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Les éducateurs et … les fléaux de notre culture !

D’emblée, l’intitulé de cet article est provocant et d’aucuns peuvent le considérer trop injuste envers des hommes et des femmes qui ont juré devant Dieu et la patrie de répandre les valeurs de la science et du savoir et de former des générations d’esprits éclairés. Mais la vérité ne peut se dissimuler derrière les bonnes intentions ni être enveloppée dans les accoutrements des nobles sensations. Elle est au-dessus des sentiments et des réactions, voire même parfois, au-delà des valeurs et des principes. Nous ne pourrons jamais nier que les éducateurs possèdent une place privilégiée dans nos cœurs, ni hésiter un instant à leur témoigner absolument le respect et la considération qu’ils méritent. Leurs bienfaits ne peuvent être comptés, de même, leur influence indélébile sur nos esprits est encore gravée dans la mémoire. Toutefois, les faits réels prouvent que la culture a longuement souffert des « bienfaits » de nos éducateurs et pédagogues ! Au moment où l’on pensait unanimement que les enseignants veillaient sur les affaires de la culture dans le pays, la réalité confirmait que leur «souveraineté» sur la scène culturelle à l’aube de l’indépendance, avait fixé des traditions qui n’avaient aucun lien avec la culture et instauré des schémas totalement opposés au concept de culture, comme le prouve leur engouement pour l’esprit formaté, l’opinion unique, les méthodes didactiques. Dès lors, apparaissaient l’esprit de la « vérité absolue », le sophisme des valeurs scolastiques, la prédominance de la culture stéréotypée dans la société scolarisée ! Au départ, le phénomène paraissait naturel, vu que l’État était jeune, débarrassé à peine du joug de l›occupation et ayant besoin des « initiés » pour meubler la scène culturelle et encadrer un peuple analphabète dans sa majorité. Les éducateurs trouvant la scène culturelle vide ou presque, s’empressèrent de s’y impliquer, s’emparèrent de ses espaces, exercèrent leurs pratiques éducatives sur le public et étendirent le pouvoir scolastique sur l’esprit jusqu’à vider la définition du mot « culture » de toute consistance et de tout dynamisme. La génération d’enseignants anti-conformistes et modernistes qui a fait son apparition au cours des années soixante-dix a été elle-même confrontée à une opposition violente de la part des éducateurs traditionnels. Autour d’eux s’est dressée une politique d’ostracisme et d’exclusion. L’une des conséquences de ces pratiques sectaires est que les gens de la culture se sont écartés des causes sociales et se sont mis à s’occuper des questions scolaires et du patrimoine des aïeux. Il n’est pas exagéré de dire que l’une des causes à l’origine des graves crises sociales qui ont enflammé le pays à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, c’était la démission des intellectuels. La présence des éducateurs sur la scène culturelle ne visait évidemment pas à scléroser la culture et à empêcher son évolution. C’est tout à fait insensé de voir la question sous cet angle. Force est de reconnaître, néanmoins, que les méthodes utilisées par les enseignants, freinaient l’acte culturel et limitaient fort dangereusement ses chances de changement. Pour cela, il serait impératif de répartir à nouveau les rôles entre les éducateurs et les intellectuels dans un cadre de complémentarité. L’éducateur se chargerait d’instituer les valeurs et de les enseigner. Quant à l’homme de culture, il aurait la tâche d’exercer ces mêmes valeurs et de les mettre en pratique. Nous avons besoin aujourd’hui d’une nouvelle politique culturelle qui permet de frayer l’itinéraire de cette complémentarité, et de sauver la culture des dangers de l’inertie, du gouffre de la crise et des affres de la marginalisation.  Le but essentiel est de rétablir la voie juste et ce, en substituant « l’État de la culture « à la «culture de l’État « pour pouvoir passer d’une société d’éducateurs à une société d’intellectuels.

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