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Les avatars de la «souveraineté nationale » aux temps du Coronavirus !

Calamiteux aura été le «débat» sur la «souveraineté nationale» en ce temps de désarroi : la preuve, le pays est retombé au stade «anal» (selon l’expression freudienne) de la régression morale, au point qu’on peut se demander si nous ne sommes pas revenus aujourd’hui aux temps de la décadence totale quand l’enfer de la guerre était présenté comme un paradis et que les mensonges des inquisiteurs religieux passaient pour des vérités révélées !
On vient de découvrir une race de têtes «bienpensantes» qui ont un système «global» d’interprétation du monde et qui sont persuadées de détenir les clés de la marche de l’histoire.
Elles ne cessent d’en appeler à un «soulèvement de la conscience patriotique». Certains sont fascinés par des spiritualités diffuses qui ramènent l’homme à un «élément d’un grand tout « et «une espèce parmi d’autres», en rupture avec l’idée d’une dignité première de l’être humain comme être d’interrogation et de liberté, doté de raison, élément central de notre héritage universel. Ceux qui ont ouvert la boîte de Pandore et se sont exprimés avec force en appelant à un protectionnisme éhonté au nom de la « souveraineté nationale» pour lutter contre la pandémie du coronavirus ne savent pas qu’en ouvrant trop vite cette dangereuse boite, il arrive qu’elle nous explose à la figure. Pourtant, il n’y a pas de meilleure métaphore du monde d’aujourd’hui que d’imaginer que nous sommes tous embarqués sur un même bateau. Cette pandémie a provoqué une nouvelle redistribution des cartes géopolitiques, stratégiques, économiques, sociales et culturelles. Notre pays, comme tous les pays du monde, est aujourd’hui dans la tourmente. L’anarchie menace. Les opinions, les analyses et les approches les plus diverses s’entremêlent et s’entrechoquent sur ce sujet complexe, épineux et grave, mais n’abordent jamais l’essentiel. Au lieu de se pencher sur le danger qui nous menace, on se livre à des pratiques de politique politicienne. On fait même de la surenchère et de mauvais calculs.
Le concept de «souveraineté nationale» a connu des évolutions progressives par étapes successives, subissant ainsi les effets du temps qui passe, qui use, qui altère et qui détériore à telle enseigne que la signification du concept a connu des inflexions notables. Cette «souveraineté », chère aux populistes, n’est plus la célèbre notion définie dans le traité de Westphalie en 1649 après la guerre de Trente ans qui a divisé l’Europe. Ce traité a consacré la notion de «souveraineté» des Etats, notion qui n’est plus celle définie par le théoricien politique français Jean Baudin ( 1530 – 1596) au terme de la guerre civile en France vers la fin du seizième siècle, ni non plus celle définie par Jean Jacques Rousseau dans son livre «Le contrat social». Puis encore, que reste-t-il des principes institués dans la Charte de l’ONU au sujet du droit de chaque Etat à la protection de sa «souveraineté nationale inaliénable» ? La planète Terre est devenue un «petit village», comme l’avait prédit Kheireddine Pacha ( 1822 – 1890) dans son célèbre livre « Aqwam al- masalik fi marifat ahwal al- mamalek « ( Les voies les plus justes pour réaliser les meilleures réformes ), un siècle et demi avant l’avènement de la mondialisation.
Tout cela nous conduit à placer une question aussi grave à l’écart des surenchères politiques et idéologiques. Nous sommes devant un immense défi que chaque nation doit relever en y apportant son génie propre pour lutter contre cette pandémie et pour bâtir ensemble un monde plus juste et plus solidaire, même si un même niveau de vie pour tous reste une utopie.

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