Normalisation Maroc – Israël : la dernière bombe lâchée par Trump au Maghreb

C’est avec sa fierté qui lui est propre que le président sortant des États-Unis, Donald Trump, a annoncé une normalisation totale entre le Maroc et l’État Sioniste dans la soirée du jeudi 10 décembre 2020. Il faut dire que le milliardaire a fait des normalisations avec le Sioniste la marque de fabrique de son mandat : Bahreïn, Émirats Arabes Unis… Et la liste est en train de s’allonger.
En “bon” milliardaire et chef d’entreprise, Donald Trump n’a pas fait une telle annonce sans contrepartie. Le Maroc a, en effet, obtenu la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental. “Une autre percée historique aujourd’hui ! Nos deux grands amis Israël et le Royaume du Maroc ont convenu de relations diplomatiques. Une percée massive pour la paix au Moyen-Orient”, a-t-il écrit sur Twitter.
Le Royaume marocain a, également, annoncé cette normalisation via un communiqué. Il entend, selon les termes du communiqué, accorder les autorisations de vols directs pour le transport des membres de la communauté juive marocaine et des touristes israéliens en provenance et à destination du Maroc. Pas seulement :

  • Les contacts officiels avec les vis-à-vis et les relations diplomatiques seront repris dans les meilleurs délais
  • Promotion des relations innovantes dans les domaines économique et technologique, ainsi que l’ouverture des bureaux de liaison dans les deux pays. C’était le cas, d’ailleurs, jusqu’en 2002.

Vers des tensions entre l’Algérie et le Maroc ?

Comme nous l’avons souligné au début, il s’agit d’un véritable cadeau empoisonné et d’une bombe de la part des États-Unis. La zone du Sahara Occidental, comme nous le savons, est sujette à un profond désaccord -indirectement – entre l’Algérie et le Maroc. On parle d’une surface de 266 000 kilomètres carrés qui s’étend de la côte Atlantique au Nord de la Mauritanie. Ce territoire est le seul dont la situation n’a pas encore été réglée. C’est le Maroc qui en a pris le contrôle en 1975 après le départ de la puissance coloniale espagnole. Le Royaume considère qu’il lui appartient de contrôler les trois quarts de cet espace. Ce qui reste, vous l’aurez deviné, est détenu par le Front Polisario qui est soutenu par l’Algérie. Le Front, pour information, est un mouvement indépendantiste sahraoui. D’ailleurs, il n’a pas manqué de dénoncer l’annonce de Donald Trump sur la reconnaissance américaine en faveur du Maroc.
Dans ce contexte, le Front Polisario a décidé de solliciter les Nations Unies. Ces dernières estiment que la question du Sahara requiert une solution basée sur des résolutions du Conseil de Sécurité. On comprend, de ce fait, les enjeux de l’annonce de Donald Trump qui n’est autre qu’un cadeau empoisonné donné au Maroc. Cette initiative risque d’attiser les tensions dans une zone déjà tendue et de plonger le Maghreb dans un climat d’incertitude et de conflits.
En fait, ce que l’on peut encore reprocher à Donald Trump est sa décision, une fois encore, unilatérale. Le dossier du Sahara Occidental est en effet géré sous l’égide des Nations Unies. Le milliardaire a donc choisi d’outrepasser l’autorité de l’institution mondiale.

La diplomatie tunisienne face à un dilemme

Les plus pragmatiques, par ailleurs, diront que le Maroc a bien fait de normaliser ses relations avec l’État Sioniste compte tenu des opportunités économiques dont nous avons parlées au début. Seulement, la question qui se pose porte sur les principes et les valeurs que nous défendons. Il ne s’agit pas de condamner la décision marocaine de normaliser avec Israël. Le Royaume est un État souverain. Seulement, cela signifierait qu’il fait totalement abstraction aux crimes commis par l’État sioniste contre les Palestiniens.
L’autre question qui se pose concerne la réaction de la Tunisie.
Autre point important qu’il convient de souligner : le Maghreb Arabe semble une fois encore fragilisé. Lui qui cherche, depuis sa création le 17 février 1989, à s’unifier. Il est peu probable que l’Algérie dénonce la normalisation entre le Maroc et Israël. Toutefois, elle ne manquerait certainement pas de le faire concernant la décision de Donald Trump sur la reconnaissance de la souveraineté marocaine au Sahara Occidental. C’est, en effet, le principal sujet de tension qui ne manquerait pas de faire parler de lui dans les prochains jours.
Quant à la réaction tunisienne, nous sommes dans un véritable dilemme : notre diplomatie, si elle compte s’exprimer, devrait minutieusement choisir ses mots à propos de ce sujet brûlant afin d’apaiser les probables tensions. Le Maroc et l’Algérie sont deux pays frères et ils sont des pays du Maghreb Arabe. La Tunisie, dans ce contexte, doit incarner le rôle du Grand Frère qui tentera de réconcilier les deux pays et d’éviter à la région des tensions inutiles, causées par les coups de tête d’un président sortant de l’autre côté de l’Atlantique.

Fakhri Khlissa

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