Nous, le monde et les crises économiques !

Nous vivons aujourd’hui sur le rythme des crises multiples et complexes liées à la pandémie de la Covid-19 qui défie tous les jours la capacité de l’homme et de la science à faire face à ses conséquences sociales et économiques désastreuses.
Les pays développés ont réussi à mobiliser des moyens sans commune mesure pour faire face aux répercussions sanitaires, économiques et sociales de la pandémie. Les institutions sanitaires et économiques qui jouissent d’une grande solidité ont joué un rôle important dans l’appui à leurs gouvernements pour mettre en place les programmes d’urgence afin de faire face aux conséquences de cette pandémie et repousser le risque d’une faillite de leurs économies. Dans les pays de l’Union européenne, les institutions communes et la BCE ont joué un rôle très actif dans l’appui à leurs gouvernements et dans la mobilisation de ressources sans précédent dans l’histoire contemporaine.
Les pays développés ainsi que les pays émergents ont connu la même mobilisation de la part de leurs institutions financières et de leurs banques centrales pour aider leurs Etats et les appuyer à faire face à cette crise.
Cependant, les pays pauvres et les pays intermédiaires, comme le nôtre, ne disposent pas d’institutions financières ayant la solidité de celles des pays développés pour les aider à faire face à ces crises sans précédent. Et, si les pays pauvres ont trouvé un certain appui de la part des institutions financières internationales et des pays donateurs pour réduire le poids financier de la crise, les pays intermédiaires se trouvent seuls face à la crise.
Les institutions financières internationales, avec à leur tête le FMI et la Banque mondiale, ainsi que les G20 et G8, ont annoncé une série d’initiatives au cours des derniers mois au profit des pays pauvres comme le report du paiement du service de la dette jusqu’à la fin de l’année 2020 et la mobilisation d’appuis financiers supplémentaires pour leur venir en aide dans ces temps difficiles. En dépit de leur importance, ces initiatives ont suscité certaines critiques de la part de beaucoup d’observateurs qui les ont considérées comme insuffisantes et ont exigé un appui plus conséquent en faveur des pays pauvres. Ainsi, certains experts ont-ils demandé le report du paiement du service de la dette de ces pays jusqu’à la fin de l’année 2021. Des ONG n’ont pas hésité à demander l’annulation de la dette de ces pays, compte tenu du contexte exceptionnel que nous traversons et des conséquences désastreuses des différentes crises sur leurs économies.
Les pays pauvres ont ainsi trouvé des oreilles attentives auprès des institutions financières internationales ainsi que chez les pays donateurs pour les aider à faire face à ces crises sanitaires, économiques et sociales. Mais, les pays intermédiaires se sont trouvés seuls pour faire face à ces tempêtes sans précédent. En effet, ces pays ne disposent pas d’institutions solides et fortes pour les aider à faire face à ces tumultes d’une force extrême dans leur histoire récente. Les marchés financiers de nos pays n’ont pas la profondeur de ceux des pays développés pour permettre le financement de l’Etat pour faire face à ses besoins. En même temps, les banques et les institutions financières, dont les banques centrales, n’ont pas la solidité et la force nécessaire pour mettre à la disposition des finances publiques les moyens nécessaires afin de concourir au sauvetage des économies.
D’un autre côté, les pays intermédiaires ne font pas partie de la catégorie des pays prioritaires dans l’appui des grandes institutions financières internationales et des pays donateurs. Ces pays étaient obligés au cours des dernières années de s’adresser aux marchés internationaux de capitaux pour faire face à leurs besoins financiers croissants.
Ainsi, les pays intermédiaires se trouvent-ils dans les situations les plus complexes et les plus difficiles avec, d’un côté, des institutions qui n’ont ni la solidité ni la force pour les aider à faire face aux crises et, d’un autre côté, n’étant pas prioritaires pour les institutions internationales. Dans ce contexte, ils sont amenés à faire face à la crise, seuls et en mettant l’accent sur des ressources propres largement en dessous des besoins.
Ces pays intermédiaires, parmi lesquels le nôtre, ne doivent pas se résigner à cette situation et à cet isolement pour faire face à la crise. Nous devons casser ce mur de solitude en essayant de nous ouvrir sur le monde et en prenant les initiatives nécessaires pour rompre cet isolement et mobiliser la solidarité pour affronter la crise.
Et nous pouvons mobiliser cet appui et cette solidarité internationale par le biais d’une stratégie dynamique qui repose sur trois axes majeurs.
