Mon voyage en Pologne à : Cracovie, Auschwitz, Varsovie et Poznan

L’histoire de la Pologne est peu ou mal connue en Tunisie. Ce pays à l’histoire tourmentée est entré dans l’histoire de la culture européenne à partir du baptême de Mieszko I en 966. Il a connu son apogée avec la création de la République des deux nations en 1386, quand la Pologne et la Lituanie se sont organisées en fédération avec un roi élu sur le trône commun. Pendant cette période, la Pologne a servi de rempart de la civilisation européenne face aux menaces venant de l’Orient[1].
Le roi Stanislas-Auguste Poniatowski dota la Pologne d’une Constitution, la première sur le continent européen, qui fut votée le 3 mai 1791.
À la fin du XVIIIe siècle, après trois partitions (rozbiory Polski), la république des Deux Nations est partagée entre la Prusse, l’Autriche et l’Empire russe (1772, 1793 et 1795). Au cours du XIXe siècle, la majorité des territoires dont s’était emparé l’Autriche passe sous contrôle russe.
En 1918, c’est la deuxième République de Pologne avec la reconstitution de ses frontières. A l’ouest, les frontières sont négociées au cours de la conférence de Versailles, à l’est elles l’ont été au prix de la guerre polono-bolchévique dont l’armée polonaise sortit victorieuse en 1920.
La Deuxième Guerre Mondiale commença en septembre 1939 par un nouveau partage de la Pologne. L’ouest du pays découvrait l’horreur nazie, pendant que l’Est endurait le cauchemar stalinien. Aux principes raciaux d’Hitler, Staline préférait l’éradication des élites.
A la fin de la guerre, la Pologne passe sous la coupe soviétique qui s’achève avec la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989. En réalité, les Polonais avaient, depuis une petite décennie, vécu de nombreux soubresauts politiques dont la chute du Mur était en quelque sorte l’aboutissement logique. Tout s’est passé, en fait, beaucoup plus tôt, avec le combat du mouvement Solidarność, la Table Ronde début 1989, et les élections semi-libres du 4 juin 1989 qui marquent la fin effective du communisme en Pologne, mais aussi le début de la fin de ce régime ailleurs en Europe du centre et de l’Est.
La Pologne sort économiquement exsangue mais enfin libre. C’est la Troisième République de Pologne, dont un grand moment fut l’accession à l’Union Européenne en 2004.
La Pologne porte encore les stigmates de son histoire et les décline avec stoïcisme et fierté. Mon périple dans les différentes villes polonaises m’a donné l’impression d’un pays apaisé, prospère et que l’adhésion à l’UE l’a propulsé dans la modernité. Cracovie, ancienne capitale polonaise et cœur culturel de la Pologne, Varsovie vaste et étendue, coupée en deux par la vistule, et malmenée par l’Histoire, et Poznan, une vision du futur avec ses industries créatives.

Cracovie, la royale
Cracovie, ancienne capitale de la Pologne, magnifique cité royale de style gothique et Renaissance, épargnée des bombardements ; elle est classée très tôt par l’Unesco au patrimoine de l’humanité. On y trouve la célèbre RynekGlówny, la plus grande place médiévale d’Europe : 200 m sur 200 m avec ses restaurants d’où émanent l’odeur des pierogi (raviolis) et des sernik (gâteau au fromage blanc).
En longeant la Route royale qui va de la Barbacane à la place du marché, on trouve la Basilique Sainte-Marie, où se trouve notamment un retable gothique de Veit Stoss. Elle sert aussi de poste de surveillance pour les pompiers qui doivent jouer chaque heure une musique et perpétuent ainsi une tradition qui date du moyen-âge.
La colline de Wawel surplombe la ville, rappelant l’histoire millénaire de Cracovie. On la gravit en longeant de hauts remparts qui révèlent, derrière de grands arbres centenaires, une magnifique forteresse datant de la Renaissance. La cathédrale de Wawel, premier panthéon national, on y trouve les tombes de presque tous les rois de Pologne et de leur famille.
En contrebas de la colline, se trouve une réplique de la statue de Svetovid, Dieu aux quatre faces, associé à la guerre et à la divination, mais dont la présence rappelle surtout les origines slaves de ce pays. Selon une légende du XIVe siècle, tout au début, il y avait trois frères. Un jour, ils se sont séparés pour prendre chacun possession d’un pays. Czech est parti vers le sud ; Rous vers l’est ; Lech, le Polonais, est resté sur place. C’était le début de l’expansion slave.
Un peu plus loin, se trouve Kazimierz, le quartier historique juif devenu de nos jours un quartier branché, connu surtout des cinéphiles pour avoir servi de décor à «la Liste de Schindler», de Steven Spielberg.
Cracovie, c’est aussi le chemin pour la mine de sel et les camps de concentration allemands de Auschwitz Birkenau, deux étapes incontournables.

