Accord en Libye sur un cessez-le-feu permanent

Les parties en conflit en Libye ont signé vendredi 23 octobre un cessez-le-feu national et permanent avec « effet immédiat », après cinq jours de discussions à Genève, organisées sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU).
« Les parties libyennes sont parvenues à un accord de cessez-le-feu permanent dans toute la Libye. Cet accomplissement représente un tournant important vers la paix et la stabilité en Libye », a estimé la Mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul). La signature de l’accord, organisée dans la salle du palais des Nations de Genève, qui est utilisée pour les réunions régulières de la Conférence du désarmement, a duré une dizaine de minutes, suivie d’une salve d’applaudissements.
« Aujourd’hui est un bon jour pour le peuple libyen », a déclaré Stephanie Williams, chef par intérim de la Manul. Les parties rivales ont convenu que « toutes les unités militaires et les groupes armés sur la ligne de front doivent retourner dans leurs camps », a ajouté Mme Williams, ajoutant que cela sera « accompagné du départ de tous les mercenaires et combattants étrangers de tout le territoire libyen, terre, air et mer, dans un délai maximum de trois mois à partir d’aujourd’hui ».
*Un chaos politique depuis 2011
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est plongée dans le chaos politique où deux autorités se disputent le pouvoir : le gouvernement d’accord national (GAN), installé à Tripoli et reconnu par l’ONU, et un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar, qui règne sur l’Est et une partie du Sud.
En avril 2019, le maréchal Haftar avait lancé une offensive contre la capitale mais au bout de quatorze mois de combats meurtriers, ses troupes, malgré le soutien de l’Egypte, des Emirats arabes unis et de la Russie, ont subi une défaite cinglante face aux forces pro-GAN, aidées militairement par la Turquie. Les combats ont fait des centaines de morts et poussé à la fuite des dizaines de milliers de personnes. Depuis, les rivaux libyens ont retrouvé le chemin du dialogue et plusieurs rencontres ont eu lieu depuis septembre. Pour la population, épuisée par les combats et les divisions, ce cessez-le-feu permanent est une lueur d’espoir.
« La route a été longue et difficile par moments. Votre patriotisme vous a permis d’avancer et de parvenir à un accord de cessez-le-feu, a poursuivi Stephanie Williams. J’espère que cet accord contribuera à mettre un terme aux souffrances du peuple libyen et nous espérons qu’il permettra aux personnes déplacées et aux réfugiés, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, de retourner chez elles et de vivre en paix et en sécurité. »
Mercredi, elle avait annoncé devant la presse des accords sur plusieurs mesures concrètes décidées par les belligérants, comme « l’ouverture des voies terrestres reliant toutes les régions et villes de Libye », avec des « dispositifs de sécurité conjoints ». La haute responsable onusienne a en outre annoncé que les deux parties avaient aussi convenu d’accroître la production de pétrole, en demandant à leurs commandants « de travailler avec le représentant de la National Oil Corporation, pour proposer une restructuration des gardes des installations pétrolières ».
*Un « premier succès décisif »
L’Allemagne, en première ligne dans la recherche d’un règlement politique du conflit en Libye, a qualifié l’accord de « premier succès décisif ». Le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Maas, y a vu « une bonne base pour le développement prochain d’une solution politique ».
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a salué « une étape fondamentale vers la paix et la stabilité », appelant « les acteurs régionaux à respecter les dispositions de l’accord de cessez-le-feu et à s’assurer de son application sans retard », lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU, à New York.
De son côté, l’Union européenne a salué comme une « bonne nouvelle » l’annonce du cessez-le-feu, « mais sa mise en œuvre est aussi importante, car elle sera la clef pour la reprise des négociations politiques », a déclaré Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.
L’Italie, ancienne puissance coloniale en Libye, a accueilli « avec une grande satisfaction » l’accord de cessez-le-feu permanent, selon un communiqué du ministère des affaires étrangères, le qualifiant de « tournant d’une importance cruciale pour la stabilité de la Libye ».
En revanche, la Turquie, acteur-clé en Libye par son soutien militaire au GAN, a mis en doute la viabilité du cessez-le-feu entre les belligérants. « L’accord de cessez-le-feu de ce jour n’a pas été conclu au plus haut niveau mais à un niveau moindre », a déclaré le président turc, Recep Tayyip Erdogan. « Pour moi, [cet accord] semble manquer de crédibilité », a-t-il ajouté.
Et dans une première réaction libyenne, le chef du GAN, Fayez Al-Sarraj, a salué le rôle de la Manul dans l’aboutissement de cet accord pour « une paix fondée sur la justice et des garanties qui éloignent le spectre de la guerre et des troubles dans notre pays ».
(Le Monde, avec AFP)
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