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La Grèce et la Tunisie en faveur d’une solution libyo-libyenne

Ghazi Ben Ahmed*

La dangereuse dégradation de la situation en Libye «menace d’exploser en une conflagration régionale aux conséquences imprévisibles pour l’aire méditerranéenne » dans l’indifférence et l’impuissance de la communauté internationale. L’Europe, les Etats Unis et d’autres ont pourtant une part de responsabilité dans la situation actuelle du pays, en ayant « collectivement plongé la Libye, depuis ces années, dans l’anomie, sans pouvoir régler la situation », pour reprendre les termes du président Macron, lors de sa visite à Tunis, le 1er février 2018.
La solution d’un homme fort en Libye a pu un temps séduire et fédérer une coalition de pays derrière le Maréchal Haftar. Toutefois, ce dernier n’a jamais semblé en mesure de s’imposer dans le pays, et était loin de faire l’unanimité parmi les libyens.
Dans cette situation de chaos, l’intervention militaire turque a radicalement changé la donne. Elle trouve son fondement dans l’accord sécuritaire controversé signé le 27 novembre 2019 entre Ankara et le gouvernement libyen d’union. Un autre accord a été signé et porte sur la délimitation maritime entre la Turquie et la Libye. Ces deux accords sont contraires au droit international. Comme l’indique aussi l’ambassadeur des Etats Unis en Grèce dans un recent tweet[1]. Et ce n’est pas fortuit. Car dans une Europe, qui a étalé ses divisions – notamment entre la France et l’Italie –et qui semble incapable de gérer son voisinage, la Grèce pourrait jouer un rôle prépondérant. La visite aujourd’hui en Tunisie du Ministre grec des affaires étrangères, Nikos Dendias est un signe qui ne trompe pas.

Eviter un scénario analogue à la Syrie, ou une partition dans un scénario à la Chypriote.
L’expansion turque en Libye suscite l’inquiétude de la Tunisie et de la Grèce. Une expansion qui risque de durer. En difficulté sur le plan intérieur, le président Erdogan, sous fonds de rhétorique néo-ottomane, cherche désespérément à étendre ses frontières maritimes dans une zone de Méditerranée orientale où d’importants gisements d’hydrocarbures ont été découverts ces dernières années autour de Chypre.
De plus, la Turquie veut pérenniser sa présence en Libye, en construisant une base navale à Misrata et une base aérienne à Al Watiya. La Libye risque de subir un scénario analogue à la Syrie, ou une partition dans un scénario à la Chypriote.
Convaincus qu’il n’y a pas de solution militaire à la crise libyenne, la Tunisie a un rôle à jouer car elle est directement concernée et impactée. « La Tunisie a payé cher cette guerre qui n’en finit pas : sur le plan financier, sécuritaire et même au sein de sa classe politique[2]. »
Après s’être rendu à Paris, Kais Said reçoit, le 29 juin, le ministre des affaires étrangères grec, Nikos Dendias. La Tunisie et la Grèce ont des positions similaires, en faveur d’une cessation immédiate des hostilités et contre l’ingérence étrangère en Libye. La Tunisie et la Grèce ne veulent pas de source d’instabilité dans le voisinage, et revendiquent ensemble leur mot à dire sur les développements en Libye, ainsi que leur volonté d’aider la Libye à trouver une solution politique.Il y a un enjeu vital à ce que l’UE reprenne la main en Libye au plus tôt, pour instaurer un leadership interne et une crédibilité externe, et éviter un deuxième scénario chypriote.

Pour « une solution libyo-libyenne »
Face au danger et à l’escalade, la situation doit évoluer mais une paix durable ne peut se construire sans tenir compte des aspirations du peuple libyen. Il y a maintenant un sentiment général que la Libye doit trouver d’urgence un autre moyen de stabiliser le pays.
Pour sauver la Libye du chaos, nous préconisons la solution d’un retour à la monarchie que nous avions déjà proposé dans un article en 2014[3]. Une solution qui avait déjà été testée avec succès il y a 70 ans.La mission de l’ONU en 1950 – dirigée par le diplomate néerlandais et sous-secrétaire général des Nations Unies, Adrian Pelt – avait supervisé la formulation de la première constitution du pays.Le 24 décembre 1951, la Libye était proclamée État indépendant et souverain avec le roi Idris comme premier souverain d’une Libye unifiée et fédérale.
Aujourd’hui, l’héritier du trône c’est Mohammed Senoussi, le petit-neveu d’Idriss 1er, très discret dans les médias, l’homme, qui vit à Londres, a laissé entendre qu’il accepterait la charge si ses compatriotes le lui demandaient. La Libye n’a pas besoin d’un homme à poigne, mais un homme de consensus national, qui règne sans gouverner.C’est ce qu’espèrent aussi certains Libyens. La ré-instauration de la Constitution de 1951. Et donc, du roi.

*Président du Mediterranean Development Initiative

[1]https://www.thenationalherald.com/greece_politics/arthro/fm_dendias_meets_with_us_ambassador_pyatt-489211/
[2]https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/06/24/kais-saied-la-tunisie-n-acceptera-jamais-la-partition-de-la-libye_6044014_3212.html
[3]https://m.huffpost.com/us/entry/5147267

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