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En pleine crise pétrolière, le fonds souverain saoudien flambe à tout va

Le prince Mohammed Ben Salmane, également appelé MBS, qui préside aux destinées du royaume saoudien.

Avec 295 milliards d’euros d’actifs, le Public Investment Fund (PIF) saoudien arrive dixième au classement des fonds souverains les plus importants.
Depuis l’arrivée au pouvoir du prince Mohamed Ben Salmane, il ambitionne de devenir le premier, visant 1.826 milliards d’euros d’actifs à l’horizon 2030. Le coronavirus et la chute du cours des hydrocarbures ne l’ont pas freiné, bien au contraire.
«Personne n’a envie de gâcher une crise… Nous cherchons clairement des opportunités», a lâché son gouverneur Yasser Al-Roumayyan, lors d’une conférence virtuelle en avril devant près de 2.000 personnes. L’homme préside aussi Saudi Aramco, la compagnie nationale d’hydrocarbures.
«Alors que la pandémie de coronavirus provoque un carnage économique à travers le monde entier, le PIF est passé à la vitesse supérieure pour devenir l’outil d’investissement souverain le plus ouvertement actif, recherchant sans vergogne de bonnes affaires au milieu de la panique», analyse le Financial Times.
Trois jours après la conférence, le fonds a racheté 5,7% du géant américain de l’événementiel Live Nation, pour environ 500 millions de dollars [456 millions d’euros].
Quelques semaine plus tôt, le PIF acquérait 7,3% de Carnival, la compagnie de croisières dont certains bateaux sont devenus des clusters flottants du coronavirus.

*Le PIF a-t-il du nez?
Dans les deux cas, le fonds a voulu tirer profit de la baisse de leurs cours de bourse consécutive à la pandémie. Depuis janvier, le PIF a investi dans une vingtaine de grandes entreprises –au moins un demi-milliard de dollars à chaque fois– parmi lesquelles BP, Shell, Total, Marriott, Boeing, Citigroup, Disney et Facebook. Le fonds mène aussi un consortium qui veut s’offrir Newcastle United pour 345 millions d’euros.
«Identifier les opportunités d’investissement dans des entreprises solides aux perspectives crédibles et à long terme qui, selon nous, deviendront des leaders du secteur lorsque l’activité économique mondiale commencera à approcher les niveaux pré-pandémie», telle est l’ambition affichée par le PIF.
Cette stratégie est-elle soutenable? L’effondrement du prix des hydrocarbures pèse lourdement sur le budget saoudien. «Il y a un décalage entre la situation budgétaire intérieure désastreuse et les investissements extérieurs continus du fonds. Et cela complique la reprise économique en raison de sources de financement limitées», constate John Sfakianakis, expert du Golfe à l’université de Cambridge.
Selon certains, le fonds souverain serait devenu un «État dans l’État» servant uniquement les intérêts du prince Mohammed Ben Salmane. Son pari est en tout cas risqué et seul l’avenir permettra de déterminer si ce coup de poker était gagnant ou désastreux.

(Slate)

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