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Elyes Fakhfakh : De ses erreurs et de son refus de les reconnaître

Quelques jours avant la destitution de Bourguiba, le 7 novembre 1987, le grand romancier Mohamed Salah Jebri m’a raconté cette anecdote sur son ami, le célèbre poète Midani Ben Salah qui s’assied à la terrasse du « café de Paris » par une journée de tempête et dit : « Garçon, un capucin et moins de vent !« . Le décor a complètement changé depuis trente-trois ans, mais consiste toujours à réclamer une météo plus clémente. Pourtant, le vent souffle de plus en plus fort. Ainsi, avons-nous appris la semaine dernière que le Chef du gouvernement Elyes Fakhfakh, détenait les deux tiers du capital d’une entreprise d’environnement dont l’essentiel du chiffre d’affaires est réalisé avec l’État. Ce scandale s’ajoute aux autres « affaires » auxquelles il a été confronté depuis sa prise de fonction, celles des trente millions de masques de protection contre le coronavirus et les dégâts subis par la voiture de fonction du ministre du Transport et de la logistique Anouar Maârouf, suite à un accident imputé à sa fille, et son refus de restituer une maison de fonction appartenant à la Poste tunisienne, qui lui avait été attribuée, provisoirement, quand il occupait, au sein du gouvernement Chahed , le poste de ministre des Technologies de l’information et de l’économie numérique. Il y a également l’affaire Mongi Marzouk, le ministre de l’Energie et des mines qui a profité, pendant le confinement, d’un vol de rapatriement de Français bloqués en Tunisie pour rentrer à Paris en faisant valoir son passeport français et qui s’est retrouvé bloqué dans la capitale française après l’annulation de son vol de retour ! Voilà que le fond de l’air est lourd,  après que nos gouvernants eurent mis le feu aux moissons.
Soyons lucides, le Chef du gouvernement ne peut pas être tenu pour responsable des « cachotteries » de ses ministres. Et on peut aussi se féliciter que le durcissement des contrôles déontologiques par les médias ait permis à ces scandales d’éclater. Mais après une telle avalanche d’affaires, on aurait pu s’attendre à un sévère recadrage de la part du Chef du gouvernement. C’est tout l’inverse qui s’est produit. Y a-t-il encore quelqu’un qui tienne la boutique ? Cette situation dramatique en dit long sur la désinvolture de ceux qui nous gouvernent sur fond de soupçon généralisé que nos élites politiques sont amorales à cause de la corruption douce des conflits d’intérêts, qui se développe à mesure que la logique privée l’emporte sur l’intérêt général. C’est le conflit d’intérêts d’une classe dirigeante qui se confine dans l’entre-soi. Est-ce parce qu’ils font partie de ces politicards pressés, ceux qui veulent tout et tout de suite ? Nos gouvernants, Elyes Fakhfakh en tête, ne savent pas refouler leurs désirs. Ce faisant, ils semblent dans l’ère de cette « anarchie spontanée« , selon le terme de l’historien français Hippolyte Taine. Mais leur comportement est suicidaire : aux yeux de l’opinion, ils apparaissent désormais, à tort ou à raison, comme des usurpateurs de la « révolution » des « Tunisiens d’en bas« . Pire encore, tandis qu’un très dangereux pressentiment gagne les esprits, exaspérés par les scandales politiques,  la corruption, le népotisme, l’insécurité, l’aggravation des tensions inégalitaires, la destruction de la classe moyenne et la montée des « passions tristes » dont parle Spinoza, telles la colère et la haine, Elyes Fakhfakh, juché sur ses ergots, se permet d’affirmer qu’il pourrait être amené à sabrer les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités ! Si la « solution » du pire « vendue » aux peuples comme la plus efficace pour résoudre leurs problèmes, n’avait pas existé dans l’histoire des dictatures, nos gouvernants l’auraient inventée. Ils ont besoin de répandre la peur en prédisant le pire. Mais malheureusement pour eux,  ils n’ont pas lu Ibn Khaldoun qui voyait dans l’instrumentalisation de la peur  « l’un des moteurs de la destruction des pouvoirs « .

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