Combien de bergers faut-il encore sacrifier ?

Cela devient scandaleux. La passivité avec laquelle sont traités les attentats terroristes par les dirigeants politiques. Dix ans sont passés et des dizaines d’attentats qui ont lâchement attaqué des civils innocents et de vaillants soldats et sécuritaires sans que les dirigeants politiques élus parviennent à mettre fin à ce fléau. Ils ont élaboré une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent, ils ont obtenu des aides, financières, logistiques, militaires, de pays étrangers et d’organisations internationales dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme. Les forces armées et sécuritaires nationales ont été au rendez-vous, ont fait preuve de loyauté et de détermination pour combattre ces criminels. Mais tout cela n’a servi à rien. Les terroristes continuent de se mouvoir librement, d’infiltrer des zones militaires fermées, de décapiter des habitants des zones rurales et modestes situées au pied des montagnes de la dorsale ouest, fief des terroristes, de faire la loi du brand banditisme.  En face, des discours et des discours, des condamnations verbales redondantes, des promesses de justice sans lendemain. Même pas des aides sociales conséquentes pour les familles des martyrs. Une fois le choc passé, l’attentat est oublié. Jusqu’au prochain. A croire qu’il y a une volonté de banalisation du terrorisme et de conditionnement de l’opinion publique qui, effectivement, tombe dans le piège du blanchiment du terrorisme et de l’horreur. Mais il n’y a pas cependant de volonté politique ferme et déterminée à combattre les terroristes. D’anciens rapports et témoignages d’autochtones ont révélé que ces éléments terroristes ne sont pas continuellement terrés dans les montagnes et qu’ils descendent régulièrement dans les centres urbains. Ces terroristes ne sont pas tombés du ciel, ce sont des Tunisiens, ils sont connus de leurs voisins, de leurs proches et peut-être même des autorités. Les espaces où se cachent ces terroristes ne sont pas immensément grands ni impénétrables, si les pouvoirs publics voulaient en finir avec eux, ils le feraient facilement. L’exemple de la France est à ce titre éloquent et très récent. Après la décapitation du professeur Samuel Paty à Paris et de fidèles dans la Cathédrale de Nice, les pouvoirs exécutif et législatif français ont remué de fond en comble leur arsenal juridique et décidé de le renforcer pour protéger leurs frontières extérieures contre les infiltrations clandestines malintentionnées et pour bannir des réseaux sociaux les discours de haine et les appels aux meurtres. Des arrestations ont été effectuées et des fermetures de mosquées opérées et la guerre contre le terrorisme ne fait que commencer. Une autre guerre a été lancée contre les internautes qui publient des commentaires ou des tweets racistes et xénophobes, leurs auteurs sont traqués et présentés devant la justice. C’est  ainsi que les Etats se comportent avec les criminels et les assassins, c’est ainsi que l’Etat protège ses citoyens.  Que faisons-nous, nous, pour protéger les vivants et pour dissuader les terroristes de commettre d’autres attentats ? Combien de bergers faut-il sacrifier encore avant que l’Etat ne reprenne ses droits dans les monts de Salloum, de Meghila…?  Il y a une réelle volonté, qui ne dit pas son nom, de blanchir le terrorisme et de faire en sorte que les Tunisiens ne soient plus choqués par ce phénomène. La preuve est le discours takfiriste et les plaidoiries défendant les terroristes à chaque fois qu’a lieu un attentat ; discours tenus dans les médias au nom de la sacro-sainte liberté d’expression et au sein de l’ARP par des députés en costumes-cravates, élus par une partie du peuple endoctrinée à l’idéologie daéchiste. Sinon, il y a lieu d’interroger nos responsables politiques sur ce qu’ils ont fait de la stratégie nationale de lutte contre le terrorisme. Et nos magistrats de ce qu’il est advenu des nombreux dossiers saisis et des sentences qu’ils méritent.
La décapitation du dernier berger en date, Okba Dhibi à Hassi El Frid, est un malheureux remake d’une scène macabre qui s’est déjà produite plusieurs fois, trop de fois, jusqu’à la banalisation, jusqu’à l’agacement, jusqu’à donner raison à ceux qui accusent l’Etat de complicité pour n’avoir pas agi avec la détermination qui s’impose pour protéger ses citoyens et ceux qui soutiennent que le terrorisme se manifeste quand la crise politique atteint le niveau critique, pour certains partis. A Hassi El Frid aussi, le bouton a fonctionné. Comme à chaque fois.
Kaïs Saïed a encore une fois haussé le ton pour proférer ses menaces habituelles à l’encontre de ceux, selon lui, qui veulent déstabiliser le pays de l’intérieur. Il accuse même des partis politiques d’être derrière ces tentatives de déstabilisation de l’Etat et promet que cela sera dévoilé prochainement. Qu’attend-il pour passer à l’acte ? La réponse tarde à venir du côté de Carthage alors que tout porte à croire que les attentats sont « télécommandés » et les Tunisiens commencent à comprendre qu’il s’agit là d’un épouvantail que certains  brandissent  pour faire peur aux Tunisiens afin qu’ils ne se soulèvent plus, qu’ils acceptent le fait accompli et se contentent du statu quo pour ne pas connaître pire.

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