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Un appel pour sauver le pays !(2)

Hakim Ben Hammouda, expert en économie et ancien ministre des Finances.

Notre capacité d’ouvrir de nouvelles perspectives dans les moments sombres de l’histoire de notre pays est une constante de notre dynamique historique.
Contrairement à beaucoup d’autres pays, l’expérience du changement politique et social est de nature endogène et interne dans notre histoire. C’est une expérience qui prend naissance au sein de nos sociétés et dans la profondeur de ses dynamiques sociales. Cette expérience n’a pas laissé de place à l’interventionnisme externe, permettant ainsi que nos dynamiques endogènes soient les véritables moteurs du changement politique et social.

 Pour un programme de sauvetage national
Nous devons aujourd’hui proposer et formuler un programme national pour sortir notre pays de la morosité ambiante et des crises à répétition, et redonner l’espoir dans notre capacité à réussir notre transition démocratique.
Comme nous avons réussi par le passé, je reste persuadé que nous pouvons dépasser les difficultés et construire, avec une volonté commune, une réelle embellie pour ouvrir sur de nouvelles perspectives pour notre expérience historique.
Ce papier n’est qu’une contribution dans le débat en cours portant sur les moyens de sortir de ces crises et un appel pour un débat sérieux sur nos priorités et les moyens de les mettre en œuvre.
Mais, avant de passer à ce programme, nous rappellerons les grandes caractéristiques de la réalité actuelle.

 De l’interpénétration des crises
Notre pays a traversé une multitude de crises dont j’ai identifié les principales caractéristiques. Mais, je tiens dans cet appel à renouveler ma réflexion, particulièrement dans la définition des crises et de leur importance.
– La crise sociale. De mon point de vue, la plus importante crise qui secoue notre pays aujourd’hui est d’origine sociale. Les différents gouvernements de la Révolution ont été incapables de trouver des réponses et d’apporter des solutions aux revendications des mouvements sociaux. Ces mouvements, depuis les premiers jours de la Révolution jusqu’aux occupations des sites de production de nos jours dans la région d’El Kamour, ont contribué à l’arrêt des activités économiques dans des secteurs importants pour l’économie nationale, comme le secteur des phosphates.
Au lieu d’innover et d’apporter des réponses nouvelles aux différentes crises sociales, les gouvernements successifs ont poursuivi les politiques classiques qui ont démontré leurs limites dans le règlement des crises, leur capacité à offrir de nouvelles formes d’emplois et garantir l’inclusion sociale. L’échec de ces réponses a favorisé la grande instabilité politique et sociale que nous traversons.
– La crise politique. Cette crise constitue l’un des plus importants défis que nous traversons de nos jours. Cette crise et l’émiettement entre les forces politiques ont contribué à la perte de confiance dans les partis politiques et à l’approfondissement de cette crise, renforcée par la violence du discours politique et l’apparition de plusieurs lobbys qui ont cherché à dominer les partis politiques, provoquant la perte de la légitimité de l’action politique.
Plusieurs raisons ont été évoquées pour expliquer cet état de fait, dont l’incapacité à mettre en place les comités constitutionnels à l’instar de la Cour constitutionnelle, la révision du code électoral et la réflexion sur l’avenir du système politique.
– La crise économique. Nous avons suggéré dans un grand nombre de contributions que la Tunisie connaît trois crises majeures qui remettent en cause notre stabilité économique. La première crise est d’ordre structurel et elle est relative à l’essoufflement du modèle de développement hérité du milieu des années 1970. La seconde crise provient de la gestion post-révolution qui concerne la dérive des grands équilibres macroéconomiques. La troisième est liée à l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur notre économie et la grande récession que nous traversons aujourd’hui.
La crise sanitaire. La pandémie de la Covid-19 a ajouté un défi supplémentaire à ceux que nous connaissons depuis quelques années, auquel nous avons beaucoup de difficultés à répondre, encore aujourd’hui.

Les principes
Le programme de sauvetage que nous proposons est basé sur trois principes majeurs.
– Le premier principe exige la sortie de l’ambiance de guerre totale que connaît la scène politique et de violence verbale à travers la formulation d’un code de conduite qui doit engager les institutions de l’Etat, les partis politiques et les organisations sociales. Ce code de conduite doit également servir de base pour l’exclusion de tous ceux qui ne respectent pas les principes de civilité dans le champ politique.
– Le second principe est relatif à la nécessité de rompre avec les conceptions traditionnelles de l’action publique et la nécessité de concevoir de nouvelles politiques qui nous permettent d’ouvrir des horizons de développement.
– Le troisième principe est la nécessité de sortir de l’hésitation, de la peur et de l’indétermination qui caractérisent l’action publique et les institutions de l’Etat. Nous avons appelé à plusieurs reprises à plus de courage, d’audace et de détermination dans la formulation et la mise en œuvre des politiques publiques.

De quelques priorités pour un programme de sauvetage
Dans ce programme, nous proposons cinq grandes initiatives.
– La première est d’ordre social et concerne la mise en place d’une équipe de travail nationale qui regroupe nos compétences en matière de développement régional afin de mettre en place un programme ambitieux et capable de répondre aux préoccupations des populations dans les régions les plus marginalisées.
– La seconde initiative est plutôt d’ordre politique et concerne l’organisation d’un congrès national entre les différentes forces politiques afin d’adopter une charte politique qui interdit la violence, la corruption afin de parvenir à un consensus sur la mise en place des grands comités constitutionnels.
– La troisième initiative concerne la loi électorale et la nécessité de mettre en place un comité d’experts pour définir une nouvelle loi et la présenter à l’ARP dans des délais assez brefs.
– La quatrième initiative concerne la formation d’un comité d’experts de droit constitutionnel et d’acteurs politiques pour faire le bilan de notre système politique et proposer les pistes de réflexion pour échapper à la crise actuelle.
– La cinquième concerne les aspects économiques et la mise en place d’un collectif de nos meilleurs économistes pour formuler un programme de sauvetage économique de moyen terme pour sortir de la crise actuelle.
Cet appel constitue une initiative pour enrichir le débat actuel sur les moyens de sortir de la crise actuelle. Ces idées s’ajoutent à d’autres dans l’objectif de sortir des crises actuelles et d’ouvrir la page d’une nouvelle expérience historique pour notre pays.

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