Une fusée chinoise va retomber sur Terre de manière « incontrôlée »

La fusée utilisée pour le lancement de la Station spatiale chinoise, actuellement en orbite, va faire une rentrée incontrôlée dans l’atmosphère dans les prochains jours, sans que l’on puisse prédire exactement où. Il y a un an, le même type de débris s’était écrasé non loin d’un village de Côte d’Ivoire.
Une énorme partie d’une fusée chinoise est sur le point de faire une rentrée incontrôlable dans l’atmosphère, se consumant seulement en partie. La question reste de savoir où et quand les débris toucheront notre planète ?
Jeudi dernier, la Chine a lancé avec succès le premier des trois éléments de sa station spatiale, la « CSS », aussi appelé le « palais céleste ». Trois taïkonautes devraient bientôt habiter dans ce gros cylindre de 22 tonnes, qui a été placé en orbite au-dessus de nos têtes, à l’instar de la Station spatiale internationale gérée par la Nasa et Roscosmos, rejointe récemment par Thomas Pesquet.
Après 492 secondes de vol, le module s’est détaché comme prévu de l’étage central de la fusée Longue Marche 5B, qui a été utilisé pour le lancement. Cet étage central a lui aussi été placé temporairement en orbite basse, mais plus pour longtemps.
D’après le site spécialisé « SpaceNews », cet énorme objet de 21 tonnes s’apprête à faire une rentrée incontrôlée au cours des prochains jours « car une interaction croissante avec l’atmosphère l’entraîne vers la Terre ». Si tel est le cas, « ce sera l’un des plus grands cas de rentrée incontrôlée d’un vaisseau spatial et il pourrait potentiellement atterrir sur une zone habitée », commente le site.
Habituellement, la plupart des premiers étages de fusées n’atteignent pas la vitesse orbitale après leur lancement. Ils réatterrissent peu après dans une zone de rentrée prédéfinie. Ici, l’étage de la fusée doit se consumer en grande partie dans l’atmosphère lors de sa rentrée, mais ce ne sera pas le cas des composants les plus résistants, comme ses moteurs, qui s’écraseront sur Terre.
*Trop d’incertitudes dans le calcul de sa trajectoire
Cela étant dit, les probabilités sont grandes que cette partie de fusée tombe dans un endroit inhabité, comme les océans, qui couvrent 70 % de notre planète bleue. Les chances qu’un individu soit frappé par des débris spatiaux sont extrêmement faibles, d’une sur plusieurs milliards.
Tracer à l’avance la trajectoire de cet étage de fusée est difficile, voire impossible, explique le site « Space.com » car trop d’incertitudes sont impliquées dans le calcul de l’effet de la traînée atmosphérique sur le module central. L’atmosphère terrestre peut se dilater ou se contracter avec l’activité solaire, ce qui rend difficile d’estimer exactement quand et où la fusée tombera.
Actuellement, l’engin de 30 mètres de haut voyage à une vitesse d’environ 27.600 km/h (soit plus de sept kilomètres par seconde) et à une altitude de plus de 300 km, ce qui lui permet de faire le tour de la Terre toutes les 90 minutes. L’armée américaine l’a nommé 2021-035B et sa trajectoire présente peut être consultée sur des sites web tels que orbit.ing-now.com. Il a perdu environ 80 km d’altitude depuis ce week-end.
A cette vitesse, quelques minutes de différence dans son horaire de rentrée entraînent un lieu d’arrivée des milliers de kilomètres plus loin, rappelle SpaceNews. Par exemple, si une rentrée atmosphérique était prévue à 12h00 au-dessus de l’Atlantique mais que le manque de précision du freinage entraine un retard de quelques minutes, les débris pourraient se crasher en Afrique de l’Ouest.
Le site ajoute d’ailleurs que l’inclinaison orbitale de l’objet de 41,5 degrés signifie qu’il « passe un peu plus au nord que New York, Madrid et Pékin et aussi loin au sud que le sud du Chili et Wellington, en Nouvelle-Zélande, et pourrait faire sa rentrée à tout moment dans cette zone ».
Les morceaux qui survivront à cette rentrée atmosphérique provoqueront le crash de « l’équivalent d’un petit accident d’avion dispersé sur 100 miles (160 km, NDLR) », précise Jonathan McDowell, astrophysicien au Centre d’astrophysique de l’Université Harvard interrogé par le « Guardian ». Depuis 1990, aucun objet de plus de 10 tonnes n’a été délibérément laissé en orbite pour rentrer sans contrôle sur Terre.
« C’est vraiment négligent de la part de la Chine, estime-t-il. Les engins de plus de dix tonnes, nous ne les laissons pas tomber du ciel de manière incontrôlée délibérément ». En mai 2020, plusieurs grands morceaux de métal d’une autre fusée Longue Marche 5 s’étaient déjà écrasés en Côte-d’Ivoire, endommageant plusieurs bâtiments, sans faire de blessés.
(Les Echos)
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