Pour la défense des élites (4) !

La lecture historique rapide de la relation entre les élites et les couches populaires montre qu’elle a connu des moments forts d’adhésion et des moments de crise et d’effritement. La principale conclusion de cette lecture est que les victoires et les succès dans notre expérience politique collective correspondent à des moments de forte connivence entre les élites et les couches populaires comme en témoignent la lutte de libération nationale et l’expérience de la construction de l’Etat national.
En même temps, les moments de crise sociale marqués par des échecs et des défaites ont sonné la séparation entre les élites et les dynamiques sociales larges, comme les expériences des grandes réformes de la seconde moitié du 19e siècle, la dérive de l’Etat national et le recul sur son projet moderniste et démocratique à la fin des années 1970.
Cette lecture historique nous amène à soulever deux questions essentielles. La première concerne la reconnaissance du rôle historique joué par les élites tunisiennes dans l’ouverture de perspectives à notre projet collectif de libération nationale et de développement social à travers la construction d’un bloc historique large. La seconde concerne les conditions de cette alliance historique entre les élites et les larges couches populaires.

Les conditions de réussite de l’alliance historique
La lecture de l’histoire de l’alliance entre les élites et les couches populaires nous permet de mettre l’accent sur quatre conditions pour sa réussite et sa capacité à ouvrir des perspectives pour l’expérience politique tunisienne. La première condition concerne l’existence de partis politiques forts, influents et structurés capables de réfléchir, d’agir sur la dynamique sociale et d’organiser le mouvement des masses.
La seconde condition concerne l’existence d’organisations syndicales et sociales et d’organisations de la société civile. Car les partis politiques, en dépit de leur importance, ne sont pas capables d’intégrer le corps social dans sa globalité. Ceci explique l’importance des organisations sociales comme l’UGTT, l’UTICA, l’UTAP et les organisations de femmes ainsi que le mouvement de la société civile et leur rôle dans la mobilisation des couches sociales.
La troisième condition concerne les grandes visions et les grands projets que les élites sont capables de construire et qui constituent le cadre général de ces alliances et de la construction du lien commun.
La quatrième condition est relative à l’Etat et à sa capacité de traduire les visions dans des politiques publiques et dans des projets capables d’offrir à toutes les couches sociales et particulièrement les jeunes, la capacité à contribuer à construire l’avenir.
Notre pays traverse aujourd’hui comme beaucoup de pays du monde des crises et des défis multiformes. La sortie de ces crises exige la réunion des conditions pour reconstruire une alliance historique entre les élites et les larges couches populaires. Cette alliance donnera aux élites la possibilité d’ouvrir la voie de l’avenir et les moyens de construction d’une nouvelle étape pour notre projet national, et réussir la transition démocratique.

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