La dernière chance

 L’échange de vœux entre les trois présidents à l’occasion de l’Aïd El Fitr a suscité l’espoir d’une éclaircie, celle de parvenir enfin au terme du bras de fer au sommet de l’Etat et du blocage des institutions. L’heure est en effet à l’affût du moindre signe d’atténuation des tensions et de reconnexion des contacts entre les trois présidents, de la République, du gouvernement et du Parlement. La crise politique est devenue endémique et dévastatrice pour la Tunisie.
Au nom de quel droit, de quelle éthique, de quelque prétexte que ce soit, un dirigeant politique peut-il se permettre d’user de ses pouvoirs pour hypothéquer le sort de toute une nation ? N’est-ce pas cela la dictature ?
L’entente et la coordination entre les trois institutions, avec bien sûr l’appui des partenaires sociaux (Ugtt et Utica), sont déterminantes pour trouver une issue aux crises politique, économique, financière et sanitaire qui s’abattent sur la Tunisie. Il s’agit là d’une urgence, d’un impératif que les trois présidents ont le devoir politique, moral et électoral de mettre en place et d’aider à concrétiser. C’est un devoir, pas une faveur ni une aumône envers le peuple tunisien. La réussite des négociations avec le FMI, les négociations de la dernière chance (dixit le Chef du gouvernement) qui devraient éviter à la Tunisie le krach financier, dépend de cette cohésion entre les institutions et de la solidarité entre tous les Tunisiens.
La réussite signifie l’acquisition d’un crédit, le quatrième en dix ans, triennal, faramineux, de 4 milliards de dollars en échange d’un contraignant plan de réformes qui, d’ici 2024, devrait changer un large pan du modèle économique de la Tunisie et surtout impacter le marché de l’emploi et le pouvoir d’achat déjà réduit à son plus bas niveau. Une gageure en ces temps de pandémie et de situation sociale au bord de l’explosion après une décennie de mauvaise gouvernance qui a mené la Tunisie vers la faillite. Les risques d’embrasement sont réels et ce plan gouvernemental a besoin du plus large soutien à l’intérieur de la Tunisie plus qu’à l’extérieur pour être engagé. Or, les délais sont très courts, la tâche est titanesque et les faux-pas du gouvernement ont nui à toutes les tentatives de rapprochement des vues avec l’Ugtt. La Centrale syndicale a refusé de soutenir ce plan, dénonçant le fait de ne pas avoir été associée à la rédaction finale du document présenté au FMI, ni d’avoir été informée de son contenu. Etonnamment, la même réaction a été enregistrée du côté de l’ARP où le rapporteur de la commission des finances a affirmé ignorer le contenu du document gouvernemental ainsi que la composition de la délégation partie à Washington négocier avec le FMI. Pourtant, le FMI, qui a précédemment exprimé son mécontentement pour le non-respect des engagements pris par la Tunisie, a recommandé au gouvernement Mechichi d’œuvrer à la conception dudit plan dans la concertation avec toutes les parties concernées. C’est donc sur les chapeaux de roues que les négociations techniques avec les équipes du FMI ont démarré en début de semaine. Peu d’observateurs avertis croient à leur aboutissement. Pourtant, il le faut. Le gouvernement Mechichi a de nouveau besoin d’emprunter auprès des banques tunisiennes pour assurer le paiement des salaires du mois de mai (1700 MDT). Une situation intenable tandis que les grèves, le blocage des mines de phosphate et des champs de pétrole, la mauvaise gestion des entreprises publiques, la corruption, amputent l’Etat de ressources financières inestimables, le tout dans une totale impunité. Dernier acte : toutes les recettes des finances sont en grève depuis plus de trois semaines.
Après la Révolution de la dignité, tous les gouvernements qui se sont succédé ont fait face à un mur en tentant de débloquer des sit-in ou des grèves autrement que par la satisfaction de toutes les revendications. Aujourd’hui  encore, alors que la dette publique de la Tunisie devrait atteindre la barre des cents milliards de dinars d’ici la fin de l’année 2021, l’Ugtt appelle le gouvernement à de nouvelles négociations sociales, afin de sauver le pouvoir d’achat des Tunisiens, le taux de pauvreté s’approchant du quart de la population tunisienne (plus de 22%). La Tunisie se trouve dans une spirale d’endettement infernale sans pouvoir compter sur le moindre levier économique d’autant que la pandémie de la Covid a porté un coup fatal aux petites entreprises.
Le voyage à Washington de la délégation tunisienne a soulevé une vague de critiques contre aussi  bien la composition de l’équipe devant rencontrer les experts du FMI que le contenu du document gouvernemental, tous deux, semble-t-il, conçus dans le secret. Pourtant, il faut impérativement  déboucher sur des réalisations. Il s’agit, certes, de se conformer aux exigences du FMI, mais il revient surtout à nos dirigeants de trouver les solutions les plus adéquates, les plus intelligentes, qui préservent au mieux la paix sociale et évitent d’alourdir davantage le fardeau des Tunisiens. Pour ce faire, il faut commencer par avoir une vision prospective et attribuer au plan de sortie de crise une âme qui tienne compte des plus vulnérables et de ceux qui ont vu leur statut social dégringoler au cours des dix dernières an

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