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Une sortie remarquable pour M. Fakhfakh ?

Les plus belles victoires sont issues des défaites les plus cruelles. Assurément, la fin prématurée du gouvernement Fakhfakh en est une. Les forces de l’inertie, profitant d’une mauvaise foi loin d’être établie du chef du gouvernement à l’occasion d’un manifestement accidentel conflit d’intérêts, ont réussi à le mettre à bas. Ses ambitions réformatrices avec ? Voire !
De cette cruelle défaite, M. Fakhfakh peut faire une victoire retentissante, de celles qui inscrivent son nom, en lettres lumineuses, sur les tablettes de l’histoire. Il ne sera plus alors un éphémère chef de gouvernement, mais le seul à avoir réussi en si peu de temps et dans l’adversité la révolution mentale qu’attend le peuple en initiant concrètement la réforme législative tant attendue.

Révolution par le haut in extremis
C’est une révolution par le haut que tous les responsables politiques ont hésité pour le moins à entreprendre, sinon s’y sont refusé. N’ayant plus rien à perdre, M. Fakhfakh a tout à gagner à la lancer in extremis, devenant le champion ayant osé donner enfin ses droits et libertés au peuple en mettant à la Pyrrhus la pierre de touche qui manque à l’édifice de la démocratie tunisienne en chantier.
Malgré ou à cause de l’absence de la Cour constitutionnelle dont ses ennemis de tous bords ne veulent pas, il contournera les obstacles mis à cet effet, redorant du coup son blason politique terni dans l’attente de recouvrer son honneur. Comment s’y pendre ?
En refusant, d’abord, d’écouter les sirènes qui, contre l’intérêt de ce pays, l’appellent à déléguer ses compétences. Juridiquement, rien ne l’y oblige, son gouvernement étant toujours de pleine compétence. En effet, avec sa démission volontaire, on est hors du cas du gouvernement de gestion des affaires courantes selon la lettre de la Constitution ainsi que son esprit.
En mettant à profit aussi le temps qui lui reste à la tête du gouvernement pour mener tous azimuts sa réforme, comme il entendait le faire, comme il le pourrait et comme si de rien n’était ! Pour ce faire, il devrait déjà commencer par mettre fin à toutes les injustices flagrantes dont a été saisi son cabinet depuis son investiture et ceux de ses ministres pour rendre enfin justice à qui la réclame. Ce serait un beau point d’honneur à marquer.

Réforme législative à la Pyrrhus
Ensuite, et encore mieux, il s’attachera à rendre justice à tout le peuple meurtri par les lois scélérates de la dictature toujours en vigueur, initiant leur abolition effective, ces lois étant devenues illégales puisque abolies par la Constitution. Or, le parlement traîne lourdement des pieds et continuera à le faire ; aussi a-t-il toute légitimité de décider le gel d’office de ces lois en donnant instruction à ce qu’on n’applique plus en Tunisie des lois illégales. Ses ministres, chacun en son domaine, notamment ceux de l’Intérieur et de la Justice, veilleront à ce que leurs services ne se réfèrent plus à l’avenir à telles lois d’office suspendues, ne devant plus donner lieu à aucune application.
De même, il aura à cœur de mener à terme le travail commencé en matière des circulaires illégales par son ministre chargé de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption. Il officialisera donc la nullité absolue de toutes les circulaires non publiées n’ayant aucune valeur juridique et celles heurtant le texte de la Constitution, et qui constituent à ce jour un infradroit souterrain niant les droits et les libertés les plus basiques des citoyens.
On l’a vu, avant d’être écarté, le ministre issu du parti supposé être le plus réticent à consacrer les libertés dans le pays, M. Zitoun, a eu le temps de faire triompher le principe de liberté en termes du droit légitime au libre choix du prénom de nouveau-né. Certes, c’est quasiment anecdotique au vu de l’immensité de ce qui reste à faire, mais il sera bien triste qu’une telle initiative soit la seule de ce gouvernement dans ce domaine sensible des droits et des libertés, et d’un ministre remercié qui plus est !
Alors, M. Fakhfakh feriez-vous de votre gouvernement éphémère le plus audacieux et le plus efficace au service de l’État de droit et de la société des droits en Tunisie ? C’est à votre portée et cela ne dépendra que de votre bon vouloir, votre éthique politique aussi !
N’écoutez que votre conscience, vos valeurs démocratiques et agissez ! Vous ne ferez que renforcer les chances de la Tunisie d’être un jour un État de droit ; cela renforcera aussi la présomption de bonne foi qu’on n’a pas voulu vous reconnaître dans le malencontreux incident de conflits d’intérêts mettant prématurément fin à vos ambitions pour la Tunisie. Plus que jamais, vous avez toujours la possibilité de le faire !

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