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Trois policiers armés font irruption dans une église parisienne pour demander l’arrêt d’une messe

Comme beaucoup de ses confrères en France, l’abbé Philippe de Maistre, curé de la paroisse Saint-André-de-l’Europe, à Paris (VIIIe), diffuse sur les réseaux sociaux la messe dominicale qu’il célèbre avec quelques concélébrants, confiné dans son église, pour ses paroissiens privés de messes publiques depuis le début du confinement. Mais dimanche dernier, 19 avril, alors en pleine célébration, le curé a vu avec surprise des policiers faire irruption dans son église… pour lui sommer d’arrêter la messe.
«Nous étions sept personnes : moi-même, un servant, un chantre, un organiste, et trois paroissiens pour donner la réplique et faire les lectures. Au milieu de la messe, trois policiers armés ont pénétré dans l’église, raconte le père Philippe de Maistre, encore choqué. Or, l’autorité de police dans une église, c’est le curé ! À part les pompiers, la police ne peut entrer, tant qu’elle n’est pas appelée par le curé.»
Le curé a également alerté l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, qui a fermement dénoncé l’incident ce mercredi sur Radio Notre-Dame : «Les policiers sont entrés en arme dans l’église, or il y a interdiction formelle aux policiers d’entrer en arme dans une église. Il n’y avait pas de terroristes ! Il faut garder la tête froide et arrêter ce cirque. Sinon, on va prendre la parole et (…) aboyer très fort!».
Depuis mi- mars, toutes les messes ont été suspendues en raison de l’épidémie de Covid-19. Obligée de faire face à cette situation particulière, l’Eglise s’organise pour permettre aux fidèles de vivre leur foi, notamment grâce au numérique.
En effet, depuis les lois de laïcité de 1905 et de 1907, qui garantissent la liberté de culte, l’affectataire d’un lieu de culte bénéficie de pouvoirs souvent très larges. Ainsi, le prêtre est le seul en charge de la police intérieure de son église, aussi longtemps qu’il s’agit de préserver l’exercice du culte.
La police ne peut donc intervenir dans un sanctuaire qu’à la demande expresse du curé, à une exception près : si l’ordre public est menacé ; ce peut être un grave problème de sécurité, de tranquillité ou de salubrité, comme précisé dans un arrêt du Conseil d’État daté de 1993. La jurisprudence précise encore que les policiers doivent permettre aux personnes intéressées d’évacuer librement l’édifice, avant de faire usage de la force.
Une messe confinée, avec moins de dix personnes, constitue-t-elle un «trouble à l’ordre public» ?
Difficile à défendre…
*Un voisin aurait alerté la police
Que s’est-il passé à l’église Saint-André-de-l’Europe ? «J’ai fait le choix de continuer la messe, mais la police nous ordonnait d’arrêter. La chef des policiers a exigé qu’ils ‘verbalisent le monsieur’ – moi – et a laissé ses deux adjoints procéder. Mon servant d’autel, lui-même policier, a pu descendre pour dialoguer avec eux. Mais ils sont repartis au bout de vingt minutes après avoir exigé que les trois paroissiens sortent.»
L’abbé de Maistre, finalement, ne sera pas verbalisé. En revanche, scandalisé de cet incident en pleine célébration, il a joint la mairie du 8e, qui «a réagi très promptement» en s’entretenant avec le commissariat du 8e arrondissement, selon le père Philippe de Maistre. S’en est suivi un échange cordial entre le curé et le commissaire : «Je lui ai rappelé que les policiers n’avaient pas à interrompre une célébration et qu’ils devaient rester à l’extérieur s’ils entendaient verbaliser».
Selon le curé de Saint-André-de-l’Europe, l’incident a pu être provoqué par un voisin qui aurait alerté la police après avoir entendu l’orgue. «J’ai trouvé sur ma boite vocale un message d’une personne qui criait : ‘messe clandestine à Saint-André !’», confie l’abbé. «Cette idée que des gens font de la délation pour dénoncer des prétendues messes clandestines… Précisément, on avait fermé les portes de l’église pour dissuader les paroissiens de venir et respecter le confinement. Or, cela se retourne contre nous, car les gens ont le sentiment qu’on fait quelque chose de caché !», déplore encore l’homme d’Église.
«On profite de cette crise pour remettre en question la liberté de culte», s’inquiète encore l’abbé.
(Le Figaro)
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