Les mines de sel de Wieliczka, sont des mines de selsituées à Wieliczka, près de Cracovie, inscrites dès 1978 sur la liste du patrimoine mondialde l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) (1ère liste).
Exploitées depuis le xiiie siècle, elles comprennent neuf niveaux et 300 km de galeries.
Les princes et les rois polonais ont réalisé l’importance stratégique de l’extraction et du commerce du sel et rapidement établi leur monopole sur les salines au début du Moyen Âge. Le profit de la production et de la vente de sel a été canalisé dans le trésor royal. Jusqu’à un tiers du total des recettes des rois provenait de la saline.
Finalement, l’extraction du sel gemme est devenue trop coûteuse et les gisements ont commencé à s’assécher. La mine de sel de Wieliczka a cessé d’être exploitée en 1996. Depuis lors, les deux mines se sont concentrées sur le développement d’activités touristiques et thermales et la préservation et la promotion de ce patrimoine culturel.

Auschwitz-Birkenau, une « expérience humaine universelle », celle d’une « faillite ».
A une heure et demi de Cracovie, hors du temps et hors de Pologne, on découvre, abasourdis, les arcanes de ce qu’a été la machine de guerre nazie. Les camps d’Auschwitz-Birkenau, plus grand camp de concentration et d’extermination nazi allemand, créé en 1940 sur le territoire polonais occupé, ce lieu inspire toujours la terreur.
Une machine de terreur et d’extermination aveugle, sans discernement, fauchant, jeunes, vieux, hommes, femmes, enfants, polonais, juifs, roms, handicapés et pas moins d’un millier de musulmans d’Afrique du nord et d’Asie centrale…Dr. Victor Hayoun, auteur d’une étude « De Tunis à Djerba » a déclaré que près de 365 tunisiens ont péri dans les camps de la mort, principalement à Auschwitz, alors que plus de 300 ont trouvé la mort en Tunisie sous occupation allemande.
Entre 1940 et le début de 1945, quelque 1,3 million de personnes ont été déportés dans les camps d’Auschwitz. 1,1 million de juifs européens ont été exterminés mais aussi des polonais non-juifs, des Tziganes, des prisonniers de guerre soviétiques et d’autres nationalités, ainsi que des homosexuels. C’étaient des « crimes contre l’humanité », affirme le secrétaire général de la Ligue mondiale musulmane, Muhammad bin Abdul Karim Al-Issa. « Une violation de nous tous, un affront à tous les enfants de Dieu ».
Visiter les camps d’Auschwitz et de Birkenau a été certainement une expérience unique et inattendue de brutalité glaciale et figeante. Marcher sur les traces des déportés, ressentir leur angoisse à l’approche des camps, à la descente du train, à l’entrée des “douches”, entendre presque leur douleur et leur solitude “finale”. Voir les effets personnels des victimes innocentes, de femmes et d’enfants (vêtements, chaussures, lunettes, ustensiles, lettres, valises…). Voir des montagnes de cheveux humains, rasées par les “zonderKomandos”.  Entrer dans les chambres à gaz, lieux d’exécution, fours. Le tout consigné méticuleusement dans des fiches, soigneusement compilées par des soldats allemands zélés et cyniques qui ont portés le vice et leur cruelle efficacité meurtrière jusqu’à dans les moindres détails logistiques, tel un collectionneur fanatique. Une effroyable usine de la mort qu’un esprit normalement constitué peine à concevoir et à en comprendre les finalités sans aller sur place. Le monde a un devoir de mémoire, ou plutôt comme disait Simone Veil, un devoir « d’enseigner et de transmettre », à toutes races et religions confondues. Ces camps d’exterminations sont une plaie béante pour l’humanité à jamais.
Pour Imre Kertesz, Prix Nobel de littérature (2002), déporté lors de la mise en œuvre de l’extermination des juifs de Hongrie, « Auschwitz n’a pas été un accident de l’Histoire ». Elle aurait, tôt ou tard, fini par emporter les habitants d’Afrique du nord, car les musulmans étaient littéralement qualifiés de «racialement inférieurs» dans Mein Kampf.
Le 27 janvier 2021 représente le 76ème anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. C’est un rappel, un cri lancinant qui nous oblige à lutter expressément contre tous les actes qui portent atteinte à la dignité humaine : le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’occupation de la Palestine…
Et les survivants de la Shoah sont parmi les premiers à dénoncer les violences faites aux palestiniens et l’occupation de leur territoire. Dans une lettre ouverte, co-signée par 327 survivants et descendants de survivants de l’Holocauste, provenant de 26 pays à travers le globe, ils dénoncent : “En tant que rescapés juifs et descendants de survivants du génocide Nazi, nous condamnons univoquement le massacre des Palestiniens de Gaza mais aussi  l’occupation et la colonisation de la Palestine historique [] Un génocide débute toujours par le silence du Monde[2].”
En ce 76e anniversaire, il est indispensable de sensibiliser les jeunes sur la paix, le respect du droit de chaque nation à exister et à la liberté, à l’indépendance, au maintien de sa propre culture. Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter et à perpétuer les mêmes erreurs.

