Aéroport Tunis Carthage : on change d’idée comme on change de ministre

« Un ministre, ça ferme sa gueule, Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. »
Jean-Pierre Chevènement -février 1983

 L’aéroport international de Tunis-Carthage a été mis en exploitation en 1940, quatre ans après, des travaux d’aménagement ont été effectués.
L’État français, qui en est propriétaire, assume tous les frais en conformité avec la politique de l’aviation, le trafic se chiffre en 1951 à 56.400 passagers dont 33.400 par Air France.
Une extension a été exécutée en 1977 pour couvrir une surface totale de 57.448 m2, composé de deux étages (départ et arrivée), et dotée d’une capacité d’accueil de 4,4 millions de voyageurs, 5 millions de en 2007.
La superficie totale de l’aéroport s’élève à 820 hectares et il compte 55 points d’ancrage et 7 passerelles mobiles.
En septembre 2006 l’aéroport a été doté d’un nouveau terminal pour les vols charters, ce qui a permis de décongestionner le trafic en portant le nombre de terminaux à deux, aménagés sur une superficie de 5.500 m2, le nouveau terminal II a une capacité d’accueil de 500.000 voyageurs par an.
A titre de comparaison le Maroc vise une capacité de 60 millions de passagers en 2025 et ses aéroports internationaux ont accueilli en 2019 un trafic total de 25 millions de passagers, et l’Aéroport international d’Alger-Houari-Boumédiène, désigné troisième meilleur aéroport d’Afrique en 2015 a une capacité de 22 millions de passagers par an, ce qui en fait le premier Aéroport Africain en termes de capacité devant celui de Johannesbourg (21 millions de passagers par an) l’aéroport d’Alger est desservi par plus de 25 compagnies aériennes.

 Les aéroports : véritables moteurs de développement économique
Depuis les années 80, le monde assiste à une transformation de l’appareil productif dans laquelle les fonctions de production et de services industriels et tertiaires sont remplacés par des fonctions de distribution et d’échanges qui à l’approche du marché unique et de la mondialisation, deviennent le moteur en terme de croissance d’emplois et de locaux d’activités.
Ainsi, les aéroports sont donc considérés aujourd’hui comme de véritables relais commerciaux pour les sociétés internationales car ils favorisent largement la politique des flux tendus dans les relations interentreprises, ils représentent désormais un enjeu économique extrêmement important et deviennent la clé de l’insertion dans les échanges mondiaux, le transport aérien contribue par sa rapidité à l’expansion internationale des entreprises tout en rationalisant leur technique de gestion.De nombreuses entreprises souhaitent donc implanter sur un aéroport, soit leur siège social, soit leur direction à l’exportation.
A titre d’exemple l’aéroport de Francfort, regroupe 31.000 m² de bureaux, un centre d’expositions permanentes, un centre de conférence pour des rencontres de petits groupes d’affaires entre deux vols très facilement accessible : seule une passerelle sépare le centre du terminal, l’année prochaine, son trafic annuel passe à 70 millions de passagers contre 58 millions actuellement.

Scénario catastrophe en Tunisie
En Tunisie et depuis le 14 janvier 2011, le secteur du Transport a eu pour lui seul 12 ministres ce qui revient à 9 mois pour chaque ministre.
En plus et vu le retard par rapport à nos voisins et ses difficultés financières, le secteur du transport a particulièrement besoin de stabilité et continuité pour réussir, mais chaque nouveau ministre tient absolument à laisser sa petite trace et rajouter un bout pour son plaisir personnel.
Ceux qui se sont succédé depuis des années au secteur du transport sont loin de faire l’exception à la règle, chaque ministre arrive avec son idée et chaque conseiller veut en rajouter un bout… tout le monde veut laisser sa petite trace, et c’est la catastrophe, c’est comme ça que ça se passe.
Sans parvenir donc à résoudre les difficultés du secteur qui exige particulièrement du sens politique autant qu’une bonne analyse technique, sauf que certains d’entre eux, malgré les conseils avisés de leurs administrations, se contentent de réagir à des idées bien personnelles.

