Pour en finir avec la migration clandestine, le visa biométrique de circulation

Dans le point de presse conjoint  du ministre tunisien de l’Intérieur avec son homologue français en visite en Tunisie, Taoufik Charfeddine a rappelé que la Tunisie est en lutte contre le fléau de la migration clandestine, surtout quand elle sert un terrorisme qui l’a frappé à plusieurs reprises. Venue au lendemain du drame de Nice dont l’auteur est un jeune désaxé tunisien entré illégalement en France, la visite de Gérald Darmanin entend surtout mettre le focus sur le phénomène migratoire clandestin quand il n’est qu’un aspect, certes tragique, mais secondaire d’une réalité plus complexe à laquelle il importe de faire attention.
En effet, la migration irrégulière n’est que la face apparente de l’iceberg de la triste condition de la circulation en Méditerranée aujourd’hui et doit être éradiquée comme l’a rappelé le président de la République. Toute la question est de savoir comment s’y prendre et dans les plus brefs délais. Il est sûr que faciliter le rapatriement des Tunisiens clandestins n’y suffira pas, Saïed ayant d’ailleurs noté déjà que, pour parer à un tel phénomène qui ne cesse de s’amplifier, il urge de ne  pas se limiter à agir sur les effets, pour s’attaquer avec courage aux causes qui ne sont pas simples à résoudre.
Par conséquent, il ne suffit pas de dire qu’il faut enlever l’envie aux jeunes de s’expatrier par des projets de maintien en place dans leur pays pour y réussir, et surtout y arriver rapidement; les réalités internationales, sociales et économiques notamment, imposent d’en tenir compte en regardant en face la situation pour reconnaître que c’est la condition actuelle des rapports internationaux  déséquilibrés qui est la cause et l’effet des drames qui l’endeuillent régulièrement.
Or, de part et d’autre de la Méditerranée, on continue à ne pas voir le vrai problème, se focalisant sur les aspects et les responsabilités sécuritaires. Pourtant, il ne sert à rien de renforcer les contrôles et de brimer encore plus les jeunes tunisiens, déjà par trop martyrisés avec les lois en vigueur et les pratiques policières retrouvant les réflexes du temps de la dictature.
Il faut se résoudre à cette évidence que le désir de nos jeunes de quitter le territoire national de toutes les façons possibles et imaginables continuera encore et encore et de plus belle tant qu’ils n’auront pas la possibilité de le faire de manière légale.  Or, ils ne l’ont pas, car le visa actuel ne le leur permet pas. De plus, ils continueront à fuir leur pays tant que ses lois, qui sont toujours celles de la dictature et de la colonisation, n’ont pas été abolies. Enfin, il faut savoir qu’il n’y a pas d’émigration ou immigration clandestines, mais juste une expatriation contrariée; or, la libre circulation est un droit de l’homme. Aussi, la situation actuelle ne saurait durer d’autant mieux que l’outil performant et parfaitement sécurisé existe : le visa biométrique de circulation.

C’est la fermeture des frontières qui crée les drames
Il est temps que nos responsables, tout autant que ceux des pays européens, sachent qu’on ne peut ériger un mur sur la Méditerranée. La mer commune continuera à engloutir les jeunes et moins jeunes fuyant les conditions de non-vie chez eux. Les drames iront en s’accentuant si l’on ne se décide pas à permettre que ceux qui souhaitent bouger le fassent de manière sécurisée et libre avec l’outil adapté pour une telle circulation dont il est question ci-après. Sinon, dans cette attente, ces jeunes continueront d’être la proie facile des criminels terroristes qui exploitent leur condition miséreuse à tous les niveaux pour les armer en vue de commettre l’irréparable.
Rappelons, par ailleurs, que la fermeture des frontières européennes a été décidée provisoirement alors qu’elles étaient largement ouvertes quand l’Europe se servait encore des richesses de l’Afrique, y compris humaines, pour bâtir sa prospérité.
Il y a donc quelque chose d’immoral, outre d’être désormais criminel, de ne plus vouloir de ces populations qu’on amenait par tous moyens, y compris clandestinement et dans des conditions inhumaines, exploitées pareillement, pour refuser à leurs descendants ce qui n’est qu’un droit, celui de circuler librement.
Et la responsabilité n’incombe pas qu’aux dirigeants européens, mais aussi aux nôtres sans lesquels la politique migratoire actuelle, axée sur la répression et devenue criminogène, ne pourrait se poursuivre. Il est temps d’y mettre fin !

