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Libye : guerre ouverte entre milices du même camp

Des affrontements ont éclaté entre les milices appartenant au camp de Sarraj.
C’est ainsi que des milices de Jwheily affrontent  celles de Zouara à Ajmail alors qu’un conflit a éclaté entre les milices  de Tripoli et celles de Misrata.
C’était là les faits marquants de la nuit de lundi à mardi et annoncent des luttes intestines au sein du GNA dans la capitale et sur le front ouest.
A Tripoli, c’est l’arrestation par Radaa, sur ordre de Bashaaga, de deux commandants de la BRT, présenté comme étant un choix Misrati a alimenté le conflit entre les milices en présence ce qui selon certaines sources fragilise leur position. La rivalité entre les milices de Tripoli et de Misrata s’est traduite par le retrait des combattants de la BRT du front sud de Tripoli.
A l’ouest, les milices de Zouara ont subi les attaques frontales de celles de Jwheily. Ce pilier de la défense du GNA joue un jeu trouble qui cantonne son action à l’ouest (les Misrati n’ont aucune confiance en lui et lui opposent des accusations de détournements de fonds) où il n’a pas intérêt à voir ses activités de trafic mises en concurrence par le retour des familles mafieuses de Sabrata, Sorman et les milices extrémistes de Zaouia et Zouara. Les ambitions turques déçues par l’échec de son offensive sur Watiya semblent vouloir se passer de son appui. Jwheily joue donc  sa survie en tentant de se refaire une place au soleil du côté de Zaouia.

Sur le terrain
Le front sud-Est a Misrata a vu l’acheminement de nouveaux renforts. Une importante colonne de véhicules de l’ANL a atteint les positions d’Abou Ghrayn en renforcement du dispositif existant. Les frappes aériennes ont repris et se sont concentrées sur les positions des éléments ennemies d’Abou Ghrayn mais aussi vers le pont de Saddadah et les abords Est de Tawarga.
Le front de Tripoli reste le plus actif. En dehors des escarmouches d’Abou Slim et du projet Hadhaba, où les lignes de contact ne semblent pas avoir bougé, ce sont les quartiers d’Aïn Zara et de Salaheddin qui, dans le prolongement des opérations destructrices de la journée, ont connu le plus d’activité. Les pertes du GNA y sont très importantes et l’ANL est à présent en mesure de progresser vers l’Est et menacer Tajourah qui n’est plus qu’à environ 6 km de ses tirs. Toute la nuit du lundi, les frappes d’artillerie de l’ANL ont visé plusieurs quartiers de la capitale et ont assommé les milices qui ont vu certains de leurs états majors, casernements et dépôts de munitions détruits. La région de Sawani et le projet bananier ont été très sévèrement touchés. On notera qu’au cœur de la nuit, un nouveau drone turc a été abattu par l’ALN, cette fois au dessus de Khallet al Forjan. Ce serait le 3e en moins de 6 heures, le 8e en 48h.
Sur le front Ouest, des frappes aériennes ont stoppé une colonne qui tentait de se diriger vers Watiya par le sud. L’ANL semble avoir valorisé son dispositif conquis lundi à 35 km au nord de la position et pourrait assez rapidement en faire une base de départ pour la reconquête de la frange côtière.

Pression turque sur le GNA
Le GNA, pour sa part, avait tenté, sous pression turque, de reprendre l’initiative. La tentative a fait long feu et l’initiative est clairement revenue du côté de l’ANL. Moins spectaculaire qu’une percée par Abou Slim, l’offensive d’Aïn Zara pourrait, si elle se poursuivait, s’avérer déterminante car elle pourrait conduire à l’ouverture d’un axe sud-Est de Tripoli pouvant rapidement menacer Radaa sur Mitiga. Certains analystes pro GNA annoncent même que le peu d’enthousiasme de Radaa à se porter au sud de la capitale traduit un double jeu et laisserait augurer de son prochain ralliement à l’ANL, au travers des canaux madkhali toujours redoutés et honnis par la forte mouvance « frériste » du GNA.
La possibilité d’une contre-offensive de l’ANL sur la côte ouest reste toutefois envisageable.

Un apport limité
Marwan Al-Dargash, analyste politique de Misrata, a admis que l’implication aérienne de la capacité drone turque durant les quatre derniers mois n’avait pas eu l’impact espéré sur le terrain. L’analyste note que les « forces de Haftar » sont toujours présentes à Ain Zara et Salahedin et continuent d’occuper » notamment l’aéroport de Tripoli, toute la région de Qasr Bin Ghashir, et la presque totalité du grand sud tripolitain.
Dans une intervention télévisée donnée à la chaîne « Al-Tanasheh », Al-Dargash a décrit ces zones sous contrôle de Haftar comme autant de poignards prêts à  s’enfoncer dans le cœur de la capitale. Chacun constitue une menace toujours plus mortelle au fur et à mesure des jours qui passent.
Dargash loue l’initiative de l’attaque de ces derniers jours vers Tarhuna, mais se dit surpris que celle-ci ait cessé et craint que les miliciens ne puissent tenir leurs positions, ou pire, qu’ils soient contraints de reculer vers leurs bases de départ.
Il estime, par ailleurs, que l’ANL constitue toujours une menace majeure pour les villes côtières incluses entre Sabratah et Zouara. Selon lui, des renforts militaires de l’ANL affluent. Dargash va jusqu’à rejeter les rumeurs relatives à la présence de dirigeants importants ou de conseillers étrangers sur la base aérienne de Watiya. Il juge celles-ci contre productives car elles ne font que détourner et éloigner la réflexion tactique. De fait, selon lui, la prise de Zaouia par Haftar paraît, aujourd’hui, plus probable que celle de Watiya par le GNA.
Dargash conclut cette évaluation en qualifiant la situation de critique et que les forces du GNA restent extrêmement vulnérables car elles n’agissent véritablement qu’en réaction et sont incapables de produire un concept d’opération cohérent tourné vers l’offensive

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