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Fred Vargas avait prédit l’épidémie de Coronavirus il y a 14 ans

Fred Vargas (au centre)

«Évidemment, ça paraît rigolo, mais vous serez bien content quand je vous livrerai votre petite cape…» Cette réplique à un calembour de Laurent Baffie a été prononcée le 29 avril 2006 par l’écrivaine de polars Fred Vargas. Invitée par Thierry Ardisson dans Tout le monde en parle, elle prévoyait, telle une devineresse infaillible, les conséquences d’une épidémie mondiale et les mesures à prendre pour tenter d’endiguer la propagation du virus.
Ce jour-là, il y a quatorze ans déjà, devant un cénacle réunissant le journaliste Laurent Joffrin, les acteurs François Cluzet et Gérard Darmon, Fred Vargas prophétisait, sur un ton raisonnable mais avec une précision divinatoire saisissante, tout ce qui se passe dans le monde depuis deux gros mois maintenant, c’est-à-dire depuis le début du confinement planétaire.
Il faudra être autonome, ne pas se mettre dans les mains du gouvernement qui ne pourra pas alimenter les gens en quarantaine vu qu’il n’y aura pas de masques
Alors que l’on vit à l’époque la crise de la grippe A (H5N1), sans avoir l’air trop alarmiste, cette écrivaine de romans policiers (Les Jeux de l’Amour et de la Mort, Pars vite et reviens tard), mais également chercheuse au CNRS, égrena à peu près toutes les questions qui nous taraudent depuis des semaines: le manque de masque, l’aérosolisation du virus, la mise en quarantaine des sujets malades, les mesures de distanciation sociale, les précautions sanitaires… Prévoyant la future impuissance des États, de façon laconique, elle lâcha même à Thierry Ardisson cet édifiant augure: « Il faudra être autonome, ne pas se mettre dans les mains du gouvernement qui ne pourra pas alimenter les gens en quarantaine vu qu’il n’y aura pas de masques.»
Cette écrivaine spécialiste de l’histoire de la peste, qui avec talent instille parfois dans ses romans des meurtres biologiques, n’hésitera pas à donner une solution quasi imparable pour lutter contre la propagation d’un virus : une cape salvatrice qui protège entièrement des postillons.
Face à Thierry Ardisson, elle décrit sans prétention, presque gênée, son bouclier bactériologique: « Vous allez vous foutre de ma gueule. Ce manteau sera fait en matière plastique et transparente pour ne pas qu’on me déshumanise comme les corbeaux de la peste.» Les corbeaux de la peste étaient ces médecins, portant de grands manteaux noirs et des masques d’oiseaux, qui examinaient et triaient les malades au Moyen-Âge. Ce costume a inspiré une romancière qui a, visiblement, bien étudié son sujet.

(Le Figaro)

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