Le futur secrétaire d’Etat de Biden promet une Amérique en « première ligne » auprès de ses alliés

Le futur secrétaire d'Etat de Joe Biden, Antony Blinken
L’Amérique revient en « première ligne » mais comptera désormais sur ses alliés pour « remporter la compétition avec la Chine » et contrer ses autres adversaires: le futur secrétaire d’Etat de Joe Biden a promis mardi de rompre avec la diplomatie unilatéraliste et souverainiste de Donald Trump.
« Nous pouvons revigorer nos alliances fondamentales », devait dire Antony Blinken lors de son audition devant le Sénat, selon le texte diffusé par son équipe. « Ensemble, nous sommes en bien meilleure posture pour contrer les menaces posées par la Russie, l’Iran et la Corée du Nord et pour défendre la démocratie et les droits humains. »
Il tente ainsi de mettre en musique le message martelé par le président élu démocrate pour tourner la page de l’administration Trump, qui a bousculé ses alliés, flirté avec des autocrates, cassé les conventions internationales et méprisé les cercles multilatéraux.
Pour cela, Joe Biden va ramener dès son arrivée à la Maison Blanche, mercredi, Washington dans l’accord de Paris sur le climat.
Et il a choisi des diplomates chevronnés passés par l’ex-administration de Barack Obama, gage d’un retour à une politique étrangère plus classique.
* »Leadership américain »
A leur tête, Antony Blinken, un interventionniste qui devra composer avec une Amérique qui ne veut plus l’être.
« Le leadership américain compte encore », devait plaider ce dernier dans l’après-midi devant les sénateurs, qui se prononceront dans les prochains jours par un vote sur sa nomination.
Il devait promettre un retour des Etats-Unis « en première ligne » mais dans un jeu collectif, car « aucun des gros défis » du moment « ne peut être résolu par un pays agissant seul ».
« Guidés par ces principes, nous pouvons surmonter la crise du Covid, le plus grand défi partagé depuis la Seconde Guerre mondiale », devait-il assurer.
« Nous pouvons remporter la compétition avec la Chine », devait-il aussi déclarer.
Joe Biden, dépeint comme « faible » par nombre de républicains, a promis d’être « ferme avec la Chine ».
Mais cette fermeté tournera-t-elle à la nouvelle Guerre froide qui semblait se profiler sous la houlette du faucon Mike Pompeo, secrétaire d’Etat de Donald Trump ? Ou à une compétition stratégique claire mais plus apaisée, comme le souhaitent les Européens ?
La réponse à cette question déterminera « le succès ou l’échec de la politique étrangère américaine », prédisait avant l’élection de novembre l’ex-diplomate Bill Burns — nommé depuis à la tête de la CIA par Joe Biden.
D’autres échéances pressantes représenteront autant de tests de la volonté affichée par le duo Biden-Blinken de conjuguer fermeté et dialogue.
Washington et Moscou, son vieux rival, ont jusqu’au 5 février seulement pour prolonger un traité-clé de désarmement nucléaire, New Start.
* »Monde post-américain »
L’administration Biden, qui veut se démarquer de l’ambivalence d’un Donald Trump désireux de se rapprocher avec le président russe Vladimir Poutine, devra donc trouver le moyen de négocier rapidement.
Joe Biden a promis de revenir dans l’accord international censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique, signé en 2015 sous l’administration Obama dont il était vice-président, puis abandonné par Donald Trump.
Il devra pour cela lever les sanctions que les républicains ont durci jusqu’au bout pour lui compliquer la tâche. Tout en s’assurant que l’Iran revienne dans les clous de ses restrictions nucléaires, dont il s’affranchit chaque jour un peu plus.
Le démocrate devra aussi démontrer à une classe politique américaine sceptique qu’il saura faire preuve de fermeté face aux agissements de Téhéran au Moyen-Orient.
Le rôle d’Antony Blinken, son fidèle conseiller âgé de 58 ans, sera d’autant plus crucial que le futur président sera accaparé par les crises internes — pandémie, marasme économique, injustices raciales.
Et que l’ère Trump a abimé l’image de l’Amérique, encore plus dans les dernières semaines avec les coups de boutoir donnés par le républicain aux institutions démocratiques à force de nier sa défaite, puis l’assaut mené par ses partisans contre le Capitole.
« Il faudra beaucoup de temps avant que nous puissions défendre de manière crédible l’Etat de droit » à l’étranger, a constaté l’ex-diplomate Richard Haass lors des violences au Congrès. Ce 6 janvier a marqué selon lui le début d’un « monde post-américain, qui ne se caractérise plus par la primauté des Etats-Unis ».
Mais pour Thomas Wright, du cercle de réflexion Brookings Institution, « réparer la démocratie chez nous n’est pas incompatible avec la défense de la démocratie ailleurs ». « Les deux vont de pair », a-t-il argué dans la revue The Atlantic, soulignant que le trumpisme et ses avatars n’étaient pas un phénomène exclusivement américain
(AFP)
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