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Le pire ennemi de Kaïs Saïed et Hichem Mechichi !

Sont-ils du genre «Saheb Al Himar» ou Ali Ben Ghdahem ? La question est ouverte. Quoi qu’il en soit, nos  «révolutionnaires» sont forcément atteints d’une pathologie rare et atroce qui les pousse à trahir les idéaux de leurs  «révolutions» ! Toutes ces bonnes idées qu’ils s’obstinent à faire passer, ce doit être par plaisir de tuer les rêves d’un peuple, de réduire à néant ses revendications, bref, d’infantiliser les jeunes et les pauvres, qu’ils enfermaient dans un «Islam victimaire», comme s’ils n’avaient pas droit à un libre arbitre. Et cette jouissance est certainement très intense, puisqu’ils sont prêts, pour l’assouvir, à affronter  mécontentement, impopularité et contre-révolution.
«Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser», écrivait Machiavel dans  «Le Prince». Pourquoi ne pas le croire ? Avec son «héros» Abu Yazid Mukhallad Ibn Kayrad, «Sahab Al Himar» (l’homme à l’âne), ses martyrs,  ses victimes, ses bourreaux et ses fanatiques, la «révolution» des kharidjites  (934 -947) a entraîné l’ensemble de notre territoire dans une spirale de violence. La foule enthousiaste du début finit par se sentir flouée.
La «révolution» d’Ali Ben Ghdahem (1864-1865) qui a opposé les Tunisiens au pouvoir beylical à la suite du dédoublement des impôts, a commencé par l’assassinat du général Farhat par les tribus insurgées. «Parce que la faiblesse de la force est de ne croire qu’en la force», comme disait Paul Valéry, cette «révolution» des damnés de la société féodale a sombré dans la terreur. Déconsidéré depuis qu’il a reçu un important domaine et que quelques membres de sa famille ont bénéficié de postes et de prébendes, son chef, le dirigeant tribal Ali Ben Ghdahem, finit par être capturé et incarcéré jusqu’à sa mort  dans le fort de la Karaka à la Goulette.
Le 14 janvier 2011, les jeunes Tunisiens  sont sortis dans la rue après «une goutte d’eau de trop». Ils ont mené, pendant  quelques jours, la fronde contre un régime en perte de vitesse, et la corruption de la famille au pouvoir. C’est un soulèvement des sans-espoirs, sous l’égide d’un vide idéologique très vite rempli par la horde islamiste. «Le sixième Califat a commencé», scandait le fameux dirigeant islamiste Hamadi Jbali, au temps des hautes températures de la  «révolution», le jeu de mots n’est pas inepte. La «révolution» est devenue «Révélation» ! On sait déjà que le pire de tous les soulèvements, c’est la chaleur des premiers jours, l’ivresse des débuts. Comme au temps de «Saheb Al Himar» et d’Ali Ben Ghdahem, les débuts en fanfare ne sont pas pour rien dans l’illusion politique, l’enlisement,  la régression générale et la croyance qu’une volonté autoritaire et subjective suffit à modifier les cours des événements.
Nous avons appris à l’école  que la Révolution, avec une majuscule, signifiait l’accouchement d’un monde nouveau, délivré de l’exploitation de l’homme par l’homme. C’est ce moment décisif où les damnés renversent la domination des oppresseurs et accèdent à un pouvoir libérateur. Je n’ai jamais brillé dans le pessimisme, mais le théâtre  «révolutionnaire»,  tout au long de notre histoire, me frappe comme une comédie aux acteurs interchangeables, sans mémoire ni projet.
Kaïs Saïed et Hichem Mechichi sont-ils capables de briser la chaîne de ces  échecs historiques ? Une génération sépare le Président, 62 ans, et le chargé de former le nouveau gouvernement, 44 ans. Une complicité les unit, à l’heure des fractures dangereuses. Ils ont asséné un cinglant camouflet aux dirigeants politiques et leurs partis qu’on pourrait traduire par quelque chose comme : «Épargnez-nous votre condescendance  et remettez-vous plutôt en question. Vos querelles, on n’en veut pas. Vos choix non plus». Le paradoxe est que leur pire ennemi ne se trouve pas chez leurs rivaux dont les résultats au pouvoir sont catastrophiques. Ils doivent restaurer l’autorité de l’État qui s’était effondrée ; ils doivent récupérer les compétences nationales et mettre en valeur les réalisations de l’État moderne depuis l’indépendance.
Non, le pire ennemi de Kaïs Saïed et Hichem Mechichi, ce sont eux-mêmes, lorsqu’ils trahissent les idéaux de la «révolution»  et brisent les rêves des Tunisiens.

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