Ni musulmans ni islamistes, mais i-slamistes !

À la veille du ramadan et au lendemain de sa visite dénoncée par certains, proches notamment de l’esprit intégriste musulman (et nous employons à dessein ce qualificatif en lieu et place du par trop controversé islamiste), le président de la République n’a pas manqué l’occasion d’attaquer ses ennemis politiques, en opérant un distinguo pas très scientifique entre musulmans et islamistes.

Synonymie d’islamisme, judaïsme et christianisme
Pas très scientifique donc, car le terme islamisme est devenu à tort le synonyme d’intégrisme musulman et/ou d’instrumentalisation politique, et surtout politicienne.
En effet, contrairement aux noms parfaitement équivalents que sont le judaïsme et le christianisme, il est le seul à être employé comme signifiant un mouvement politique et religieux prônant l’expansion et le respect de l’islam et visant l’islamisation complète et totale du droit, des institutions, du gouvernement.
Or, d’une part, l’islam pur est bel et bien une politique en son essence au sens noble de la politique qui est ce qui concerne la société organisée et qui fait usage de bonne gouvernance et même de diplomatie. Car le latin politicus signifie : « relatif à l’administration des citoyens» et le grec politikos  « relatif aux citoyens  ».
Par ailleurs, contrairement au christianisme, qui est une foi pour la cité de Dieu, et au judaïsme où le distinguo est clair entre la vie religieuse et la vie profane, l’islam est un tout, ayant une conception holiste de la vie, la cité de Dieu étant une cité des humains qui sont imparfaits par définition et devant se parfaire. En cela, ils sont musulmans ou islamistes, agissant à la fois pour leur salut dans l’au-delà, mais aussi et surtout leur intérêt terrestre immédiat devant être éthique. Toutefois, chacun l’interprète à sa manière au vu de sa compréhension de sa foi, dont le contrôle de validité n’échoit qu’à Dieu, son créateur.
C’est pour cela qu’il n’y a ni église ni synagogue en islam vrai (à l’exclusion du chiisme, qui n’est qu’une exception confirmant la règle), et encore moins un clergé malgré la prolifération des imams et des autorités autoproclamées habilités à dire la religion en lieu et place de Dieu puisqu’elles parlent en son nom, s’adjugeant une vérité qui n’appartient qu’à lui et qui reste impénétrable pour le cerveau humain.

De quel islam l’on parle ?
Par suite de ce qui précède, toute interprétation en islam est humaine et donc forcément imparfaite ; et si elle est l’œuvre d’un éminent jurisconsulte, sain d’esprit et éthique de comportement, cela ne saurait qu’être un effort scientifique, au sens de méthodologiquement correct, ne valant comme vérité que tant qu’un fait polémique n’intervient pas venant contester ce qui est réputé vérité, en apportant une nouvelle. Voilà la vérité scientifique ! Or, l’islam se veut science et les rappels dans le Coran à la nécessité du recours à la raison et au raisonnement rationnel et pas seulement intuitif sont pléthoriques.
Pourquoi donc l’islamisme n’est pas le fait d’être musulman ? Quelle différence donc avec le judaïsme et le christianisme ? Le premier n’est-il pas seulement la religion des juifs, une appartenance nationale, synonyme de judaïcité, judaïté, judéité? Et le second  est bien l’ensemble des religions fondées sur l’enseignement de Jésus-Christ, qu’il est au mieux une Nouvelle Alliance et au pis la sacristie ou son antonyme le paganisme.
La réponse est sue l’on ne sait pas de ce que l’on parle, l’islam en l’occurrence, ne faisant que reposer sur l’effort éculé et obsolète des génies du passé ou, bien pis,  singer ce qui vient de l’extérieur à l’islam, une mauvaise compréhension ou déformation de sa nature propre ci-dessus rappelée. D’où cette confusion qui marque les esprits des musulmans ou des islamistes qui ne sont pas d’accord ce qu’il est au juste, et au lieu d’en disserter avec méthode, sans passion et rationnellement comme les y invite leur Livre sacré, ne dissertent que ce qu’il devrait être, selon leurs vues.
Le distinguo du président Saïed en est bien témoin puisqu’il réserve le qualificatif aux intégristes, comme si l’esprit musulman tel qu’il l’incarne lui-même est indemne du moindre intégrisme ! En bon musulman qu’il se définit, et pour ne prendre qu’un seul exemple, M. Saïed n’est-il pas contre l’égalité successorale ? Inutile de parler de tout ce qui viole l’islam en une Tunisie supposée avoir un président musulman, respectueux en théorie de l’esprit et de la lettre de la foi d’islam, et qui ne fait rien pour mettre fin aux abus intégristes, notamment durant ramadan, pour une saine lecture de l’islam ! Certes, il pourrait prétexter la limitation de ses pouvoirs, mais qu’il en parle comme il sait le faire en termes moraux !

