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Ces femmes qui font peur aux islamistes…

Ce sont des femmes libres qui ont décidé d’échapper au joug de la domination masculine que les islamistes voudraient imposer à toutes les femmes tunisiennes. Politiciennes, écrivaines, artistes, intellectuelles, universitaires, militantes féministes, juristes, elles adorent dénoncer, en levant un index vertueux, le sexisme répressif envers les femmes au nom de la religion: Olfa Youssef, Hela Ouardi, Neila Sellini, Salwa Charfi Ben Youssef, Emna Chargui, Iheb Trabelsi, Lamia Aridhi, Amel Ayari, Leila Toubel et la liste  s’allonge quotidiennement. Raisonnables et compétentes sur la plupart des sujets, elles entendent ne rien laisser passer, ni le racisme, ni le dogmatisme, ni la haine, ni les campagnes de harcèlement, ni la diabolisation du corps féminin. Régulièrement prises pour cible par la merdaille obscurantiste, elles continuent à se battre pour la liberté de conscience, pour la liberté d’expression, pour l’émancipation de la femme musulmane, et  refusent de négocier leurs libertés au nom des particularismes culturels, sociaux ou religieux.
Adversaires très acharnées des islamistes et voix tonitruantes de la tolérance et de la modernité, elles sont devenues le cauchemar de tous ceux qui veulent instaurer un séparatisme sexuel, un suprématisme masculin et qui souhaitent quasiment faire disparaître le corps des femmes du paysage public, comme si la religion (leur religion) ne réservait pour les femmes que mépris et la perspective de n’être que la moitié d’un homme, une mineure à vie ! Mais qu’arrive-t-il donc aux islamistes ? La horde a-t-elle perdu la tête, la raison, le sens commun ? Ne se rend-elle pas compte qu’elle dessert l’islam ? Malheureusement, les dents de ces obscurantistes, hostiles à l’altérité, aux valeurs humaines, à l’universalisme, à l’égalité des sexes, sont en train de repousser pendant que la modernité perd ses attraits.
Quand des femmes libres osent défendre l’universalisme, la modernité, la liberté individuelle et refusent la dégringolade de notre société dans les standards de la pensée, les islamistes appellent cela «propos haineux»,  «blasphème» ! Leur «logique» est pourtant connue. Susceptibilité extrême (le fameux blasphème ), extension identitaire de l’offense supposée (si tu dis un mot sur notre religion, tu nous insultes tous) et enfin défouloir collectif et violent sur un bouc-émissaire commode. Il n’est pas plus méprisant envers les femmes musulmanes qu’un islamiste. Voilà  plus de neuf ans que les atteintes à la vie privée, menaces de mort, de viol, intimidations, diffamations et insultes, propos abrupts sinon outranciers, sont le lot quotidien des femmes libres. Souvenons-nous des seaux de boue déversés sur Tahar Haddad quand, en 1930, il avait eu le malheur d’appeler à l’émancipation de la femme tunisienne dans un livre visionnaire : «Notre femme dans la législation islamique et la société». Un livre condamné avec horreur par la moutonnaille des obscurantistes, dont le grand tort fut d’avoir eu raison trop tôt. Ce qui est très difficile à vivre pour ces femmes, ce n’est pas tant les menaces que l’impunité. Où sont passés les pétitionnaires de la liberté, les officines droits-de-l’hommistes à sens unique ? Silence radio. Il ne suffit pas d’être inutile. Encore faut-il être odieux ! On sait déjà que la prétendue intelligentsia de chez nous, n’a quasiment plus de repères. Mais n’est-elle pas en train de perdre aussi toutes ses facultés ? Une société civilisée, c’est une société où l’on ne se soucie pas seulement de sa liberté propre, mais aussi de la liberté des autres, de ceux qui ne sont pas moi, ceux qui ne pensent pas comme moi. Ce qui est alarmant, c’est la renonciation à ce qui est non seulement notre héritage moderniste, notre honneur national, mais aussi à ce qui est probablement la justification, la seule, d’une présence de notre pays dans le concert des nations civilisées : la liberté de la femme tunisienne.
Reste que sans un renouveau de notre constitution, avec un vrai et transparent article sur la liberté de la femme, il est vain d’espérer ce surcroît de liberté individuelle dont notre pays a désespérément besoin.

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