Violences nocturnes : ne justifions pas l’injustifiable, mais attaquons, aussi, la racine du problème

Une vague de violence a déferlé dans plusieurs gouvernorats de Tunisie depuis le samedi 16 janvier 2021. Des manifestants – dont des casseurs – ont bravé le couvre-feu et le confinement général pour manifester à leur façon. Le bilan de ces 3 derniers jours est lourd : de nombreux commerces pillés et saccagés, et c’est sans compter les biens publics vandalisés.
Les unités sécuritaires ont tenté, tant bien que mal, de contenir ces violences et d’y mettre fin. Leur tâche était très difficile : face à eux, il y avait des jeunes âgés d’à peine 20 ans pour une grande partie, dont plusieurs mineurs. Comment en est-on arrivé jusque-là ?
Les commentaires et les analyses ont été nombreux. Certains, y compris des acteurs politiques et des chroniqueurs, affirment que les jeunes n’ont fait qu’exprimer leur désarroi, protestant contre la pauvreté et punissant, à leur façon, l’État qui les a déçus. « La situation pousserait à la Révolution des affamés », a déclaré le porte-parole du Front Populaire, Hamma Hammami, sur Jawhara Fm ce mardi 19 janvier 2021.
Toutefois, il faut rappeler que « revendiquer » ses droits est une chose et que saccager en est une autre. Photos à l’appui, ce que nous avons vus ces derniers jours n’avait rien d’une manifestation pacifique. Faut-il briser la vie des autres pour revendiquer ses droits ? Ces commerçants qui ont été attaqués ont vu leur gagne-pain disparaître en quelques heures. Quelle a été leur tort ?

La corruption politique : l’une des causes des maux

Il ne s’agit pas de condamner tous les manifestants. Loin de là. Côté sécuritaire, il est très probable qu’un usage abusif de la violence a eu lieu à de nombreuses reprises contre des citoyens. Là encore, plusieurs vidéos ont montré les faits. Les bavures, en fait, existent de part et d’autres. Il ne s’agit pas de défendre les sécuritaires, encore moins les manifestants – dont la plupart sont des casseurs -. Il s’agit, plutôt, de défendre l’intérêt de notre patrie, de notre pays, de notre Tunisie.
En détruisant la vie de nos concitoyens, c’est la Tunisie elle-même que l’on détruit, pierre par pierre. Rien ne justifie, en d’autres termes, les violences constatées ces derniers jours. On se demande comment peut-on les « justifier » sous le couverture des droits ou que sait-on encore… Rien ne justifie, d’un autre côté, les bavures policières. La police est là pour faire son travail et protéger l’ordre public. Il faut respecter cela.
Sur la scène politique, on ne fait pas mieux. Ce mardi 19 janvier, l’hémicycle à l’ARP (Assemblée des Représentants du Peuple) a été marqué par des accrochages verbaux d’une violence inouïe. La séance, d’ailleurs, a été levée par le Premier Vice-président, Tarak Fetiti. Les députés discutaient, justement, des violences nocturnes. En fait, quand on regarde le niveau des débats à l’ARP, où les députés en viennent parfois aux mains, il ne faudra pas s’étonner de ce que l’on observe ailleurs.
La sphère politique fait subir à la Tunisie une violence plus dangereuse que celle exercée par les casseurs : la violence institutionnelle et politique, la corruption et bien d’autres maux qui sévissent notre pays et qui l’appauvrissent. C’est un tout. Le problème doit être réglé à la racine à travers une approche sociologique, éducationnelle, mais aussi sécuritaire. Il faut commencer par assainir la scène politique au sens propre du terme, afin de la débarrasser des corrompus – et ils sont nombreux ! -. Il faut, par la suite, restaurer le rôle de nos écoles en tant que premier lieu de sociabilisation où l’on forme les futurs citoyens. En attentant, un équilibre doit être trouvé entre la prévention et la répression de la violence, accompagnées par la lutte contre la corruption. Il y a du pain sur la planche…

Fakhri Khlissa

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