Varsovie, l’héroïque
Varsovie, la capitale actuelle, qui a failli ne jamais renaître de ses cendres, est aujourd’hui debout, fière, arborant parcs, grattes ciels, et joie de vivre. C’est la ville de Marie Curie et Chopin. Cette ville qui a été meurtrie tour à tour par les autrichiens, les nazis et les soviétiques… qui a vaincu et repoussé les turcs, et les communistes, qui s’est insurgé 67 jours durant contre les allemands avant de capituler et subir la vengeance destructrice d’une armée allemande en déroute en 1944 sous le regard impassible des soldats soviétiques à quelques encablures de l’autre côté de la Vistule.
Aujourd’hui, Varsovie est apaisée et regorge de petits parcs. La ville qui a su renaitre de ses cendres, est magnifique avec son château (résidence officielle des rois de Pologne), ses maisons de toutes les couleurs, ses remparts, sa petite sirène, la place du marché, l’âme de Varsovie. C’est d’autant plus émouvant de se promener là quand on sait qu’en fait, absolument tout a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, puis reconstruit à l’identique au milieu du XXè siècle.
Se promener le long de la vistule, longer le Barbakan Ou déambuler dans le parc Lazienki est une pure merveille, sans oublier bien sûr le musée de l’insurrection où vous apprendrez beaucoup sur la ville

Poznan, entre tradition et modernité
Cinquième ville du pays, capitale de la région de la Grande Pologne, Poznań a une histoire particulière. En effet, c’est ici que les tribus slaves ont été unifiées au IXe siècle, formant ainsi le premier état polonais. Traversée par la rivière Wartan, Poznań héberge aujourd’hui quelques trésors architecturaux, dont son centre historique, ses façades colorées ou encore Stary rynek, sa place du marché réputée comme l’une des plus jolies du pays.
Poznan, sa vieille ville et son centre historique, ont été reconstruit à l’identique suite aux destructions subies pendant la Seconde Guerre mondiale. Installé autour de la place du marché, Stary Rynek, affiche un visage accueillant avec ses maisons colorées.
Sous ses airs de Renaissance, l’Hôtel de ville Ratusz attire les foules avec son carillon de midi. Deux petits boucs apparaissent et se donnent douze coups de cornes, pendant qu’un trompettiste joue une mélodie traditionnelle. Selon la légende, autrefois il s’agissait de vraies chèvres qui s’étaient échappée des mains du cuisinier qui comptait les rôtir à l’occasion de l’inauguration du clocher. La scène cocasse avait plus à la foule et il a été décidé de l’immortaliser avec un mécanisme. Les chèvres sont devenues de véritables symboles de la ville, ainsi que leur légende.
Le musée national de la ville héberge une grande collection de peintures de maîtres polonais et européens, ainsi que le seul tableau de Monet conservé en Pologne, La Plage de Pourville.
Situé sur une île entre deux branches de la Warta, Ostrowtumski abrite la cathédrale la plus ancienne du pays, Saint-Pierre et Saint-Paul. Rénovée à plusieurs reprises au fil du temps, elle abrite un intérieur préservé de style byzantin où reposent plusieurs rois de Pologne.
Poznan abrite une fois par an ce qui se fait de mieux en Pologne en gaming. La PGA, la Poznan Game Arena qui concentre le talent de l’industrie créative polonaise. Encore méconnue du public outre-mer. Elle s’impose petit à petit à l’échelle régionale par ses jeunes talents créatifs et ses ingénieurs doués. La passion pour l’innovation, conjuguée avec une main-d‘œuvre qualifiée, de faibles coûts de production et un environnement propice aux affaires ont aidé à l’émergence d’une véritable industrie créative.
L’autre atout de l’industrie, c’est son indépendance technologique, rendue possible par un enseignement scientifique traditionnellement de qualité. A chaque fois qu’un concours de programmation a lieu, une équipe polonaise se hisse parmi les meilleurs. Historiquement, la Pologne est très forte en sciences dures.
C’est aujourd’hui l’un des atouts du pays : son indépendance technologique et sa capacité à innover. Les jeunes polonais créent leurs propres outils de développement plutôt que d’utiliser des solutions clés en main américaines ou suédoises. C’est un grand avantage pour eux de se concentrer sur des choses qui les passionnent, comme le photoréalisme ou les effets de lumière.
La Pologne vaut le détour et mérite d’être connue.

[1]On peut citer notamment la bataille de Vienne en 1683, au cours de laquelle les troupes du roi Jan Sobieski III arrêtèrent la progression de l’Empire Ottoman en Europe.
[2]https://www.bbc.com/news/world-middle-east-28916761

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