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Devant Saïed, Macron dénonce le «jeu dangereux» de la Turquie en Libye

French President Emmanuel Macron gives a joint press conference with his Tunisian counterpart after their meeting at the Elysee Palace, in Paris, on June 22, 2020. (Photo by Christophe PETIT TESSON / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron a dénoncé lundi le «jeu dangereux» de la Turquie en Libye, y voyant une menace directe pour la région et pour l’Europe.
«Je considère aujourd’hui que la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin», a-t-il lancé à l’issue d’un entretien avec son homologue tunisien Kais Saied à l’Elysée.
Le chef de l’Etat français a précisé avoir tenu «le même discours» lors d’un entretien téléphonique lundi après-midi avec le président américain Donald Trump. «Il en va de l’intérêt de la Libye, de ses voisins, de toute la région mais également de l’Europe», a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron a aussi appelé à ce «que cessent les ingérences étrangères et les actes unilatéraux de ceux qui prétendent gagner de nouvelles positions à la faveur de la guerre» en Libye. La situation est «intolérable», a souligné une dernière fois ce lundi Emmanuel Macron.
Tensions grandissantes entre Ankara et Paris
Le 10 juin dernier, Le Courbet, un navire français déployé au large de Libye pour identifier un cargo suspecté d’être impliqué dans un trafic d’armes, a fait l’objet de trois ciblages consécutifs de la part d’une frégate turque. «Selon les règles d’engagement de l’Otan, un tel acte est considéré comme hostile», avait indiqué au Figaro le ministère des Armées. Si cette manoeuvre «agressive» avait été démentie par Ankara, elle est désormais au coeur d’une enquête ouverte par l’OTAN.
Cette nouvelle passe d’armes s’inscrit dans un contexte de tensions entre la France et la Turquie, cette dernière accusant Paris de soutenir le maréchal Haftar en Libye, en proie à la guerre civile. Depuis 2011, aucun responsable politique n’a réussi à prendre le contrôle du pays, alors divisé entre le maréchal Haftar, dissident, et Fayez al-Sarraj, premier ministre reconnu par les Nations unies et soutenu par la Turquie.
Dimanche, l’Egypte, soutien officiel du maréchal Haftar, a déclaré via son président Abdel Fattah al-Sissi envisager une intervention en Libye. Le gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj a dénoncé comme une «déclaration de guerre» les menaces de l’Egypte. Emmanuel Macron, quant à lui, a affirmé ce lundi que les inquiétudes de l’Egypte étaient «légitimes».
«Mort cérébrale de l’OTAN»
Ces récents événements représentent, selon Emmanuel Macron «l’une des plus belles démonstrations qui soient» de «la mort cérébrale de l’alliance». «Je vous renvoie à mes déclarations de la fin de l’année dernière sur la mort cérébrale de l’Otan», a-t-il continué.
En novembre dernier déjà, le président avait effectivement dénoncé «l’agression» de la Turquie envers, notamment, les Kurdes en Syrie, autre point de dispute entre Paris et Ankara. La communauté, considérée par Paris comme une alliée de taille dans la lutte anti-terroriste, est régulièrement visée par des bombardements turcs dans le nord de l’Irak ou en Syrie.
«Tant que nous continuerons, membres de l’Otan, Européens, parties prenantes de ce sujet, à être faibles dans nos propos ou à manquer de clarté, nous laisserons le jeu des puissances non coopératives se faire», a estimé Emmanuel Macron ce lundi. «Je ne veux pas dans six mois, un an, deux ans, avoir à constater que la Libye est dans la situation de la Syrie d’aujourd’hui».
(Le Figaro)
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