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Le taux chômage risque de dépasser les 20% et la croissance en chute libre selon Ezzeddine Saïdane

Ezzeddine Saïdane, expert en économie.

Les prévisions de croissance pour la Tunisie, établies par les institutions internationales, ne présagent rien de bon pour l’économie tunisienne, lourdement impactée par la crise sanitaire. Si l’État arrive, plus ou moins, à gérer la conjoncture actuelle, il faudra, un jour ou l’autre penser à l’après-coronavirus (SARS-CoV-2 ou COVID-19). On attend, à titre d’exemple, les chiffres sur la croissance économique et le chômage pour le premier trimestre de 2020. Chose qui devrait être faite d’ici le 22 mai 2020 selon l’INS (Institut National des Statistiques).
En fait, c’est surtout le deuxième trimestre de l’année qui s’annonce très difficile pour la Tunisie, et c’est ce qu’a indiqué l’expert en économie Ezzeddine Saïdane qui, dans une déclaration accordée à Réalités Online, a été interpellé sur plusieurs points (plan de sauvetage, avenir des entreprises, chômage, etc.).

« Il aurait mieux fallu mettre du liquidité à la disposition des entreprises »
L’économiste considère, tout d’abord, que l’enveloppe annoncée par le gouvernement – 6 milliards de dinars – sera insuffisante pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire. « Il faudra beaucoup plus. Nous risquons, en effet, d’observer une baisse de la croissance économique de l’ordre de 10 points. La question qu’il faut aussi se poser : cette crise va-t-elle causer la disparition des entreprises et des emplois ? « , a-t-il déclaré.
Si la Tunisie perdait des entreprises et des emplois, poursuit-il, la relance économique risque d’être très difficile. Le taux de chômage, à cet effet, risque de dépasser les 20% de la population active. Le second trimestre de 2020, comme souligné plus haut, s’annonce encore plus difficile. Ezzeddine Saïdane souligne, en effet, que certaines entreprises ont déjà fermé leurs portes. « Elles [les entreprises] se sont retrouvées, subitement, sans chiffre d’affaires et confrontées à des charges. Il aurait mieux fallu mettre assez de liquidité pour les aider depuis mars et avril 2020, ce qui n’a pas été fait », a-t-il fait savoir.

« Les entreprises réellement en difficulté ont été abandonnées »
L’économiste, d’un autre côté, a rappelé certaines des mesures annoncées par les pouvoirs publics, à l’instar de la baisse du taux directeur de la BCT (Banque Centrale de Tunisie) dont l’effet ne sera observé qu’à partir de mai 2020, le report des échéances d’impôts et le report des cotisations sociales pour le second trimestre.
« Il a, aussi, été décidé de reporter les échéances de crédits des entreprises classées entre 0 et 1. Ce sont des entreprises qui sont pourtant en bonne situation financière et elles n’ont pas besoin de cet appui. Or, rien n’est prévu pour les entreprises classées entre 2 et 3. C’est comme si on les avait abandonnées », a déploré l’expert en économie.

Les emprunt en devises : un danger
L’autre problématique qui a été soulevée avec Ezzeddine Saïdane porte sur les ressources nécessaires qui devraient permettre de financer le plan de sauvetage. Pour l’économiste, il aurait fallu mettre de côté l’orthodoxie financière et accepter que l’État emprunte directement auprès de la BCT, même si cela se traduit par la hausse de l’inflation et de l’endettement. « Il faut savoir qu’on a une économie à sauver », a-t-il expliqué.
Concernant les emprunts en devises sollicitées auprès des banques de la place, Ezzeddine Saïdane considère qu’il s’agit d’une « solution dangereuse ». « Il faut éviter cela. Ces montants seront remboursés en devises, d’autant plus qu’ils proviennent des dépôts des non-résidents », a-t-il précisé.
Enfin, l’expert économique a aussi rappelé que l’État, par la voix du ministre des Finances, a presque fait un aveu de cessassions de paiement. Le ministre avait, en effet, déclaré que l’État ne sera pas capable d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses créanciers en 2020 et en 2021. Pour Ezzeddine Saïdane, cela risque de porter atteinte à la crédibilité de l’État. Il sera, en effet, difficile pour une entreprise de lui faire confiance pour des futurs projets d’infrastructures. « L’Etat aurait dû emprunter pour honorer ses engagements », a encore déclaré l’expert en économie.

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