Ce sont les lois scélérates qui font fuir les jeunes
Il est temps aussi d’abolir toutes les lois dans le pays qui empêchent les gens de vivre sereinement et librement leur vie. Toutes les lois scélérates héritées de la dictature et même de la colonisation touchant aux libertés privatives doivent être abolies.
Un moratoire à leur application est même  à décréter sans plus attendre, car ce sont elles, outre le chômage et l’absence de perspective d’avenir, qui font ces jeunes fuir leur pays. Avec de telles lois, ces derniers n’ont même pas le droit, sans être harcelés, y compris dans leur intimité, de rêver en noyant leur chagrin dans l’alcool ou le plaisir du sexe afin d’oublier leur misère et une condition de mineur à demeure.
Comment veut-on alors qu’ils ne préfèrent pas l’aventure de la traversée de la mer en boat people, puisqu’ils ne troquent rien de précieux contre la mort les attendant au fond de la Méditerranée ? En effet, avec leur condition légale de minorité brimée dans ce qu’ils ne considèrent même plus être leur patrie (une patrie se définissant par des droits),  ils ne se comportent déjà que comme des morts vivants.
Conséquemment, les plus vulnérables parmi eux sont de bien faciles proies pour qui fait commerce de leur misère existentielle, les transformant facilement en munitions toutes prêtes pour les horreurs criminelles devenues récurrentes au service des idéologies haineuses.

Le visa actuel est responsable des drames
Les moins honnêtes des responsables politiques prétendent que la circulation est toujours possible et est garantie avec le visa actuel ; or, à voir les conditions dans lesquelles se délivre ce sésame pour voyager légalement, on mesure à quel degré d’ignorance ou de malhonnêteté atteint un tel propos.
Car le visa de court séjour dit touristique est un vrai parcours du combattant pour le commun des mortels; et quand il est jeune, il n’a quasiment aucune chance de l’obtenir. C’est un tel visa qui crée la clandestinité ; en n’étant quasiment pas délivré, il encourage les gens à circuler illégalement. Et comme la circulation hors normes est devenue périlleuse, c’est bien le visa qui est responsable des drames jalonnant l’actualité.
Aussi, les politiciens tenant à la persistance du visa dans sa pratique actuelle ont bien une certaine responsabilité, une complicité objective pour le moins, dans les drames actuels et futurs. Il est bien temps que se réveille donc leur conscience ! Car le visa actuel est pratiquement devenu un outil criminogène.
C’est d’autant plus le cas que les raisons qui le fondent ne tiennent plus avec ce qui pourrait le remplacer et qui est parfaitement sécurisé, conforme aux réquisits sécuritaires. Au vrai, le visa biométrique de circulation remplit toutes les raisons motivant le visa actuel en y ajoutant le respect du droit à une libre circulation rationalisée.

Il faut passer au visa biométrique de circulation
Il est temps de remplacer le visa actuel, avec ces différents types, et qui est cause de plus en plus de drames, par un seul et unique type de visa : le visa biométrique de circulation. Il s’agit d’un visa délivrable aussi sur prise d’empreintes digitales, mais sans autres formalités et pour une durée minimale d’un an. Cette durée pouvant varier selon des catégories à établir de 3 et 5 ans.
Il sera, pour commencer, à délivrer aux ressortissants tunisiens du fait de la transition démocratique que connaît le pays et qui la consolidera. Il sera, dans le futur, acquis à tout pays démocratique éligible à ce qui deviendrait un espace méditerranéen de démocratie.
Une variante francophone est même hautement souhaitable pour fêter le cinquantenaire de ce mouvement qui a bien besoin de se refonder. Aussi, cela se ferait autour de ce principe de solidarité absolue que serait un visa biométrique francophone de circulation humaine dans l’aire francophone.
Notons enfin qu’un tel outil est devenu incontournable ne serait-ce que du fait que la levée des empreintes digitales des ressortissants par des autorités étrangères au pays est une grave violation du droit international ainsi que de la souveraineté de l’État concerné. Elle impose une compensation sérieuse qui ne peut plus n’être que des facilités dans l’obtention du visa.
Ensuite, au moment où l’Europe s’évertue à forcer la conclusion d’accords de libre-échange qui ne se soucient que de la libre circulation des marchandises et des services, il est honteux et irresponsable que cela ne soit pas étendu aux humains qui sont les vrais créateurs des richesses.
Il suffit que des politiciens justes et honnêtes, de part et d’autre de la Méditerranée, osent enfin voir ce qui est, et non ce qui devrait être, et agir en conséquence avec courage à y apporter solution, pour faire triompher la raison sur les intérêts égoïstes et mesquins.
La politique sans éthique et la diplomatie aveugle actuelles se doivent de retrouver leurs lettres de noblesse. Qu’elles cessent donc avec leur incapacité rédhibitoire de se rendre compte de la désespérance devenue criminelle de nos jeunes, victimes et bourreaux à la fois, auteurs de drames cruels dont ils ne sont que les armes manipulées par de vrais responsables, des commanditaires en costume et cravates intouchables.

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