Le premier axe concerne la coopération bilatérale où nous devons accélérer nos contacts avec les pays amis, particulièrement les pays européens et les pays du Golfe. Nous devons examiner avec ces pays deux propositions importantes : la première concerne le report du paiement du service de la dette et la possibilité d’obtenir un appui financier. Ce recours se justifie par le fait que certains pays, dont la France avec les discours du Président Macron, s’engagent à venir en aide aux pays en développement pour les aider à faire face à ces crises. On peut également étudier avec ces pays la possibilité de transformer une partie de cette dette dans des investissements sociaux, particulièrement dans le secteur de la santé. Une telle option a été envisagée au lendemain de la Révolution mais sans grands résultats. C’est peut-être le moment de l’examiner de nouveau avec nos partenaires.
Le second axe concerne les institutions financières internationales avec lesquelles nos rapports sont restés modestes au lendemain de la crise en dépit des possibilités importantes qu’elles ont ouvertes suite à la pandémie. A ce niveau, il faut revenir sur nos relations avec le FMI qui constitue la porte d’entrée aux marchés financiers internationaux. Nous avons de ce point commis une erreur stratégique en mettant fin à l’accord qui nous liait à cette institution et le transfert du montant restant de l’accord sous forme d’un appui d’urgence pour faire face à la crise sanitaire.
L’arrêt de cet accord nous laissera sans garantie et ne nous permettra pas de disposer de l’appui d’autres organisations financières internationales. En même temps, nos sorties sur les marchés internationaux de capitaux seront beaucoup plus chères. Sans compter que la négociation d’un nouvel accord demandera beaucoup de temps pour les négociations qui seront encore plus complexes du fait des difficultés de transport et de visite des missions de cette institution.
Mais, en dépit de ces difficultés, il est nécessaire d’entamer au plus vite les préparatifs pour un nouveau round de négociations avec le FMI. Ceci demande la réunion des conditions nécessaires pour réussir cette négociation, notamment la stabilisation de notre économie et l’engagement dans les réformes économiques.
En même temps, nous devons accélérer nos négociations avec les autres institutions financières internationales comme la Banque mondiale et les institutions régionales dont la Banque africaine de développement et la Banque islamique de développement et les autres institutions financières basées dans les pays du Golfe. Cette accélération des échanges avec ces institutions ne peut pas se limiter aux membres du gouvernement et particulièrement à nos gouverneurs auprès de ces institutions mais doit se faire au plus haut niveau du pouvoir exécutif. A ce niveau, il faut également appeler les pays amis et grands actionnaires de ces institutions à nous apporter l’appui nécessaire au sein de ces institutions.
Le troisième axe sur lequel nous devons concentrer nos efforts pour mobiliser l’appui international et la coopération en faveur de notre pays concerne les initiatives que nous pouvons lancer avec d’autres pays qui présentent les mêmes caractéristiques que le nôtre et traversent les mêmes difficultés. A ce propos, nous pouvons souligner l’initiative lancée par le Maroc au moment de la première vague en avril dernier avec beaucoup d’autres pays africains dont le Sénégal pour demander une réduction du poids du service de la dette.
Nous pouvons entreprendre certaines initiatives et rassembler certains pays intermédiaires pour faire pression sur les pays donateurs et les institutions financières internationales pour prendre en considération les difficultés spécifiques de nos pays. Je suggère à ce propos deux initiatives. La première concerne un appel aux pays de l’Union européenne qui ont réussi à mobiliser d’importantes ressources, à consacrer une partie de ces moyens pour une initiative méditerranéenne pour appuyer le secteur de la santé sur la rive sud. La seconde proposition concerne la mise en place par les pays européens avec la BCE et les autres grandes banques européennes d’une garantie que pourraient utiliser les pays de la rive sud à l’occasion de leur sortie sur les marchés de capitaux européens et en euro avec des coûts plus faibles.
Ces initiatives pourraient aider nos pays à mobiliser des ressources importantes pour faire face à la crise et contribueraient en même temps à réduire la tension et certaines rancœurs entre les deux rives de la Méditerranée. Elles pourraient également faciliter les coopérations et les accords à venir.
Notre pays traverse probablement la crise la plus grave de son histoire contemporaine. Mais, jusque-là, en dépit de quelques tentatives d’ouverture modestes, nous nous sommes attaqués à cette crise de manière individuelle en comptant sur nos ressources propres qui ont commencé à se tarir. Nous devons sortir de notre isolement et nous engager dans une diplomatie dynamique et active pour mobiliser l’appui et la solidarité internationale afin de faire face à ces crises.

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