’est vrai qu’il cultivait la frugalité et a porté l’ascétisme à un point difficilement supportable et probablement exagéré. Il était porté à la sévérité quand l’Islam est aussi miséricorde et pardon. Mais il n’empêche que globalement, ce fut un personnage exceptionnel d’un point de vue moral, d’une droiture inégalée, d’une modestie extraordinaire pour un gouvernant tellement puissant et si indifférent à l’argent et au prestige. Après être devenu calife, il n’a pas changé d’un iota sa façon de manger, de s’habiller, de parler et n’a nullement cédé à la moindre tentation du pouvoir.
Pour ce qui est de ses défauts, l’auteure aurait pu si elle avait fait un travail objectif, lui reprocher par exemple d’avoir porté à l’époque le nombre des coups infligés au buveur de 40 à 80 sans que personne ne le lui eût permis, ni Coran ni Prophète (et alors d’ailleurs que Ali revint aux 40 coups) ou analyser avec sérieux les raisons et la façon avec laquelle Khaled Ibn El Walid a été très sévèrement destitué ou sa réinstauration de la prière des tarawih, après que le Prophète s’en abstint pour pas que les fidèles la considérassent comme une obligation et qu’Abou Bakr ne la pratiqua pas pendant ses deux années de califat.
Beaucoup d’autres faits auraient pu avec bénéfice être discutés. Certains méritaient d’être étudiés. Un gouvernant grossièrement vêtu qui entre à Jérusalem conquise à dos de chameau au point que l’évêque du coin ne le reconnait pas facilement, cela ne devrait pas passer inaperçu pour qui se propose d’étudier Omar. Le fait qu’il soit descendu dans la maison de ce même évêque ajoute au charme de la scène. Une modestie et une tolérance qui interpellent les honnêtes gens.
L’auteure aurait pu pousser le mérite jusqu’à analyser le sort très favorable réservé par Omar aux juifs alors qu’il se rendait maître de toute la Palestine et alors même que ces derniers subirent persécutions, bannissements et exils forcés de la part de tous ces prédécesseurs, perses, romains et byzantins.
Bref, il y avait de la matière.
Au lieu de cela, on a eu droit à un nouveau pamphlet superficiel et consternant pour une auteure qui aurait pu mettre son talent réel d’écrivaine au service de la vérité.
Nous nous devons ici d’informer le lecteur que Madame Ouardi a été nommée en 2008 au grade de Chevalier de l’Ordre français des Palmes académiques. Ce n’est qu’alors qu’elle commença à publier sur les thèmes de l’islam. D’aucuns y verraient un lien…
Toujours est-il que cette décoration n’est décernée qu’à toute personne contribuant activement, à l’expansion de la culture française dans le monde. Il y a donc peut-être conflit d’intérêts à publier sur l’islam, la culture française étant essentiellement judéo-chrétienne. En tout cas, le moins qu’on puisse dire et penser est qu’un ouvrage élogieux sur Omar n’aiderait pas à l’expansion de la culture française dans le monde…
Cette décoration couplée au contenu du livre, jette donc une ombre de partialité sur l’ouvrage et pourrait expliquer l’instruction à charge menée tambour battant depuis 2016 jusqu’à nos jours. 

Bibliographie
Comme dans les précédents pamphlets (et dans ceux à venir sans doute), la bibliographie est à première vue très fournie. Elle vise à crédibiliser les thèses avancées et à faire taire les éventuelles critiques. Tous les auteurs musulmans du majeur au mineur sont cités. Nous avons compté pas moins de 73 ouvrages classiques avec 905 tomes compulsés. Si on compte une moyenne de 500 pages par tome, on dépasse largement les 450.000 pages lues ou parcourues. Maintenant, si on lit un tome par jour -ce qui est impossible-, il faudrait 900 jours soit 3 ans rien qu’à lire, sans compter le temps de l’écriture. Naturellement, il s’agit d’une moyenne mais qui donne une idée, sur le travail devant être fourni.
De plus, ce travail a consisté à dénicher dans les ouvrages classiques les pépites ou les anecdotes négatives qui pourraient servir la thèse pamphlétaire de l’auteure. Elles ne sont pas si nombreuses et il faut lire beaucoup pour trouver peu. Ceci d’autant plus que l’auteure déclare se baser sur « le dépouillement patient et méthodique des sources ». Quand on sait que le tome commenté a paru 2 ans après son prédécesseur et que les deux précédents tomes avec les mêmes caractéristiques ont paru à quelques mois seulement d’intervalle, on est en droit de se demander comment ce travail titanesque a pu être fait en si peu de temps ?
Il est donc probable que ce ne soit pas l’Islam qui soit une œuvre collective…
Nous ne pouvons résister au final au plaisir de rassurer l’auteure qui dit ne pas craindre de démolir la légende construite autour de Omar. C’est bien essayé mais vous ne l’avez pas démolie, vous l’avez raffermie au même titre que celle de ses illustres prédécesseurs.

*Avocat

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