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Dr. Ilham Boutiba et son équipe rendent un hommage poignant au Dr. Charles Nicolle

Moncef Kammoun

Le laboratoire de l’hôpital Charles Nicole a annoncé jeudi la découverte de l’ARN du Coronavirus. Cette découverte est un grand honneur pour la Tunisie, pour cet hôpital, pour ce laboratoire et pour toute son équipe dirigée par Docteur Ilhem Boutiba ainsi que toute la famille des chercheurs scientifiques en Tunisie surtout qu’aujourd’hui personne ne peut ignorer les conditions matérielles de nos équipements sanitaires.
Cette découverte est le meilleur hommage au Maître Charles Nicolle qui a découvert, au début du 20e siècle, le remède contre une autre épidémie mondiale le typhus et cela a valu à notre petit pays le premier prix Nobel de physiologie ou médecine en 1928 pour ses travaux sur le typhus1.
Aujourd’hui cette équipe de l’hôpital qui porte son nom continue sur la même voie que le maître comme pour lui rendre hommage après tant d’années d’oubli.
Merci docteur, imaginez une seconde si Dr. Charles Nicolle était encore parmi nous.
Pour nous citoyens de Tunisie, on ignore complètement tout de ce médecin et de ces découvertes, le nom Charles Nicolle ne rappelle que cet hôpital du coté de Bab Saadoun ou cette avenue qui relie le stade olympique d’El Menzah au bar Le Shilling.

Qui est ce Maître-médecin-chercheur?
Charles Nicolle est un médecin français né à Rouen en 1832. Il s’engage dans la voie médicale et devient interne dès 1888. Il s’est formé par la suite à la faculté de médecine puis à l’Institut Pasteur à Paris. Il obtient le titre de docteur en médecine en juillet 1893, il travaille à l’hôpital et à l’école de médecine et se consacre principalement à la dermatologie et devient chef du laboratoire de bactériologie et de sérothérapie à la faculté de médecine en 1896.
En 1898 il fonda un hôpital à Oissel et sa spécialité essentielle était la lutte contre les maladies vénériennes, en 1903 il arrive en Tunisie et prend la direction de l’Institut Pasteur de Tunis qu’il dirigea jusqu’à sa mort. Depuis son arrivée, Dr Charles Nicolle s’était trouvé confronté à de nombreuses maladies africaines peu connues en Europe, et décrivit alors le rôle vecteur des animaux dans leur mode de propagation, et insista sur l’existence d’«infection inapparente».
Charles Nicolle travaille avec Ernest Conseil sur l’épidémie de typhus exanthématique qui sévit en Tunisie. L’équipe démontre en 1909 que l’agent vecteur de la maladie est le pou.
Les médecins notent qu’à l’hôpital Sadiki, le personnel ne contractait jamais le typhus, contrairement aux agents de l’hôpital qui reçoivent les patients et changent leurs vêtements, (le règlement de cette institution imposait alors aux malades de ne porter que les vêtements de l’hôpital). L’hôpital Sadiki, ancienne caserne, avait un bain maure. Le malade y était rasé et débarrassé de ses poux et il n’était plus contagieux, et c’est à partir de cette constatation,  que l’équipe conclut que des actes simples d’hygiène et la suppression du parasite suffisaient à assurer l’arrêt du fléau et à sauver des vies. Charles Nicolle est élu membre de l’Académie des sciences en 1929.
Dans son ouvrage « Destin des maladies infectieuses » publié en 1933, il écrivait:« Il y aura donc des maladies nouvelles, c’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant toute armée du cerveau de Zeus. Comment les reconnaîtrons-nous, ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence avant qu’elles n’aient revêtu leurs costumes de symptômes ? Il faut bien se résigner à l’ignorance des premiers cas évidents. Ils seront méconnus, confondus avec des maladies déjà existantes et ce n’est qu’après une longue période de tâtonnements que l’on dégagera le nouveau type pathologique du tableau des affections déjà classées. »

Charles Nicolle est encore en Tunisie
Charles Nicolle est resté très attaché à la Normandie de son enfance mais il a aussi beaucoup aimé la Tunisie qui l’a adopté. Il est enterré à l’Institut Pasteur et sur sa tombe, on peut voir deux branches, un pommier et un olivier, symboles de la Normandie et de la Tunisie.
Depuis 1946, l’hôpital civil Français de Tunis porte son nom et depuis 1953 l’Hôpital Général de Rouen décida également, en reconnaissance de ses travaux, de prendre son nom.
Charles Nicolle s’est éteint le 28 février 1936 à l’âge de soixante-dix ans et laissa derrière lui une œuvre imposante rédigée dans un style de la plus grande clarté.

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