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Criblé de dette, Hertz se déclare en faillite

Criblée de dette, la deuxième compagnie de location de voitures américaine Hertz s’est mise vendredi 22 mai sous la protection de la loi sur les faillites. Endettée à hauteur de 19 milliards de dollars, l’entreprise, qui détient 700 000 véhicules et 12 000 agences franchisées dans le monde, avait manqué une échéance de 400 millions de dollars, fin avril, sur le financement de sa flotte, et n’a pas trouvé d’accord avec ses créanciers vendredi.
La société, dont le siège social est en Floride et qui détient aussi les marques Dollar et Thrifty, a pris de plein fouet la fermeture des aéroports. Ceux-ci représentent, selon le Financial Times, les deux tiers du chiffre d’affaires des firmes de location aux Etats-Unis et en Europe.
Mais Hertz était déjà particulièrement mal en point avant la crise du Covid-19. Pionnier de la location de voitures, il avait été fondé à Chicago, en 1918, par un ancien vendeur de Ford, Walter Jacobs, qui acheta une dizaine de Ford T noires pour les louer. L’entreprise fut revendue à John Hertz, propriétaire d’une compagnie de taxis de la ville de l’Illinois, qui ouvrit sa première agence à l’aéroport de Chicago en 1932. Elle est passée sous la bannière de Ford en 1987 et, surtout, fit l’objet d’un rachat par endettement, en 2005, pour 5,6 milliards de dollars. Le principe de ces montages consiste à pomper tout le cash-flow de la société pour rembourser la dette des acquéreurs. Elle ne s’en est jamais remise, d’autant que son endettement a été aggravé par le rachat, en 2012, de Dollar-Thrifty pour 2,3 milliards de dollars, un prix jugé excessif. Ajoutons des erreurs, selon le New York Times, comme l’achat de véhicules compacts, qui ne correspondent plus au goût des consommateurs.

*Cinq patrons en dix ans
Introduite en Bourse en 2006, la compagnie fut progressivement rachetée par le financier milliardaire Carl Icahn à partir de 2014, qui a fini par détenir 39 % du capital et dispose de trois représentants au conseil de surveillance. Concurrencée par Avis, Enterprise, mais aussi Uber et Lyft, l’entreprise accusait des pertes depuis quatre ans et a usé cinq patrons en dix ans. Sa dernière patronne exécutive, Kathryn Marinello, qui avait commencé à redresser Hertz, a été remplacée lundi par son vice-président, Paul Stone.
Si une restructuration s’est révélée impossible, c’est que l’immense majorité de sa dette est constituée d’obligations, à hauteur de 14,4 milliards, ayant servi à acheter par l’intermédiaire de filiales financières les véhicules de location. Les obligations ont été achetées par des fonds de pension ou d’investissement, ce qui a multiplié le nombre d’interlocuteurs et rendu tout accord de restructuration quasi impossible. Comme l’explique le Wall Street Journal, les détenteurs de ces obligations ont désormais un délai de soixante jours avant de pouvoir saisir les véhicules qui ont été donnés en garantie de celles-ci.

(Le Monde)

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