L’i-slam pour sortir de la confusion des valeurs
Afin de sortir d’une telle confusion des valeurs, j’ai appelé à rouvrir l’effort d’interprétation et à ne plus accepter sans inventaire le legs du passé. Pour le manifester symboliquement, j’ai proposé de changer l’orthographe du terme islam, suggérant de rajouter un trait d’union après la lettre initiale afin de mettre en évidence (en arabe surtout) ce qui résume au mieux l’esprit et la lettre de l’islam qui est d’être une paix à la fois spirituelle et matérielle : i-slam.
Cela marquera la rupture avec l’islam devenu une idéologie tout autant que des retrouvailles avec le soufisme des vérités (celui de Junayd ou d’Ibn Arabi) qui a incarné à merveille l’islam originel et qu’il nous faut réhabiliter dans le cadre d’une action impérative pour cet i-slam des origines, une foi des droits et des libertés où le fidèle ne rend compte de ses actes qu’a son créateur et où la foi est une pure affaire intime, n‘ayant nul droit de cité dans la vie publique. C’est cet islam policé qu’il nous faut redécouvrir pour enfin renouer avec son esprit révolutionnaire original, en faire la foi postmoderne par excellence au moment où notre époque qu’est la postmodernité marque des retrouvailles avec la spiritualité.
L’i-slam rompt ainsi avec l’islam idéologique, rappelant sa nature d’utopie (au sens noble) humaniste et universaliste et non ce qu’il est devenu, une croyance obscurantiste, une dystopie ! Aussi nous permettons-nous de contrarier le président de la République, lui répondant qu’en Tunisie, nous devrions tous être plutôt i-slamistes, appelant à une réintégration de l’islamisme dans l’islam.
Ce qui suppose de sortir de la conception musulmane actuelle, cette idéologie dominante, pour entrer dans l’utopie islamique aura pour conséquence de ramener dans l’islam comme esprit de révolte contre sa conception sclérosée, qu’elle fût minoritaire ou majoritaire. Car on ne résoudra pas les problèmes de la communauté d’islam en la divisant encore plus, mais en agissant pour une réintégration de l’islamisme dans l’islam authentique pour le sortir de sa fausseté islamiste stérile et contraire au vrai esprit islamique.
Certes, il est de bon ton de dénoncer un faux islamisme, celui qui prétend vouloir retrouver le sens véritable de l’islam ;or, il ne fait que le perdre en s’accrochant à l’apparence, ne faisant pas mieux que ceux qui, relevant de l’idéologie musulmane, n’ont fait qu’ergoter selon un texte figé. Retrouver l’islam d’origine, cette révolution mentale, une utopie incarnée, c’est le lire et l’interpréter dans ses visées, de par l’esprit de ses préceptes. Et il ne s’agit plus de visées de la Loi religieuse, une loi évoluant forcément, mais de la foi qui – elle – est éternelle, n’évoluant que dans ses interprétations variables selon le degré d’évolution de l’humain de sa condition ontologique imparfaite à une condition moins imparfaite. C’est la foi d’-islam, une foi de droits et de libertés sous le regard d’un Dieu bienveillant, clément et miséricordieux dont il importe capable en étant un être de paix et de sérénité en tout, donnant le parfait exemple du musulman ou islamiste, être de lumière dans ses actes justes de justesse et de justice comme ses intentions invariablement de pureté.

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