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Marre d’attendre

Alors que le pays est au bord de l’implosion en raison des foyers de tension qui éclatent par-ci et par-là et que les Tunisiens sont confrontés à une pandémie et à une crise économique sans précédent, la classe politique dirigeante s’adonne à son sport désormais favori, les règlements de comptes. Sans se soucier des règles, des codes et des normes en vigueur qu’il faut religieusement respecter quand on se trouve aux commandes de l’Etat, les nouveaux dirigeants cultivent le populisme qu’ils ont adopté comme une marque de fabrique révolutionnaire.
Aujourd’hui, ce qui interpelle le plus, c’est cet entêtement affiché à tous les niveaux, de porter atteinte, sciemment ou non, à l’image déjà fortement écornée de la Tunisie, un pays hypothéqué par les trop nombreux partis et les syndicats, bradé auprès des instances étrangères, ruiné par des lobbys financiers insatiables.  La crédibilité des politiques et des gouvernements en a pris un coup. Mais qui s’en soucie ? L’actuel gouvernement est déjà dans de mauvais draps, alors qu’il vient à peine de s’installer dans ses bureaux. Pris en tenaille entre toutes les forces en présence (politiques, financières et sociales), Mechichi et son équipe pataugent. Sans programme clair et défini, il lui sera difficile d’avancer, son action gouvernementale reste tributaire du bon vouloir des partis politiques de lui tendre la main ou de lui mettre des bâtons dans les roues. Mais pas que !
L’actuel Chef du gouvernement est en disgrâce au palais de Carthage. On l’aura finalement tous compris. Il n’arrête pas de subir la colère et les signes de désaveu du président de la République, qui l’a choisi et désigné et qui refuse son rapprochement des partis politiques qu’il a lui-même écartés de la Kasbah.
Dernier épisode, la désastreuse  entrevue qui a réuni les deux hommes, les têtes de l’Exécutif, et où le locataire de la Kasbah s’est fait sermonner par le maître de Carthage, devant tous les Tunisiens, à travers la caméra. Saïed reprochait à Mechichi d’avoir choisi de se faire entourer par des conseillers désignés parmi les plus importantes compétences tunisiennes qui ont travaillé avec le président Ben Ali. Autrement dit, retour à la case départ : un hyper-président qui contrôle et veut décider de tout et une diabolisation de l’ancien régime, notamment des « Azlam ». Et l’on se demande pourquoi la Tunisie s’enfonce chaque jour un peu plus dans la pauvreté et la médiocrité ! Tout simplement parce que les dirigeants actuels de tout bord continuent de ruminer leurs rancœurs et refusent de tourner la page du passé pour passer à autre chose, notamment regarder vers l’avenir.
Pourquoi pas du côté d’Al Kamour ! Ce qui s’y passe est une offense à l’Etat. Une déclaration de guerre implicite contre laquelle l’Etat affiche une inertie déconcertante, une faiblesse honteuse. Et du côté du bassin minier ! Le drame du phosphate tunisien est historique. Personne ne lève le petit doigt. Tout le monde attend que le miracle se produise, qu’il tombe du ciel ou peut-être qu’il vienne  d’horizons étrangers. Nous, Tunisiens, sommes responsables de notre propre décadence, sans doute avons-nous été grisés par l’opium de la liberté au point de perdre tout discernement.
Entre-temps, la majorité souffre et s’impatiente, elle a marre d’attendre que des solutions soient trouvées pour son quotidien, devenu de surcroît macabre avec l’augmentation inquiétante des crimes sauvages et odieux. Marre d’attendre que le président de la République acquière un nouveau discours plus explicite, une posture plus solennelle et qu’il dépasse ses conflits personnels pour rassembler les Tunisiens et les aider à résoudre leurs problèmes, non d’en  créer d’autres.
Marre d’attendre que soit désigné à la Kasbah un chef de gouvernement  fort, averti, entreprenant, courageux, à la solde d’aucun parti politique ni lobby de quelque bord que ce soit. La tâche qui l’attend n’est pas aisée, ce pourquoi il doit agir vite, rassurer et commencer à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour redresser le pays qui part à la dérive.
Marre d’attendre le jour où les trois présidences et les forces vives patriotiques mettront la main dans la main pour réparer ce qui a été endommagé.
Les Tunisiens ont aussi et surtout marre d’être les témoins de la dégradation des institutions publiques et du cadre de vie, de la prise en otage des intérêts du pays, dans l’impunité totale, et de l’ensauvagement inédit de la société.
Ces Tunisiens sont vous, moi et les autres.

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