Jied Aouij, un marchand d’armes tunisien

“Notre armée pourrait devenir l’une des meilleures de la région !”

Jied Aouij, analyste militaire et conseiller en sécurité et défense des Etats et directeur général de Femco ltd (Fournitures équipements militaires company) est un marchand d’armes agréé par l’Etat tunisien.
Cet entrepreneur pas tout à fait comme les autres, a décidé de se lancer dans l’armement, un secteur méconnu en Tunisie, mais combien vital pour maintenir la sécurité territoriale de tout Etat. Nous avons eu l’opportunité de le rencontrer. Il nous dresse un état des lieux de l’armement en Tunisie, en nous faisant part de sa vision pour améliorer les débouchés de ce secteur en pleine mutation technologique et considéré comme un important vecteur d’innovation et d’employabilité qui pourrait largement être un soutien à l’économie du pays.  Interview.

Comment êtes-vous arrivé à créer une entreprise de vente d’armes et de fournitures militaires,  alors  que vous étiez prédestiné à évoluer dans le secteur pharmaceutique ? Est-ce le fruit d’une passion concrétisée ou d’un pur hasard ?
Tout d’abord, je dois dire que c’est un peu des deux. En effet, j’ai toujours été attiré par ce milieu, depuis mon enfance. Cela me passionnait et le destin a fait que mon rêve se concrétise. Tel n’a pas été facile et j’ai dû travailler dur pour arriver là où je suis, c’est le fruit d’un grand labeur et de beaucoup de persévérance. On peut dire que parfois, le hasard fait bien les choses.

Parlez-nous de la  présence de FEMCO  à l’IDEX 2021.
FEMCO fait partie du cercle très fermé des sociétés tunisiennes évoluant dans ce domaine d’activité. Il est donc normal qu’elle soit présente dans un rassemblement mondial de cette envergure.
Notre société participe d’ailleurs depuis sa création à tous les événements majeurs au niveau international. C’est l’un des aspects de notre métier, être à jour et faire en sorte de se développer afin de pouvoir répondre aux différents challenges auxquels nous devons faire face.

Le métier de marchand d’armes ne nécessite-t-il pas, au préalable,  de fortes connaissances en armement, voire une expérience militaire, notamment en Tunisie ?
La question est pertinente.  J’ai  suivi plusieurs formations dans ce domaine et à différents niveaux.
En effet, une compréhension accrue en matière de défense et de sécurité est nécessaire. Il faut aussi savoir maîtriser les aspects autant techniques que pratiques du matériel que nous proposons. Il faut dire que c’est un secteur en perpétuelle évolution et qui nous pousse à toujours enrichir nos connaissances en la matière.
Le meilleur exemple est celui des drones, inexistants quelques années auparavant et qui sont devenus incontournables aujourd’hui.

Comment estimez-vous le niveau actuel de l’armement en Tunisie ?  A-t-il évolué durant ces 10 dernières années ? En tant qu’expert, quels seraient les points à améliorer ?
Nous savons tous que la Tunisie à des moyens limités surtout depuis la crise économique qui frappe le pays ces 10 dernières années. Crise qui s’est accentuée avec la Covid-19. Malgré cela, et en l’absence de matériel vieillissant, l’armée nationale tunisienne à un niveau plus que satisfaisant
Elle a su maintenir un très haut niveau de professionnalisme, surtout ces 10 dernières années avec l’apparition du terrorisme.
J’aimerais ajouter, si nous lui donnions tous les moyens nécessaires, notre armée pourrait devenir l’une des meilleures de la région. C’est une décision stratégique qui doit être prise au niveau politique.

Il faudrait pouvoir permettre à certaines catégories de pouvoir bénéficier du port d’armes pour pratiquer certaines activités, et le cas échéant pour pouvoir se défendre en cas de légitime défense comme c’est le cas dans de nombreux pays.

La production de munitions locales présente assurément plusieurs avantages pour la Tunisie qui continue de s’approvisionner de l’étranger à des prix prohibitifs. Que gagnerait la Tunisie à produire ses propres munitions ?
Actuellement, notre pays n’est  pas en situation d’insuffisance en matière de munitions.
Les avantages d’une unité de production de munitions, présenteraient plusieurs atouts. Le premier est que cela représenterait une économie conséquente pour notre pays notamment en termes de devises étrangères (avec lesquelles nous commandons nos munitions).
De plus, nous pourrions produire plus pour moins cher et même se placer sur le marché des exportateurs, qui pourrait être une source de revenus conséquents à l’Etat.
Au moment où je vous parle, il y a une pénurie mondiale de munitions due  à l’explosion des ventes d’armes pour les civils américains.
Durant la pandémie de la Covid,  23 millions d’armes  supplémentaires ont été vendues aux Etats-Unis ainsi que les munitions y afférentes.

L’industrie de l’armement et son développement présentent de nombreux avantages pour l’économie nationale.  Pouvez-vous nous en parler ?
Je pense qu’il y a un lien de corrélation directe avec la question précédente.
Pour compléter ma réponse  il faut comprendre que c’est une industrie comme les autres.  Malheureusement dans notre pays, c’est un sujet qui reste tabou alors que dans le monde ce secteur se développe à vitesse grand V ! A part le volet économique dont nous avons parlé, il y a l’avantage technologique. Le partenariat PPP en est l’exemple le plus concret.
Cela constituerait un transfert de technologie non négligeable vers nôtre pays tout en assurant la création de beaucoup d’emplois directs et indirects et nous gagnerons des technologies de pointe qui profiteront à la Tunisie.
La Tunisie a toujours été précurseur dans le monde arabe et j’espère qu’elle le sera aussi dans ce domaine malgré le retard accumulé.

Pourrions-nous profiter des compétences nationales et du potentiel des jeunes par exemple, pour booster cette industrie en pleine effervescence et qui allie les nouvelles technologies  (IA, big data…) ?
Bien sûr et c’est là tout l’enjeu de la question. Nous avons énormément de compétences y compris dans les nouvelles technologies ainsi que dans l’industrie de précision et nous pourrions les mettre à profit pour développer notre propre industrie de l’armement.
Regardez avec le début de la pandémie de la Covid-19, l’Etat a utilisé des applications tunisiennes pour gérer en partie la crise.  Je suis certain que les jeunes sont l’une des clés pour la réussite de cette industrie.

A mon sens, la législation tunisienne réglementant les armes à feu est tombée
en désuétude depuis longtemps, elle est complètement obsolète.

Contrairement à beaucoup de pays, la législation sur les armes à feu en Tunisie a toujours été prohibitive, sous prétexte d’une prolifération d’armes, ce qui en soit, est complètement absurde puisque les armes proviennent de circuits parallèles, par la contrebande. Pourrait-on, un jour envisager un allégement des lois afin de permettre à certaines catégories de posséder une arme ? (pour l’auto-défense, le tir sportif ou le tir récréatif) ?
A mon sens, la législation tunisienne réglementant les armes à feu est tombée en désuétude depuis longtemps, elle est complètement obsolète.
Je fais partie de ceux qui pensent qu’une mise à jour concrète de cette législation ne peut qu’être bénéfique.
Il faudrait pouvoir permettre à certaines catégories de pouvoir bénéficier du port d’armes pour pratiquer certaines activités, et le cas échéant pour pouvoir se défendre en cas de légitime défense comme c’est le cas dans de nombreux pays.

Propos recueillis par Samy Ben Naceur

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