Mort d’Ennio Morricone, le plus célèbre des compositeurs de musique de films

Ennio Morricone, le plus célèbre et adulé compositeur de musique de films vient de s’éteindre ce 6 juillet 2020 à 91 ans ans. Le maestro italien fut en effet l’un des grands génies du XXe siècle. Retour sur la très prolifique carrière d’un musicien au-dessus de tous les autres.
Considéré à juste titre comme le plus grand compositeur de musique de films, Ennio Morricone a été l’une des personnalités les plus importantes et influentes du cinéma italien, puis mondial. Avec 500 bandes originales à son actif depuis 1961 et plus de 70 millions de disques vendus, il a su acquérir une renommée à la hauteur de son talent. En soixante ans de carrière dans le cinéma, ce bourreau de travail a consacré sa vie à son art, signant une œuvre aussi qualitative que quantitative. Né le 10 novembre 1928 dans le quartier romain du Trastevere, il est initié très jeune à la musique par son père Mario, un trompettiste de jazz qui l’inscrit à l’Académie nationale de Sainte-Cécile. Après ses études, Ennio compose pour la télévision, la radio et le théâtre. Arrangeur hors pair, il chapeaute aussi de nombreux titres pour la variété italienne. En 1956, il se marie à Maria Travia, son “inspiratrice.” Elle lui donne trois fils (dont Andrea Morricone qui deviendra aussi compositeur) et une fille.
*Le western en majesté
Il écrit sa première musique pour le cinéma en 1961, Mission ultra-secrète avec Ugo Tognazzi. Mais sa vie change réellement fin 1963 lorsqu’il reçoit le coup de fil d’un certain… Sergio Leone, qu’il avait connu à l’école primaire, trente ans auparavant ! Le jeune réalisateur lui propose d’écrire la BO de son premier western, Pour une poignée de dollars. À l’image de la collaboration entre Federico Fellini et Nino Rota, l’association Leone-Morricone va révolutionner la musique de films et changer radicalement les règles. Notamment par l’utilisation surprenante de la guitare électrique, de l’harmonica, du sifflement ou… du fouet ! Sa musique est faite aussi de susurrement lascifs ou de râles inquiétants. Car pour Morricone, la voix humaine est l’instrument le plus important, celui qui offre le plus de possibilités. Ennio va devenir le compositeur attitré de Sergio, en enregistrant la musique de ses films bien avant le tournage, voire avant l’écriture du scénario, imposant à Leone une mise en scène autour de ses partitions. Le lyrisme de Morricone doit aussi beaucoup à la voix de sa fidèle soprano, Edda Dell’Orso, qui intervient sur les BO du Bon, la Brute et le Truand, Il était une fois dans l’Ouest, Il était une fois la révolution et surtout Il était une fois en Amérique. S’il a réservé ses plus belles mélodies à Leone, le musicien a collaboré, en parallèle, avec d’autres grands cinéastes transalpins comme Pier Paolo Pasolini, Bernardo Bertolucci et Dario Argento.
*Hollywood en était fan
Morricone travaille sur quelques films français (Le clan des siciliens, Le casse, Peur sur la ville, Le professionnel). Ou britanniques (comme Mission, l’une de ses plus grandes réussites). Mais bientôt, Hollywood fait appel à ses services et il se lance sur le marché américain, collaborant notamment avec Terrence Malick (Les moissons du ciel), John Carpenter (il se frotte au synthétiseur sur The Thing), Brian De Palma (Les Incorruptibles) et, son plus grand fan, Quentin Tarantino (Les huit salopards, qui lui vaudra en 2016 son second oscar – le premier étant un oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, qu’il a reçu des mains de Clint Eastwood en 2007. Il dira à ce propos : “J’y suis allé par politesse, mais au fond, ça ressemblait à un éloge funèbre prématuré.ˮ). Depuis 2001, le musicien avait ralenti son activité et donné une série de concerts symphoniques lors d’une tournée mondiale, avec 200 musiciens et choristes qu’il dirigeait à la baguette… Avec ses grandes lunettes et son regard sévère, ce perfectionniste, qui s’inspirait de Bach ou de Mahler, avait pour habitude de se lever chaque matin à huit heures pour écrire des partitions dans une pièce de son spacieux appartement romain. Mais le rituel a hélas pris fin. Ce dernier avait déclaré : “La musique, c’est mon sang, c’est l’air que je respire, c’est ma raison d’être sur Terre.ˮ Pour les mélomanes-cinéphiles, sa disparition représente une énorme perte.
Arrivederci maestro.
(Télé-Loisirs)
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