Nous ne les regretterons jamais

Comment expliquer l’explosion de joie qui a eu lieu au soir du 25 juillet ? Pourquoi les plus enthousiastes parlent d’une véritable libération ?
Pour répondre à ces deux interrogations, il faut avoir vécu le sentiment d’humiliation qui n’a cessé d’habiter la majorité des Tunisiens depuis presque une décennie. Comment ne pas se sentir humilié lorsqu’une classe politique, toutes tendances confondues, pratique l’autisme et fait montre d’une crasseuse médiocrité ? Depuis 10 ans, rares sont les jours où les Tunisiens n’ont pas bu une petite gorgée de malheur au point de douter de tout et surtout, de l’avenir de ce pays.
Avant que de prétentieux juristes ne se répandent avec leurs théories fumeuses criant à tout bout de champ au coup d’Etat comme au loup, il faut être conscient de l’immense désespoir dans lequel était plongée une nation entière. Quand votre économie s’effondre jour après jour, quand l’image de votre pays se dégrade à l’étranger, quand votre Etat n’est plus capable de faire face à la débandade générale, quand vos  valeurs et votre mode de vie sont attaqués au quotidien par des fanatiques déterminés, quand votre Parlement devient un lieu de turpitudes dans lequel des voyous donnent libre cours à leurs instincts primaires, quand votre gouvernement est une baudruche incapable d’entreprendre la moindre réforme et de faire face à la moindre urgence, et bien oui, le coup de balai ou le coup de pied du 25 juillet prend à nos yeux l’allure d’une véritable  libération.

Les 80% de Tunisiens qui ont plébiscité sans la moindre hésitation les décisions du 25 juillet n’ont pas, selon moi, cherché à glorifier Kaïs Saïed ni à lui offrir un blanc-seing pour y pratiquer un pouvoir personnel ; par leur adhésion massive à son audace constitutionnelle, ils lui ont exprimé leur gratitude pour les avoir débarrassés d’un système politique vérolé et pour avoir renvoyé à la maison une classe politique peu ragoûtante.
Le soulagement de la majorité des Tunisiens suite au bouleversement du 25 juillet s’explique également par la déconfiture historique d’Ennahdha et de son leader ;  les images de Rached Ghannouchi implorant les soldats de lui ouvrir les portes d’un Parlement honni resteront à jamais gravées dans la mémoire des Tunisiens.
Qu’on le veuille ou pas, Kaïs Saïed a ramené le parti islamiste à sa véritable dimension et a probablement signé le certificat de décès des dirigeants actuels de ce parti. Les méfaits de l’Islam politique dans ce pays ne se comptent plus : entre les filières djihadistes en Syrie, les financements étrangers occultes, le racket des hommes d’affaires, l’islamisation de nos enfants et son avidité sans fin, le parti islamiste a prouvé qu’il ne méritait pas de participer à la vie démocratique et que son projet obscurantiste était désormais démasqué.
Nos amis à travers le monde, préoccupés par notre santé démocratique, doivent se rassurer : le 25 juillet, nous nous sommes débarrassés d’une gangrène qui nous vouait à une mort lente mais certaine.
N’ayez crainte, amis européens, américains, les dictatures ne fleurissent pas dans un pays qui possède une élite intellectuelle et une société civile vigilantes, un peuple fier et attaché à sa liberté.
Kaïs Saïed n’a pas encore réussi son pari, loin s’en faut ; beaucoup de choses restent à accomplir et rien n’est jamais acquis mais, un fait est là, massif et indiscutable : il restera celui qui a mis un coup d’arrêt au démantèlement de l’Etat et de ses institutions et qui a dévisagé pour toujours les marchands de religion ayant fait de la destruction de notre pays une mission sacrée.

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