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Energies renouvelables : Quand on marche sur la tête…

A quel jeu se livre le ministre de l’Energie et des mines, Mongi Marzouk? On distrait le badaud avec les pitreries de Seïfeddine Makhlouf et les dérives de Fathi Layouni ou encore avec une affaire de harcèlement sordide pour faire passer des textes scélérats qui vont torpiller tous les efforts faits dans ce pays en matière de développement des énergies renouvelables.
Depuis la loi du 11 mai 2015, l’Etat tunisien s’est efforcé de mettre en place un cadre juridique pour la production d’électricité à partir des énergies renouvelables. Les atouts de la Tunisie en la matière sont de taille, que ce soit pour l’énergie éolienne ou solaire. Il aura fallu 5 longues années, dans ce pays qui avance à pas de limace, pour qu’enfin un décret soit publié par la présidence du gouvernement autorisant les entreprises privées à produire de l’électricité à partir des énergies renouvelables, à la vendre aux gros consommateurs, et à la transférer sur le réseau de la STEG.
La joie, après la parution de ce texte important, devait être de courte durée puisqu’un arrêté signé par le ministre Mongi Marzouk en date du 15 mai 2020 allait torpiller tout espoir de voir la Tunisie aborder la transformation énergétique nécessaire. En effet, le prix du transport sur le réseau de la STEG du Kwa produit par l’énergie renouvelable a été fixé par le ministre à 76 millimes.
Un tel prix est injustifiable quel que soit le critère retenu: ni le coût du transport, ni le service rendu par la STEG, ni aucune logique économique ne peuvent expliquer un prix aussi prohibitif qui, à l’évidence, cherche à rendre la production privée d’électricité une illusion optique ou un simple slogan destiné à enjoliver notre image à l’international.
Le ministre Marzouk ne se contente pas de nous pondre un arrêté scandaleux et dangereux, il n’en rate pas une pour le défendre corps et âme sur Facebook. Il est dommage qu’il utilise dans son plaidoyer pour un tarif aussi excessif des données totalement obsolètes qui datent de 2013 et 2015; en outre, s’appuyer, comme il le fait, sur l’exemple allemand est parfaitement ridicule compte tenu des spécificités de chaque pays: la variabilité de l’ensoleillement en Allemagne est significativement plus importante, le mix énergétique et le système réseau entre les deux pays sont fortement différents…Ce qui est plus grave et tout simplement inacceptable, c’est que le ministre joue à fond la carte du populisme bon marché pour faire passer la pilule: dans un statut FB, il clame, la main sur le cœur, qu’il est «pour l’énergie renouvelable mais contre le fait que  les pauvres, les citoyens, subventionnent les riches, les grandes entreprises».  On ne savait pas qu’on avait nommé un Robin des bois au ministère de l’Energie et des mines, le fier défenseur des démunis contre les méchants capitalistes.
Franchement, qu’un ministre de la République ait recours sur les réseaux sociaux à des procédés de petite démagogie fait de le peine et ne laisse présager rien de bon pour l’avenir du pays.  On peut s’interroger sur l’intérêt d’accoler  fièrement au nom  du ministère de l’Energie celui de « la transition énergétique » si dans le même temps, on  tue dans l’œuf toute possibilité de développement du secteur de la production des énergies renouvelables. En fixant un tarif de transport aberrant et sans aucun  lien avec la réalité économique, le ministre de la «transition énergétique» a annulé, de fait, toutes les chances de voir la Tunisie passer à l’énergie verte pour rester dépendante des énergies fossiles et des lobbys qui s’activent sur le marché de l’énergie.
Certains ne veulent pas des énergies renouvelables: on les connaît et il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qui est à la manœuvre pour laisser notre pays à la traîne dans un domaine aussi vital que l’énergie.  S’il ne veut pas être suspect de servir leur cause, Monsieur Mongi Marzouk a tout intérêt à revoir sa copie et à accoucher d’un texte qui tienne compte des enjeux énergétiques futurs et à renoncer aux sornettes démagogiques qui ne trompent personne.  

Par Samir Ben Makhlouf

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