Covid-19 : ce que l’on sait et ce qu’on ignore encore sur la mutation anglaise

A laboratory staff member organise blood samples before carry out COVID-19 screening tests at the LPA medical analysis laboratory in Besancon, eastern France, on May 29, 2020. (Photo by SEBASTIEN BOZON / AFP)
La mutation anglaise du coronavirus vient-elle vraiment d’Angleterre ? Est-elle plus contagieuse chez les enfants ? De nombreuses questions restent encore sans réponse sur ce variant du virus.
La mutation anglaise du coronavirus commence sérieusement à inquiéter. Mais que sait-on sur le sujet ?
Voilà plusieurs semaines que l’inquiétude grandit autour du variant anglais du coronavirus. En Angleterre, la situation est déjà critique. Un confinement dur a été rétabli en Angleterre et en Écosse, et le système de santé est complètement saturé.
Mais que sait-on réellement de ce variant, découvert dès le mois de septembre ? Et quels points sont encore flous, alors que les études sur le sujet sont, pour certaines, encore à l’état de pré-publication ?
*Comment s’explique cette mutation ?
Depuis que les premiers cas ont été découverts, il y a maintenant plus d’un an, le nouveau coronavirus a connu de nombreuses mutations. Comme nous l’expliquait Marc Gastellu-Etchegorry, médecin épidémiologiste et directeur adjoint d’Epicentre, pour un précédent article, les virus sont composés “d’acides aminés qui forment un code génétique”, comme l’ADN dans nos propres cellules. Lorsqu’il intègre un hôte – humain ou animal – le virus se multiplie, en répliquant son matériel génétique. Mais il arrive qu’une erreur se glisse au cours de ce procédé. Le matériel génétique est alors très similaire, mais présente quelques différences.
Parfois, cette nouvelle version du virus est impropre à la survie. Mais parfois, elle survit et se multiplie dans l’hôte. Il arrive que les mutations changent quelques caractéristiques du virus, par exemple sa virulence ou sa transmissibilité. Le changement de l’ADN d’un virus peut également avoir des conséquences sur les vaccins conçus pour le combattre. “Ils sont fabriqués pour répondre à un certain type de virus et il faut que la séquence soit à peu près respectée pour qu’ils soient efficaces”, précisait le spécialiste, interrogé sur le sujet en décembre.
Et si certains virus sont plutôt stables – l’épidémiologiste Marc Gastellu-Etchegorry nous citait en exemple la poliomyélite ou de la rougeole – d’autres connaissent de très nombreuses mutations. Ce qui semble être le cas du coronavirus, comme ça l’est également pour la grippe.
*Quand est-elle apparu ?
Cette mutation du coronavirus a été repérée pour la première fois dès le milieu du mois de septembre, à Londres ou dans le Kent (une région du sud-est de l’Angleterre), selon Patrick Vallance, le conseiller scientifique du gouvernement britannique.
*D’où vient-elle ?
C’est en Angleterre qu’elle a été découverte pour la première fois. Mais cela s’explique notamment par le fait que les Britanniques sont les plus performants du monde dans la surveillance de génome, qui permet de repérer les mutations du virus là où un simple test de dépistage ne verrait pas de différence.
Comme le rapporte le New York Times, la Grande-Bretagne a séquencé près de 150 000 génomes de coronavirus, ce qui représente la moitié des données du monde entier ! Avec de telles performances, les chercheurs britanniques parviennent à découvrir des variants qui auraient pu passer inaperçus ailleurs. “Si vous devez trouver quelque chose, vous le trouverez probablement ici en premier. [Et si la mutation] a lieu dans un endroit où il n’y a pas de séquençage, vous ne la trouverez pas du tout”, a commenté Sharon Peacock, directrice du consortium du Royaume-Uni sur les génomes du Covid-19. “On l’appelle le variant anglais, mais il vient peut-être d’ailleurs”, abonde de son côté Astrid Vabret, professeure de virologie et cheffe de service du laboratoire de virologie du CHU de Caen, sur France Culture le 7 janvier.
