Bourguiba et… les exaltés de l’islamisme ! 

Dans une lettre envoyée de sa résidence au Caire le vendredi 25 mai 1951, à son «frère ennemi» Salah Ben Youssef, le leader Habib Bourguiba écrivait à propos de l’islamisme : «Je me suis longuement étendu sur (ce) problème parce que j’estime qu’il dépasse notre vieux différend avec les « archéos». C’est un problème qui est en train d’évoluer vers une direction dangereuse, un problème qui se pose, au surplus, avec plus d’acuité dans tous les pays musulmans… il ne faut pas s’y tromper… il y a —chez les chefs, chez les pontifes—  la conscience nette du danger que constituerait pour eux l’accession au pouvoir des leaders… de mentalité progressiste».
Par sa gravité et son sérieux, l’Histoire remet les choses en place et rend parfois un peu justice. Je parle précisément de l’»Histoire régressive» qui signifie qu’on ne peut comprendre l’importance d’un événement ou d’un document du passé qu’en partant du présent, et non l’inverse. Il y a des vérités, dans ce genre d’Histoire, qui méritent d’être au centre des réflexions collectives sans rancœur ni tabou, et sur lesquelles il faut s’arrêter, puis zoomer pour séparer les séquences. Et voilà… soixante ans plus tard, les «exaltés de l’islamisme», selon la célèbre formule du «combattant suprême», ont pu arriver au pouvoir. Encloués dans l’obscurantisme, la cagoterie. Aussi  «démocrates» par-devant qu’ils sont totalitaires et prédateurs par-derrière.  «Héritiers de Dieu» sur terre, ils se croient en possession divine d’un pouvoir politico-religieux  faisant partie de leurs devoirs fondamentaux ; la religion peut donc être instrumentalisée au profit de leurs intérêts personnels. «Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser», écrivait Montesquieu. Que dire alors des épigones islamistes aux oripeaux afghans !  C’est par un tel processus de  «justification religieuse»,  comme le décrit superbement le psychologue canadien Albert Bandura (1925 – 2021), qu’une volonté de propager l’obscurantisme se transforme en «phénomène individuellement et socialement acceptable». Les peuples, lorsqu’ils sont en désarroi et ébranlés, peuvent être attirés par la solution du pire qui leur est «vendue» comme la plus efficace et salutaire. Le vide spirituel et mental produit des formes pathologiques de la religion et son instrumentalisation par des formes non moins pathologiques de la politique politicienne. Cette conception islamiste du pouvoir, où le temps semble mis en suspens depuis quinze siècles, comme l’illustre le projet politique de la secte islamiste dans nos contrées,  jouit d’avoir rallié à sa cause «le petit peuple d’en bas» et un pouvoir médiatique, qui se présente comme le sacré collège d’une spiritualité envahissante. Ce projet a produit,  pendant plus d’une décennie, de multiples formes de la haine endémique envers la modernité et ses valeurs universelles. C’est la plus avilissante entreprise de haine conçue par l’humanité après la Deuxième Guerre mondiale. Comme tous les extrémistes avant eux, les islamistes ont un système global d’interprétation du monde et sont persuadés de détenir la vérité et les clés de la marche de l’histoire. Ils sont experts dans l’«art» de manipuler les  «passions tristes» des gens frustrés, d’inventer des complots imaginaires (l’islam en danger) pour en fomenter de réels et d’exercer leur pouvoir tyrannique «au nom de «Dieu le plus puissant». Plutôt d’arracher aux citoyens leur dignité, comme le font les tyrannies déclarées, ils les amènent à y renoncer. Quel peuple aura connu, en une décennie de pouvoir islamiste, une telle saignée  !? Il faut regarder les choses en face. L’islamisme est très profondément enraciné dans notre pays. On aimerait penser le contraire, mais c’est un fait, une évidence. La lettre de Bourguiba nous donne des microscopes pour observer plus finement ce que l’on désigne quand on parle de l’extrémisme islamiste en Tunisie. Il faut renouer la chaîne brisée des temps, réactualiser, parachever les évènements par un retour aux sources crédibles. Dans cette «démocratisation» de l’extrémisme religieux, troublante était la complaisance de politicards «modernistes et laïcs» et d’intellectuels «éclairés» qui semblent s’habituer à cette dérive «légitime». Bourguiba, reviens, ils sont devenus fous !

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