Livre francophone : En attendant les Etats généraux du livre en langue française dans le monde, organisés à Tunis les 23 et 24 septembre 

Une étude économique publiée en amont des États généraux du livre en langue française prévus à Tunis permet de mieux comprendre les défis majeurs du secteur.
Parmi les piliers du patrimoine culturel qui unit la francophonie, le livre en langue française a construit son identité sur les multiples facettes linguistiques, éducatives, politiques ou encore économiques des pays francophones. Une richesse unique pour un bien de premier plan dans le paysage culturel.
Son marché est estimé à un peu plus de 5 milliards d’euros issus des ventes de livres, soit près de 5 % des ventes de livres dans le monde en 2020. La France concentrait à elle seule 85 % du marché francophone, suivant ensuite le Canada (Québec), la Belgique, la Côte d’Ivoire, la Suisse, le Cameroun, le Sénégal et le Maroc. Malgré ce déséquilibre structurel, les talents émergent de toute la Francophonie, portés par une grande qualité des professionnels du secteur, sur toute la chaîne, généralement soutenus par des pouvoirs publics passionnés, qui agissent à la hauteur de leurs moyens.
Le secteur fait néanmoins face à des problématiques constantes de piratage, à l’hétérogénéité des cadres institutionnels nationaux, aux transformations numériques qui réinventent la diffusion des ouvrages ou encore tout récemment aux impacts significatifs de la pandémie mondiale. Pas seulement culturel ou éducatif, le livre en langue française est un véritable moteur qui se situe à la croisée de nombreux enjeux socio-économiques de nos quotidiens.
*Autour des problématiques du livre en langue française
Projeter le marché du livre en langue française à horizon 10, 20 ou 30 ans peut sembler anecdotique ou relever de la science-fiction : l’exercice permet néanmoins de partir d’un état des lieux consolidé du livre dans l’espace francophone pour projeter et anticiper les grands bouleversements à venir. Mieux : l’exercice invite les acteurs du livre et les pouvoirs publics à s’emparer ensemble de ces questions, à échanger et à s’unir, afin de porter le développement du marché dans son ensemble. C’est bien là l’ambition des États généraux du livre en langue française dans le monde, organisés à Tunis les 23 et 24 septembre 2021.
Selon le scénario le plus optimiste, celui d’un rayonnement du livre francophone, certes soutenu par la croissance démographique de l’Afrique, fait majeur pour la francophonie dans les 30 ans qui viennent, mais aussi une politique de soutien aux livres francophones, les livres francophones représenterait 8 700 éditeurs dans le monde (+ 2 300 en 30 ans) publiant 170 000 titres (près de 50 000 en plus, dont un doublement pour l’Afrique). Le livre francophone représenterait alors 7,3 milliards d’euros de revenus pour 725 millions d’exemplaires diffusés. Les deux tiers représenteraient une diffusion papier, le dernier tiers se répartissant en numérique (20 %) et audio (13 %). Sur les marchés les plus significatifs (+ 100 millions d’euros de vente annuels) les plus fortes croissances seraient pour l’Afrique Centrale (+ 142 %), l’Afrique l’Ouest (+ 85 %), et le Maghreb (+ 82 %) à comparer à un modeste + 19 % pour l’Europe de l’Ouest (hors inflation). L’Afrique représenterait alors 15 % des ventes mondiales, certes un chiffre inférieur au poids de l’Afrique dans la francophonie en 2050 (63 % des francophones dans le monde), mais à comparer aux 2 % des ventes actuels ! Ce chiffre étant en grande partie dû aussi au prix du livre plus bas en Afrique qu’en Europe.
*Rééquilibrer l’ensemble de la chaîne
Pour s’orienter vers un avenir de rayonnement du livre en langue française, plusieurs éléments doivent être pris en compte. D’abord, la démographie unique de l’espace francophone doit être prise comme un atout pour le développement du marché : portée notamment par la forte croissance de la population en Afrique subsaharienne, la vitalité démographique permet d’accroître et de transmettre une culture partagée, dont le livre est un agent de premier plan. Les activités d’écriture et de lecture doivent être promues auprès des plus jeunes, pour ancrer cette culture de la transmission dans des pratiques partagées. Et l’objet livre en tant que tel doit être accessible, par des prix abordables pour le grand public et équilibrés pour assurer une répartition équitable sur toute la chaîne du livre. Le rayonnement du marché passera par la prise en compte de ces vecteurs interdépendants, mais aussi par accélérateurs comme la structuration des cadres institutionnels, la cohésion des écosystèmes nationaux et internationaux, la capacité à absorber la massification de l’éducation de certains pays ou à aborder les enjeux numériques associés… Autant de clés pour progresser, ensemble.
*Le tournant du numérique, incontournable
En visant le rayonnement, les parties prenantes ne doivent pas oublier les ruptures potentielles que le marché pourrait connaître dans les décennies à venir. Une trajectoire de rupture pourrait se traduire par une montée en puissance des plateformes de « streaming de livres », portée par de nouvelles habitudes de consommation des biens culturels, des contenus qui s’adaptent aux nouveaux supports et des logiques économiques passant de l’acquisition de livre à l’accès infini à des bibliothèques numériques. L’exemple du marché mondial de la musique enregistrée est frappant puisque, entre 2001 et 2018, les ventes numériques représentaient 59 % du marché, dont 47 % uniquement par du streaming musical. Une transformation qui a provoqué une chute des revenus mondiaux de 23,9 milliards de dollars en 2001 à 14,3 milliards de dollars en 2014, mais qui sont remontés à 19,1 milliards de dollars en 2018. Si les marchés de la musique et du livre diffèrent, ils ont également des points communs justifiant une analogie intéressante pour projeter des problématiques possibles à adresser pour les acteurs du livre en langue française.
Rayonnement, rupture numérique… Deux trajectoires parmi d’autres qui ont permis de construire l’étude économique prospective « Le livre en langue française dans le monde en 2030 et 2050 », publiée lors des États généraux du livre à Tunis. Il s’agit là d’une première brique qui appelle à agir, à poursuivre les travaux d’analyse pour comprendre les enjeux et fédérer les acteurs derrière une cause commune : soutenir ensemble le marché du livre en langue française dans le monde.
(Le Point)
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