*Est-elle plus contagieuse ?
Le variant anglais “est considéré plus contagieux de l’ordre de 40 à 70%”, à en croire Olivier Véran. Plus précisément, selon les dernières études, ce chiffre serait de 56%, rapporte Europe 1. Le variant aurait par ailleurs la particularité d’être plus contagieux “chez les enfants”.
Ces caractéristiques pourraient être liées à la mutation même du virus, qui concerne notamment “la protéine qui va adhérer à la cellule”, décrit la professeure de virologie Astrid Vabret, sur France Culture.
Elle se veut cependant prudente sur les conséquences de ce changement. Pour elle, il manque la preuve formelle “que ce variant aurait des propriétés biologiques de transmissibilité plus importantes”. Par ailleurs, “à l’heure actuelle, on ne sait pas si ça touche plus les enfants”, ajoute-t-elle.
Un avis partagé par Bruno Coignard, directeur des maladies infectieuses à l’agence sanitaire française Santé publique France. Il a rappelé auprès de l’AFP que “la résultante en terme d’incidence est une combinaison de facteurs qui associe les caractéristiques du virus mais aussi les mesures de prévention et de contrôle mises en place” dans chaque pays. L’explosion du nombre de cas de l’Angleterre pourrait donc s’expliquer pas uniquement par le variant, mais tout simplement par les mesures en place et leur respect – ou non – par la population.
*Est-elle plus dangereuse ?
Le variant “donnerait le même type de symptômes, sans davantage de cas graves”, a rassuré le ministre français de la Santé Olivier Véran, le jeudi 7 janvier. Le Centre Européen de prévention et de contrôle des maladies confirme que le nouveau variant ne présente pas plus de cas graves, selon les données actuelles.
Ce qui signifie qu’à nombre de cas identique, les cas graves et les décès seraient comparables. Cependant, si la contagiosité de ce variant était effectivement plus grandes, et que les nouveaux cas explosaient, le nombre de cas graves et de morts augmenterait proportionnellement. De quoi peser à nouveau sur le système de santé, comme c’est actuellement le cas au Royaume-Uni.
*Le vaccin est-il efficace contre ce variant ?
On l’a vu, la mutation d’un virus, puisqu’elle transforme son matériel génétique, peut avoir des conséquences sur le vaccin. C’est la raison pour laquelle le vaccin contre la grippe change tous les ans. Mais, pour cette mutation particulière du coronavirus, une étude a montré que le vaccin BioNTech/Pfizer était efficace. Il “peut neutraliser les variants britannique et sud-africain”, a annoncé l’AFP ce 8 janvier.
Par ailleurs, la technologie ARN Messager, utilisée pour développer les vaccins BioNTech/Pfizer et Moderna, permet des modifications rapides, afin de s’adapter aux variants du virus.
*Y a-t-il d’autres variants ?
Il existe de nombreux autres variants du coronavirus. Cependant, comme nous l’expliquait Marc Gastellu-Etchegorry, médecin épidémiologiste et directeur adjoint d’Epicentre, certaines mutations ne changent pas les caractéristiques du virus et passent donc totalement inaperçues – sauf lorsque le génome est séquencé.
Parmi les variants qui ont été repérés, outre le britannique, un autre fait beaucoup parler de lui : c’est celui repéré en Afrique du Sud au début du mois d’octobre. D’autres pourraient bien continuer à faire leur apparition à l’avenir. “Plus vous laissez un virus se multiplier, plus les risques pour nous et les chances pour lui de sélectionner des variants sont grandes”, décrit la professeur de virologie Astrid Vabret, toujours sur France Culture. Plus le coronavirus circulera, plus il y aura donc de risques que de nouvelles mutations fassent leur apparition.
(Yahoo Actualités)
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