Allemagne : dix ans et demi de prison pour le « prédicateur sans visage » de Daech

Présenté comme le « cerveau » du groupe Etat islamique en Allemagne, le prédicateur irakien, « Abou Walaa », a été condamné mercredi, à 10 ans et demi de prison pour avoir radicalisé des jeunes et contribué à préparer une action violente.
« Abou Walaa », de son vrai nom Ahmad Abdulaziz Abdullah Abdullah, était jugé depuis plus de trois ans à Celle, dans le nord du pays, aux côtés de complices présumés, dans un procès-fleuve entouré d’un drastique dispositif de sécurité.
Ce prédicateur de 37 ans a été reconnu coupable d’appartenance à une organisation terroriste, de financement du terrorisme et d’aide à la préparation d’une action violente. Il a écopé de 10 ans et six mois de prison. Le parquet avait requis 11 ans de détention, son avocat plaidant l’acquittement.
« Abou Walaa » était, selon l’accusation, « le représentant en Allemagne » de l’organisation Etat islamique, entretenant des « contacts directs » avec ses dirigeants. Il était aussi le « cerveau du réseau » qui envoyait des combattants volontaires depuis l’Allemagne vers la Syrie ou l’Irak.
Trois co-accusés ont également été condamnés pour complicité à des peines comprises entre quatre et huit ans de réclusion.
*« Prédicateur sans visage »
Abou Walaa avait monté, dans sa mosquée de Hildesheim, en Basse-Saxe, une véritable entreprise d’embrigadement. Il est également accusé d’avoir prêché le djihad dans cet établissement religieux désormais fermé.
Au moins huit personnes, « principalement de très jeunes gens », selon l’accusation, sont ainsi parties. Parmi eux, des frères jumeaux allemands qui ont commis un sanglant attentat suicide en Irak en 2015.
Le tribunal l’a qualifié d’« autorité de premier plan avec un grand charisme » dans la mouvance djihadiste en Allemagne. A ce titre, il avait été autorisé par l’EI à « agir en son nom. »
Arrivé en Allemagne comme demandeur d’asile en 2001, il a été arrêté en novembre 2016 après une longue enquête du renseignement intérieur.
Très prudent et discret, il était surnommé « le prédicateur sans visage ». Ses prêches en ligne, très regardés dans la « djihadosphère », ne le montraient jamais de face.
Parmi les personnes ayant fréquenté le groupe, figure au moins l’un des trois adolescents qui, âgés de 16 ans, ont posé une bombe en avril 2016 dans un temple sikh en Allemagne, blessant trois hommes dont un grièvement.
Par ailleurs, Anis Amri, le Tunisien responsable de l’attaque au camion bélier du marché de Noël de Berlin (12 morts en décembre 2016), semble avoir été en contact avec ce réseau.
Le demandeur d’asile tunisien, tué dans sa fuite en Italie par la police, a aussi fréquenté une mosquée berlinoise connue pour ses liens avec le djihadisme où Abou Walaa a eu l’occasion de prêcher. Un contact direct entre les deux hommes n’a cependant jamais été établi.
*« Escroc »
L’accusation s’est essentiellement appuyée sur le témoignage d’un informateur qui, pendant des mois, a récolté indices et éléments de preuves contre le prédicateur irakien. Craignant pour sa vie, ce témoin à charge a été exempté de témoigner à l’audience.
Un autre informateur clé, un combattant djihadiste désabusé de retour des anciens territoires de l’EI, a aussi accepté de coopérer et d’expliquer comment le réseau d’Abou Walaa l’a fait partir via Bruxelles et la Turquie.
Pour l’avocat d’Abou Walaa, Peter Krieger, ces accusations ont reposé sur les déclarations d’un témoin indigne de confiance, déjà condamné en tant que membre de l’EI. « Le témoin principal est un escroc », s’est-il emporté à l’audience.
En Allemagne, la nébuleuse djihadiste reste active. Trois frères syriens, soupçonnés de préparer des attentats à l’explosif, ont ainsi été interpellés début février en Allemagne et au Danemark. Depuis 2009, les autorités allemandes ont déjoué 17 tentatives d’attentat de ce type.
Le nombre d’islamistes considérés comme dangereux se trouvant sur le territoire a été multiplié par cinq depuis 2013. Le ministère de l’Intérieur en dénombre 615. Celui des salafistes est lui évalué à environ 11.000, soit deux fois plus qu’en 2013.
(TV5Monde)
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