Trop de politique tue la politique
Après yassine Ibrahim et Salem Miladi, chacun d’eux est resté à peine 8 mois en tant que ministre du Transport, la Troïka a nommé en décembre 2012, Abdelkrim Harouni qui lui est resté plus que deux ans maître à bord du secteur du Transport.
Il a alors procédé au recrutement de plus que 1.200 employés, au titre de la seule année 2012 ce qui a portés l’effectif des employés chez Tunisair à 7.300, une augmentation de 75% par rapport au recrutement effectué en 2011 selon Elyes Mnakbi ancien PDG de la compagnie, qui a même précisé que certains de ces employés n’ont  pas travaillé et perçoivent leurs salaires et même des enveloppes d’heures supplémentaires, entre 1.000 et 3.000 DT par employé.
Concernant notre politique d’extension de l’aéroport Tunis-Carthage, c’est à partir de 2012 que le directeur général de l’Office National de l’Aviation civile et des Aéroport a annoncé  que l’Office a lancé une étude, pour accroitre la capacité d’accueil de l’Aéroport de 5 millions à 10 millions de voyageurs, il prévoyait même le lancement des appels d’offres et le choix de l’entreprise vers la fin de l’année 2014.
Une année après, le même responsable de l’office annonce que l’extension sera réalisée en deux phases, une première phase sera achevée en 2018 et la seconde en 2023 avec l’espoir que l’Etat trouve les fonds nécessaires pour le projet, mais connaissant l’état des finances publiques, et notamment celles des entreprises publiques, telle que Tunisair qui annonce tous les ans une perte de 400 millions de dinars depuis 2011, on comprend que ce n’étaient que des paroles en l’air qui n’ont aucune crédibilité.
Alors que les grands aéroports se développent partout dans le monde, la Tunisie accuse chaque année du retard dans ce domaine qui nous coûtera trop cher.
Avec la nomination de Mahmoud Ben Romdhane de Nidaa Tounes au poste de ministre du Transport en février 2015 et ce pour une dizaine de mois c’était juste pour nous rappeler la même chanson de son prédécesseur avec le même scénario en la personne du PDG de l’OACA qui annonce cette fois que le projet d’extension de l’aéroport est actuellement au stade de l’étude et qui va coûter 600 millions de dinars et sera réalisé sur deux étapes, en 2019, l’aéroport sera agrandi pour accueillir 7,5 millions de voyageurs par an, une deuxième étape des travaux permettra de faire passer la capacité de l’aéroport à 10 millions de voyageurs et sera prête en 2021.
Anis Ghedira, nommé Ministre du Transport en janvier 2016 ainsi que Hichem Ben Ahmed lui aussi nommé secrétaire d’Etat au Transport (comme si un ministre ne suffit pas) ont organisé fin mai 2017, soit 3 mois avant leur départ, une réunion d’information sur l’avenir de l’aéroport de Tunis Carthage et ont fait savoir qu’une étude a été lancée sur les différentes hypothèses de l’extension et rénovation de l’aéroport International de Tunis-Carthage ou la construction d’un nouvel aéroport (Airport City) pas loin de Tunis.
Le ministre a souligné que  cette étude est un choix stratégique afin d’améliorer la qualité des services.
L’aéroport City est en fait une «ville aéroportuaire», nouvelle conception de l’aéroport géant qui aura un impact certain sur les économies locales et régionales, ces aéroports cherchent à maximiser entre autre les revenus non aéronautiques provenant d’une gamme d’activités, notamment l’industrie du développement, l’entreposage, l’hôtellerie, les immeubles de bureaux, l’hébergement, le résidentiel etc.
Radhouane Ayara, nommé ministre du Transport en septembre 2017 a déclaré le 9 Mars 2018 lors d’une réunion qu’un nouvel aéroport aux normes internationales sera créé d’ici 2030 à Utique au gouvernorat de Bizerte pour un investissement de 683 Millions d’Euros, et que l’appel d’offres pour l’étude du projet sera lancé courant 2018.
Hichem Ben Ahmed désigné ministre du Transport en novembre 2018 a annoncé en octobre 2019 soit quelque mois avant son départ de son poste que la maquette du nouveau visage de l’aéroport Tunis Carthage devrait être prête dans une dizaine de jours et l’appel d’offres sera lancé au mois de janvier 2020.
En novembre 2019 René Trabelsi a été nommé ministre du Transport et ce pour une durée de 110 jours, c’était juste pour annoncer qu’un appel d’offres relatif au projet d’extension de l’aéroport de Tunis Carthage dont le coût est estimé à 300 millions de dinars sera lancé en 2020.
Anouar Maârouf a été nommé ministre du Transport avec rang de ministre d’État en février 2020 pour 135 jours c’était juste le temps pour limoger le 7 juillet 2020 le PDG de Tunisair, Elyes Mnakbi qui ne plait pas à son parti en plus il a même osé dire les quatre vérités sur les difficultés financières de Tunisair au journal Français « Le Point ». Une semaine après Anouar Maârouf a été lui aussi été limogé par le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh.
Après Anouar Maârouf vient le tour de Mohamed Fadhel Kraiem et ceci pour 15 jours. Depuis l’avènement du gouvernement Mechichi, Moez Chakchouk est nommé ministre du Transport et de la logistique

Enfin un appel d’offres défectueux
En date du 20 octobre 2020 à 22h du soir apparaît l’appel d’offres N° 1/2020 de l’OACA pour une présélection des candidats à la réalisation « clé en main » et sur la base d’un APS, avant projet sommaire, élaboré par l’OACA de l’extension du terminal 1 de l’aéroport de Tunis Carthage.
Le conseil de l’ordre des architectes de Tunisie, le Conseil de l’ordre des ingénieurs Tunisiens et la fédération nationale des entreprises de bâtiment et des travaux publics ont tous alors mis en garde contre le système « clé en main » adopté par l’Etat et ont refusé d’y participer et ont même mis en garde toute personne travaillant dans le secteur.
Pour les architectes  la conception du projet doit se faire par des compétences tunisiennes et refusent de développer un projet fait ailleurs.
Tout le monde exige que le projet doit être conçu et réalisé par les compétences tunisiennes.
D’ailleurs cette manière de faire nous rappelle l’ancien régime de Ben Ali et la corruption qui s’est créée autour de projets tel que le stade de Rades et la Cité de la culture à Tunis.

*M.K Architecte

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