Mais qui viole la Constitution ?

Dans la guerre larvée entretenue par les trois présidences au pouvoir dans le pays, d’aucuns crient à la violation de la Constitution par le président de la République et d’autres surenchérissent en appelant à le destituer. Mais qui donc ne respecte pas la Constitution et n’arrête de la violer ?

Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude
Rappelons que le motif des charges contre le chef de l’État est son refus d’organiser la cérémonie de prestation de serment des nouveaux membres du gouvernement remanié par son chef sans le soumettre à examen en conseil des ministres et incluant des membres concernés par des soupçons de malhonnêteté.
Or, ce fut la cause de la démission du précédent chef du gouvernement court-circuitant une motion de censure engagée contre lui par une majorité de députés, les mêmes que ceux fustigeant aujourd’hui l’attitude de M. Saïed. Il ne s’agissait pourtant que de soupçons, mais cela a suffi à ces députés pour mettre fin au précédent gouvernement. Et les voilà qui reprochent au président de la République de tenir compte des mêmes motifs qu’eux et les reprocher aux nouveaux ministres, ou certains parmi eux ! Ne serait-il plus vrai, par hasard en Tunisie, que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude ? Que les députés juristes se souviennent donc de ce fameux adage du nemo auditur plus que jamais d’actualité !
Ces mêmes députés reprochent à M. Saïed d’interpréter à sa manière la Constitution, alors que l’absence de Cour constitutionnelle, outre ses propres titres universitaires, l’habilitent à une telle mission. Que n’ont-ils donc pas agi à mettre en place cette Cour ? Et pourquoi ne pas évoquer en premier cette flagrante et grave violation de la Constitution qui dure encore ? Qui en est responsable sinon le parlement?
De plus, comment reprocher au président, qui est garant du respect de cette loi suprême, de refuser de galvauder ce que d’aucuns n’y voient qu’une formalité banale, à savoir la prestation du serment constitutionnel ? Y a-t-il plus grave turpitude et grande forfaiture que de considérer le serment comme une formalité négligeable ? N’est-ce pas alors la voie ouverte à tous les abus et immoralité dont fait étalage une classe politique devenue turpide sous les yeux ébahis du peuple qui n’en croit plus ses yeux tellement les monstruosités se sont multipliées dans l’innommable ?

Pays en péril imminent
Si j’évoque ces considérations morales, outre le fait que j’appelle à une pratique politique éthique (ce que je nomme poléthique), c’est que la Constitution elle-même renvoie au respect des valeurs de l’islam. Au reste, c’est ce à quoi nos responsables renvoient pour refuser l’abrogation des lois scélérates de la dictature, maintenues en vigueur quoi qu’illégales désormais, pour violenter le peuple et attenter à ses libertés et droits constitutionnels ; comme c’est toujours le cas avec la loi 52 sur le cannabis qui est le symbole même de l’immoralité de la dictature. N’est-ce pas violer la Constitution que de faire peu de cas des principes cardinaux de la religion du pays que sont la bonne foi, la morale et l’intention pure ?  Comment alors oser charger de la destinée des masses des personnes soupçonnées d’amoralité, sinon d’immoralité, fermant les yeux – pour le moins – sur les actes passés inavoués dont ils sont à bon droit soupçonnés ?
Plus généralement, comment accepter que fassent toujours partie d’une assemblée, censée être l’incarnation parfaitement honnête d’un peuple attaché à ses valeurs spirituelles, ces députés qui ne font désormais que dénigrer leur noble théorique mission par un comportement frisant le banditisme, sinon le terrorisme ? Certes, ils ne font honte qu’à eux-mêmes en premier, avant d’abaisser le métier de député, mais n’est-ce pas cracher sur la Constitution et les valeurs auxquelles elle renvoie ? Et alors, comment ne pas considérer une violation absolue de la Constitution le fait que le président de cette assemblée tolère l’intolérable, quand il ne le justifie pas, alors qu’elle est devenue une foire d’empoigne où tout se permet ?
Dans cette atmosphère délétère, comment le chef du gouvernement peut-il s’accrocher au pouvoir alors que son socle parlementaire est aussi friable moralement ? Il est vrai, il a osé trahir la confiance de celui qui l’a choisi ! Or, ce choix impliquait un engagement moral de fidélité ; c’était déjà un serment sacré à ne pas rompre et qui supposait, si l’on voulait être digne de respect et attester de son sens éthique, de présenter sa démission. N’est-ce pas ce que fit son prédécesseur ? À quoi sert-il, si l’on veut durer en politique, devant être de plus en plus éthique en notre époque, de s’adonner au jeu vicieux que permet un système bancal choisi justement par certains gourous pour que ce pays demeure ingouvernable ? Car c’est la meilleure garantie pour tous les abus de ces démons de la politique qui ont fait de la démocratie leur chose, une daimoncratie selon mon néologisme.
On le voit donc bien, c’est effectivement la violation de la Constitution qui est au cœur de la dramatique situation que vit le pays ; mais elle est plutôt le fait du parlement en premier et du chef du gouvernement en second, bien avant ou bien loin que d’être celle du président de la République.
Et c’est la primauté du droit et de sa loi suprême qui doit être restaurée en premier pour espérer limiter les dégâts qui iront assurément en s’aggravant. Ce qui suppose l’urgence absolue de l’État de droit commençant par le toilettage radical enfin de la législation en vigueur qu’il faut débarrasser des textes ignobles de l’ancien régime honni avant même d’en modifier les plus récents traitant de l’équilibre des institutions. Car les premiers régissent les mentalités et sont comme la partie immergée de l’iceberg des turpitudes tandis que les secondes ne sont que sa face apparente, et qui trompe.
Aujourd’hui, la Tunisie est véritablement en situation de péril imminent et le président de la République ne peut plus hésiter à devoir user de ses prérogatives constitutionnelles en la matière pour assainir la situation. Le recours à l’article 80 de la Constitution ne saurait plus être évité au nom de l’instauration enfin de l’État de droit !

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