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Repenser notre vision du tourisme

Avec une contribution de 14% au PIB, 400.000 emplois directs et indirects, des recettes en devises de l’ordre de 6 milliards de dinars, des retombées positives et un effet d’entraînement sur plusieurs autres secteurs comme l’artisanat, le transport… Un secteur majeur qui conditionne la bonne santé de l’économie. Mais suite à l’invasion du Coronavirus dans le monde, cette activité primordiale, en l’occurrence le tourisme, a plongé notre pays dans une crise profonde. Toute une filière est traversée de sinistrose.
Il faut dire que l’Etat, ainsi que les promoteurs hôteliers et touristiques ont depuis un demi-siècle beaucoup investi dans le secteur : aménagements coûteux de zones touristiques, crédits bancaires, exonérations douanières et fiscales, ventes de terrains aménagés à des prix bonifiés.
Mais, il semble que le retour sur investissement n’a pas toujours été à la hauteur des ambitions et des attentes des uns et des autres. En effet, des hôtels ouverts seulement durant 4 à 6 mois par an sont-ils vraiment rentables ? 3 à 4 milliards de dinars de crédits bancaires non remboursés plombent les bilans de certaines banques étatiques comme la STB.
Cette énième crise touristique est-elle une opportunité pour adopter une autre vision, avec une nouvelle stratégie de développement du secteur, et élaborer d’autres objectifs susceptibles à terme, de garantir la pérennité du secteur, sa compétitivité et sa rentabilité, grâce à une activité touristique prospère toute l’année et impliquant toutes les régions du pays, grâce à des produits diversifiés et un tourisme haut de gamme?
C’est pourquoi la saisonnalité du tourisme tunisien semble être un obstacle à une rentabilité élevée des investissements hôteliers. Il est temps d’amorcer un virage pour redresser la situation par l’instauration d’un tourisme haut de gamme avec des prestations de service de qualité, une clientèle dépensière et exigeante avec des centres d’intérêt multiples comportant bien sûr la mer et le soleil, mais aussi la mise en place d’un tourisme culturel : découverte des vestiges historiques des anciennes civilisations, la thalassothérapie, la pratique du golf, la plaisance et le nautisme, les oasis du désert, un tourisme alternatif diversifié.
De quoi s’affranchir de « l’obsession de sauver chaque fois la haute saison», car il y aura du tourisme toute l’année.
Au départ, le stratégique a été une erreur. Comme à titre indicatif, le tourisme de masse balnéaire à prix bradés avec des contrats d’allotement où les engagements sont à sens unique.
Signés avec des tour-opérators à prix en dinars tunisiens fixés un an auparavant, les engagements atteignent leurs limites, même si ce modèle va persister et demeurer très prédominant, car le profil type du taux d’occupation des hôtels est le suivant : juillet et août, 100%, juin, septembre  et octobre 50%, le reste de l’année, fermeture, sinon ouverture avec des taux d’occupation symboliques (pâques et 2e quinzaine de décembre).
Le mode d’exploitation ne permet pas de dégager des bénéfices suffisants pour rémunérer les capitaux investis, rembourser les banques, assurer la maintenance et la rénovation des bâtiments et des équipements, investir dans la mise à niveau et l’amélioration des produits, d’où l’évasion fiscale, la dégradation des prestations et des services, les impayés bancaires… On ne peut pas fidéliser la clientèle dans ces conditions, ni garder les cadres compétents, or l’industrie hôtelière est avant tout une activité de services où la qualité est déterminante.
On peut dire que notre pays a des productions et des activités culturelles riches et variées : musique, théâtre, cinéma, peinture, danses, littérature, festivals d’arts et traditions populaires susceptibles de provoquer l’intérêt des touristes étrangers.
ONTT, Institut national du patrimoine et Agence nationale de promotion et de mise en valeur du patrimoine doivent se mobiliser pour l’avènement progressif du tourisme culturel, pour mettre au point une réglementation appropriée à titre de tutelle et assurer le contrôle, le suivi et l’assistance sur le terrain.
Les fédérations hôtelières, agences de voyages et restaurants touristiques doivent se mobiliser pour ce projet.
Afin de promouvoir le tourisme culturel, il faut aménager aux alentours des sites historiques et archéologiques, des conditions d’accueil favorables et confortables pour les visiteurs des musées privés et mieux organiser nos musées, nationaux pour mieux recevoir selon des horaires appropriés, les touristes passionnés d’histoire et assoiffés de culture et de découverte.
La clientèle du tourisme culturel est très intéressante pour notre pays à plusieurs titres. D’abord, elle ne sera pas prisonnière de la saison estivale et pourra venir aussi bien en hiver qu’en été, avec une préférence pour les saisons intermédiaires. Ensuite, elle sera relativement autonome vis-à-vis des tour-opérators organisant ses déplacements à la carte, en fonction de ses centres d’intérêt. Il s’agit en fait de gens cultivés, disposant de ressources financières suffisantes pour faire des réservations par internet auprès des hôtels directement, choisir le confort des classes affaires de certaines compagnies aériennes, réserver des voitures sans chauffeurs sans rechercher les bas coûts des TO, les prix avantageux et des vols low-cost consécutifs à l’Open sky.
Les recettes en devises de notre tourisme s’en ressentiront avec un impact certain sur certaines régions intérieures actuellement privées de retombées touristiques mais heureusement riches par la densité et la qualité de leurs sites archéologiques et monuments historiques tels que Dougga, Bulla Regia, Kairouan, El Djem, le Kef, Gafsa, Kasserine…
En passant de la classe économique (3 étoiles, balnéaire estivale) à la première classe (5 étoiles, excellence et culture), le tourisme tunisien avec l’ouverture des 120 hôtels fermés pourrait globalement rapporter dix fois plus en devises, créer deux fois plus d’emplois permanents grâce à la saison touristique continue toute l’année, avec une moyenne globale du taux d’occupation de 70% à 80% pour les hôtels.
L’investissement complémentaire ne serait relativement pas considérable, du fait que nous avons une bonne proportion de nos hôtels déjà de 4  et 5 étoiles qui mériteraient uniquement une mise à niveau peu coûteuse.
C’est le changement de contenu qui importe le plus avec la montée en gamme de la qualité.          

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