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Libye : les affrontements prennent une nouvelle tournure

Drapeau libyen

La situation au cours des deux derniers jours est marquée par un repli coordonné des unités de l’ANL de leurs points d’appuis les plus avancés du front de Tripoli.
Les mouvements observés correspondent à une combinaison des missions tactiques de Jalonnement (« Renseigner sur la progression d’un ennemi en maintenant devant lui des éléments mobiles précisant le renseignement et causant des pertes) et de  freinage (« Ralentir la progression ennemie dans une zone ou une direction par des feux ou des obstacles »). Cette manœuvre semblait se faire en bon ordre et n’a pas occasionné de pertes du côté de l’ANL (à l’exception de certains blindés abandonnés à la suite de pannes mécaniques). Il s’agit probablement d’échanger du terrain contre du temps et de conduire l’ennemi à se découvrir pour mieux le frapper à l’aide de tirs d’artillerie.
Certaines positions ont été successivement livrées puis reprises. Les embuscades tendues ont permis, selon un communiqué de l’ANL, de capturer des officiers turcs et mercenaires syriens qui paraissent s’être presque entièrement substitués aux milices de Tripoli et Misrata. L’ANL promet de rapidement préciser le nombre des prisonniers faits ce jour.
De nouveaux axes et modes opératoires semblent avoir été  définis en fonction de l’évolution de la menace (renforcement en mercenaires syriens et leur encadrement turc et en matériels).
On peut, dans ce contexte, envisager un prochain recours à des violentes frappes aériennes et d’artillerie destinées à briser un ennemi beaucoup plus exposé car en dehors des zones les plus urbaines.
Il n’y a pas d’évolution notable sur les fronts de Tarhouna, Gharyan et Misrata. Des mouvements de troupes et de Pantsir vers Bani Walid, initialement interprétés par les pro GNA comme une préparation à l’évacuation des Wagner, commence à susciter l’inquiétude. Misrata commence à redouter une offensive massive contre la cité.

L’ANL a reconquis Mizdah
La prise de contrôle de la ville de Mizdah (90 km sud de Gharyan), puis la reprise de al-Assaba (25 km sud-ouest de Gharyan), semblent confirmer, après l’abandon de Watiya et la moindre pression apparente sur les faubourgs de Tripoli, que l’ANL est entrée dans une nouvelle campagne et a revu ses objectifs opératifs.
La ville de Gharyan, perdue l’an dernier, paraît être redevenue l’objectif principal de l’ANL.
Les frappes aériennes se sont concentrées sur ses axes et faubourgs sud et certaines informations font état de combats jusque dans les quartiers sud. On peut imaginer que le lourd contingent observé à Mizdah a été constitué, au moins en partie, par les unités s’étant exfiltrées la semaine dernière de Watiya et ayant utilisé les points d’appui du Jebel Nafousa puis la route du désert de Wamis al-Shgega afin de rejoindre ce nouveau front du sud de Gharyan. Il est par ailleurs probable que des unités de Bani Walid venues de l’Est, aient rejoint, ce front.
Depuis qu’elle était passée sous contrôle du GNA, Gharyan représentait une menace permanente alimentant les attaques de harcèlement, notamment par les milices de Jwheily, sur l’aéroport international et la portion de l’axe entre Aziziya et Sawani. Le front du sud de Tripoli était constamment menacé par ces attaques perturbant en particulier la continuité du flux logistique de l’ANL et nécessitant de couvrir constamment au sud et à l’ouest l’effort principal.
Les dernières informations font état d’une véritable effervescence au sud de Gharyan et de demandes pressantes de renforts exprimées par les milices.
Cela vient au moment où les offensives tentées par le GNA sur Tarhouna et, à un degré moindre, sur Bani Walid, se sont traduites par de véritables désastres. Les pertes en hommes et matériels sont particulièrement lourdes et les milices se sont repliées en ordre dispersé bien au-delà de Qarabolli. Le GNA confronté à une cuisante défaite, annonçait un « retard » du « processus de libération de Tarhouna » en raison de « ses considérations humanitaires » et de « son souci de préservation des vies humaines ».
La nuit a encore été fatale pour au moins trois drones turcs dont deux abattus en région de Bani Walid et un au sud de Gharyan. Un quatrième pourrait également avoir été détruit au sud de Tripoli.
De lourdes frappes d’artillerie de l’ANL ont encore secoué, pratiquement toute la nuit, les quartiers d’Hadhaba et Abou Slim, au sud de la capitale.

Le piège de Yarmouk
Les milices et mercenaires GNA entrés en masse dans la souricière de Yarmouk ont été piégés. Le sol est jonché de cadavres. De nombreux Syriens sont faits prisonniers.
Le GNA a d’ailleurs reconnu  la perte de 54 combattants libyens au camp Yarmouk.
Les Syriens ne sont pas comptabilisés. Bilan à majorer de 20 à 30 morts. Les cadres de terrain turcs déployés au sud de Tripoli pour leur part à leurs supérieurs qu’ils ont été piégés et réclamé en urgence un changement tactique.
C’est le scénario d’al-Assabah qui se répète. Et comme à Assabah, les frappes aériennes sont effectuées par des groupes de 4 chasseurs bombardiers dont la silhouette semble très précisément celle de SU 24 Fencer. Ce scénario rappelle beaucoup celui mis en œuvre en Syrie.

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