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Les escaliers: Attention, ça peut faire mal

Dr Donia Gharbi-kilani

Ce fut un temps où la mode architecturale consistait à insérer des petits escaliers ou quelques marches, à différents niveaux et endroits. Des marches en marbre qui peuvent dangereusement orner certaines salles de bains! Nos routes, non plus, n’ont pas échappé à ces nouvelles tendances.
Malheureusement, on continue à voir ces défaillances architecturales. Et nos urgences publiques ou privées reçoivent des victimes de leurs propres choix ou d’un environnement défaillant imposé. Des défaillances sanitaires et sécuritaires aux lourdes conséquences sur lesquelles je souhaite attirer une certaine attention.

Le danger à domicile!

Des maisons spacieuses avec des escaliers qui montent au premier, qui descendent vers la cuisine et ceux qui traversent le jardin. Des escaliers en marbre fin, signe d’une certaine aisance matérielle et qui fait monter les prix d’un immobilier, le plus souvent, hors de portée. Avec l’âge, les enfants qui commencent à partir, pour suivre leurs rêves et leurs ambitions, les dimensions des maisons, leur architecture en dents de scie, rendent le quotidien des résidents pénible à gérer et l’espace difficile à remplir. Le simple déplacement chez soi devient contraignant, voire dangereux et source d’handicaps.
A titre préventif, une certaine prise de conscience de la part des citoyens, une révision de nos tendances et une mise à jour des réglementations me semblent nécessaires pour faciliter notre quotidien et protéger notre avenir.

La Marche! Quand? Où?

Il semble évident que nos horaires administratifs sont incompatibles avec une pratique sportive en salle à des cadences confortables. Donc, ce qui reste, c’est de faire de la marche et c’est aussi bénéfique pour la santé. Mais où!? A part les parcours de santé, quand ils sont accessibles dans le temps et dans l’espace et répondant à certaines normes sanitaires et sécuritaires. Une petite marche quotidienne peut être pratiquée dans le quartier, quand les trottoirs s’y prêtent. Souvent, je donne des conseils à mes patients tabagiques, qui redoutent le sevrage à cause d’un risque probable d’une prise de poids. Je reste toujours positive à ce sujet, en leur conseillant et de manière concomitante à leur sevrage tabagique, de démarrer une marche douce, comme faire l’aller et le retour, à la boulangerie ou le coiffeur du quartier en marchant et lâcher pour un moment la voiture.
Et pour être plus convaincue, convaincante et crédible vis-à-vis de mes patients qui me rapportent quelques mésaventures décourageantes, j’ai décidé d’adhérer moi-même et de démarrer ma propre marche, sur nos routes nationales. Au bout de deux ou trois sorties, mon diagnostique est fait, nos trottoirs sont incompatibles à la marche. Ils sont dangereux. Faire de la marche dans nos villes frôle l’aventure! Une véritable torture et une source avérée d’handicap à la fois physique et moral. La conception même des trottoirs n’est pas adaptée à une marche normale.
J’ai fini par faire comme tous les courageux et j’ai poursuivi « ma marche » sur une chaussée, pas du tout sécurisante. Au hasard de ma « marche » je m’arrête et je pose la question à un commerçant: « Je ne comprends pas Monsieur, chaque local conçoit son propre trottoir, avec ses propres marches, à des hauteurs différentes! Pourquoi pas un trottoir commun, confortable et sécurisant pour tous? ». Sa réponse était claire : « Madame, d’abord c’est une question de goût! ».
Mais pour les marches, c’est pour barrer la route à de nombreux conducteurs qui garent leurs voitures sur les trottoirs pour de longues heures, ce qui entrave la bonne marche de nos activités commerciales ou « administratives ». J’ai saisi alors la démarche de la marche, c’est pour que les affaires marchent. Quand à la marche, elle se fait sur la chaussée.
Je quitte la boutique avec dans le cœur beaucoup de compassion, et même certains remords à l’égard de tous ces piétons que j’ai sévèrement critiqué dans ma voiture, en les voyant marcher sur la chaussée, alors que le trottoir me semblait large et plus sécurisant. En fait, ce trottoir ressemble à « Un Grand Huit », dangereusement négociable. Davantage, pendant les journées pluvieuses.
Compte tenu de mes compétences médicales dans le domaine des risques professionnels, je lance un appel aux responsables et aux décideurs pour mettre en vigueur des réglementations de prévention, susceptibles de protéger le citoyen tunisien contre certains accidents évitables. Qu’ils soient domestiques, professionnels ou de la voie publique.
Une pensée aux malvoyants, aux femmes enceintes, aux enfants, aux personnes âgées. A tous les citoyens tunisiens. Imposer des trottoirs et des escaliers munis de moyens de protection et de préventions (rampes, lumières, bandes, architectures adaptées ,,,) conformes aux normes sanitaires et sécuritaires en vigueur dans le monde entier.
Ceci va sûrement nous faire gagner en nombre et en qualité de vies humaines. Et comme disait l’autre: « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie! ».

*Médecin Compétant en Médecine du Travail.
Médecin Tabacologue

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