A quand l’apaisement ?

Le gouvernement est enfin mis en place mais la tâche sera rude, à la hauteur des défis économiques, financiers et sociaux, et du flou politique qui persiste et qui interroge sur la légitimité constitutionnelle et juridique de ce gouvernement d’exception. Cette question pèsera de tout son poids sur le rendement du gouvernement, chacune de ses décisions et de ses actions  sera entachée d’irrégularité et d’illégitimité aux yeux d’une partie des élites politique et juridique, comme la prestation de serment sur la Constitution de 2014 alors que le décret présidentiel 117 a été placé au-dessus de la Loi fondamentale de 2014.
Le contexte politique tunisien est compliqué, il divise les Tunisiens et dresse de nombreux obstacles devant le nouveau gouvernement mais, légitime ou pas, cette équipe ministérielle composée de technocrates apolitiques doit être soutenue, parce que c’est une équipe censée être de choc pour la relance économique. C’est en tout cas ce que souhaitent les Tunisiens. Ce gouvernement a besoin d’être soutenu pour pouvoir  affronter une situation difficile et les conséquences douloureuses des gouvernements précédents, comme l’endettement extérieur, le chômage et le pouvoir d’achat, sans oublier le tissu industriel en grande difficulté.
Le flou politique n’empêche pas un débat national sur la question de la légitimité, un débat au demeurant salutaire qui pourrait activer le passage de  cette phase transitionnelle à un retour à la normale des institutions, mais les défis économiques nécessitent un gouvernement fort et entreprenant. Serait-ce le cas ? Il faut l’espérer. Il  y a lieu déjà de s’interroger sur l’impact de la non-adoption du gouvernement par l’ARP dans la relation avec les instances internationales et les agences de notation vis-à-vis d’un gouvernement exceptionnel. Des vis-à-vis incontournables dès lors que l’équipe de Najla Bouden doit d’emblée chercher des ressources (9 à 10 MDT) pour boucler le budget 2021, sans compter le budget 2022.
Kaïs Saïed dit vouloir suspendre les mesures d’exception, mais pas tant que le danger imminent est présent, danger lié au Parlement gelé depuis l’annonce des décisions du 25 juillet 2021. Comment ? Quand ? Seul le président Kaïs Saïed semble avoir des réponses à ces questions. Il l’a affirmé lundi dernier dans son discours prononcé lors de la cérémonie de prestation de serment. « C’est clair dans ma tête, je sais ce que je fais et où je vais », a-t-il déclaré. Pourquoi donc tout ce flou politique ? A noter que le président conteste l’existence même d’un flou politique. Lundi dernier, il a enfin fait allusion à la tenue d’un dialogue national dans les prochains jours. Mais ce dialogue sera sélectif, seuls les jeunes ont été cités par Kaïs Saïed pour participer à ce dialogue. Quoi de plus flou quand on sait que c’est tout le système politique qui va être révisé de fond en comble, ce qui concerne tous les Tunisiens.
Le contexte politique est complexe et sujet à divisions entre les Tunisiens, ce qui est dangereux pour le pays. La légitimité du décret 117  est, qu’on le veuille ou pas, controversée par une partie des Tunisiens, même minoritaire selon les sondages, qui ont été la cible des décisions du 25 juillet. Le président de la République est le président de tous les Tunisiens, il doit s’ériger en rassembleur. Un dialogue national doit unir toutes les forces vives de la nation, celles qui veulent reconstruire le pays. Les autres, c’est à la justice de dire son mot sur les abus, les crimes et les dépassements qu’ils ont commis. C’est en faisant preuve d’apaisement et de transparence que le président Kaïs Saïed pourra aplanir les difficultés, les tensions et les obstacles au profit du gouvernement et de tous les Tunisiens. C’est aussi le moyen de faire front face aux saboteurs, aux comploteurs et aux casseurs. Les propos honteux de Moncef Marzouki à Paris qui a appelé les autorités françaises à annuler le Sommet de la Francophonie à Djerba en novembre prochain est un acte condamnable. Moncef Marzouki a tenu ses propos parce qu’il a profité de la fébrilité inhérente au flou politique et à l’inquiétude des Tunisiens qui ignorent de quoi sera fait demain.
Il est clair qu’une partie des Tunisiens ne veut pas cautionner Kaïs Saïed, elle lui fait bloc, et demande à des parties étrangères d’intervenir « pour fermer la parenthèse » Kaïs Saïed.  C’est un dialogue national serein qui permettra de dépasser cette étape porteuse d’incertitudes et de dangers. Malgré tout, le gouvernement, maintenant qu’il est là, doit être soutenu parce qu’il doit réussir. Un conseil à Najla Bouden et aux ministres : ne prêter l’oreille qu’aux critiques constructives et aux bons conseils qui construisent et ne détruisent pas.
Votre unique objectif est de réussir, ne décevez pas les Tunisiens.

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