La démocratie en danger : Les revers spectaculaires et les réflexes catastrophistes !

Les Américains adorent donner, en levant un index vertueux, des leçons de morale démocratique. On conviendra qu’il y a beaucoup à dire sur plusieurs régimes «démocratiques» dans le monde. De tradition messianique, les Américains devraient cependant méditer la célèbre parole du Christ : «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère mais n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans le tien ?» La poutre de la parabole, c’est la démocratie américaine, de plus en plus chaotique, qui n’est pas sans rappeler, dans plusieurs cas, celle qui prévaut dans les «démocratures» où les élections se terminent dans un grand nuage de gaz lacrymogène !
Fragilisée par les coups de boutoir populistes, fissurée par les cultes des identités, rongée par le doute et le repli, auto-immolée sur l’autel des fantasmes expansionnistes, consumée par le brasier sécessionniste qui menace de dévorer ses acquis, la démocratie américaine, bâtie sur les ruines de la guerre de Sécession qui a opposé les Etats du Sud esclavagistes aux Etats du Nord abolitionnistes, risque de devenir caricaturale. À droite comme à gauche, les réflexes «tribaux» ont repris le dessus. Ils sont exacerbés, non seulement par les outrances verbales inouïes, notamment à propos des Noirs, et les retombées néfastes de cette rhétorique de fort en gueule de Trump, mais aussi par la frange de gauche du parti démocrate.
Trump voit l’exercice du pouvoir comme une succession de «deals». Il gère les États-Unis sans principes, sans doctrines, sans limite, sans mémoire. Il a joué, aux yeux des populistes de droite à travers le monde, le rôle que joua il y a un demi-siècle Fidel Castro pour les révolutionnaires marxisants, et avec moins d’ambition, Jamel Abdennasser pour les nationalistes arabes: une inspiration pour tenter de renverser l’ordre international libéral. Il courtise tout ce que la planète compte de souverainistes chauvins, qui le lui rendent à profusion. l’Israélien Netanyahou, le Hongrois Orban, l’Italien Salvini, le Brésilien Bolsonaro, le Philippin Duterte, l’Indien Modi et  quelques princes arabes, sont des compagnons de lutte.
Comme souvent dans l’Histoire ancienne et contemporaine, la montée des extrêmes s’accompagne d’un effet miroir. À la radicalisation populiste de Trump, tenant d’une politique nativiste blanche, répond celle de Biden, dont le glissement à gauche dans la question identitaire, tranche avec les choix centristes traditionnels du parti démocrate.
En 1992, Bill Clinton avait résumé sa victoire inattendue sur Georges Bush en ces termes : «It’s the économy, stupid ! ».
Aujourd’hui, la cause de la poussée de Biden est tout aussi simple : it’s the sécurity, stupid ! C’est bien la sécurité qui a joué un rôle déterminant dans la chute de Trump. Loin d’être la manifestation du nationalisme populiste comme elle a été manipulée par les Républicains ces quatre dernières années, la sécurité est la première des libertés. Nous avons appris sur les bancs de l’école que la démocratie commence avec l’instauration de la paix civile et d’un Etat de droit. Aujourd’hui, elle est menacée aux États-Unis par le retour en force de la violence qui gagne en intensité et se radicalise. Les citoyens dans les pays démocratiques n’attendent de l’État en premier lieu que deux choses : la liberté et la sécurité.
Le pire est-il à craindre pour toutes les démocraties dans le monde, après cette vague destructrice aux États-Unis ? Dans son nouveau livre «Le triomphe des lumières», l’écrivain canado-américain Steven Pinker nous conseille de nous méfier de nos réflexes catastrophistes, et en particulier de celui des intellectuels qui ont cette fâcheuse tendance à se focaliser sur l’écume de l’Histoire. Pinker assure que «sur le long terme… la démocratie libérale sera victorieuse, ce qui n’empêche pas des revers spectaculaires

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