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Disparition du gardien de légende, Moncef Tabka

Tabka recevant la coupe de Tunisie 1975 des mains du président Bourguiba
Il appartient à une tout autre génération. A un football d’un autre âge où les codes sont diamétralement opposés à ceux actuellement en vigueur.
L’ancien portier de l’équipe nationale Moncef Tabka nous a quittés sur la pointe des pieds, jeudi 23 avril à l’âge de 76 ans.
Sa première licence, il la signe en 1961 pour le club de sa ville natale, l’Union Sportive Monastirienne (2e année cadet). Et c’est face à l’Avenir Musulman (l’actuel Avenir Sportif de la Marsa) qu’il est aligné deux ans plus tard pour la première fois avec les seniors.
Après avoir assuré en 1965 l’accession du club usémiste en Division nationale, il reçoit l’année suivante l’Etoile d’Or qui récompensait alors le meilleur joueur tunisien.
Cela lui vaut d’être convoqué en sélection nationale pour laquelle il dispute son premier match le 15 septembre 1968 contre l’Olympique de Marseille (victoire 1-0). Il fera partie des cadres de l’équipe nationale jusqu’aux Jeux méditerranéens d’Alger quand il livre son dernier match international le 7 septembre 1975 devant le Maroc (1-1, 4 tab 3). Son palmarès en sélection comporte une médaille d’argent aux Jeux méditerranéens 1971 à Izmir, et une médaille de bronze aux JM 1975 à Alger.
 En plus d’une médaille d’or aux Jeux universitaires maghrébins d’Alger en 1966.
Tabka avec l’Union Sportive Monastirienne, le club de ses premières amours (debout, 4e à partir de la gauche)

 

*L’ESS pour étoffer le palmarès
Après l’USM, le club de ses premières amours, Tabka termine sa carrière à l’Etoile Sportive du Sahel (1974-1977), ce qui va lui permettre d’étoffer son palmarès: coupe de Tunisie 1975 (devant El Makarem de Mahdia en finale 1-1, puis 3-0), et la coupe maghrébine des clubs vainqueurs de coupe 1975 disputée à Casa (0-0, 4 tirs au but 3 face au club marocain Chabab Mohammedia en finale).
Son dernier match, il le joue à Hammam-Lif où l’ESS s’impose (2-1).
De ce passage au voisin étoilé, Tabka dira à « La Presse Magazine » n°1425 en date du dimanche 15 février 2015: « On ne peut pas vraiment aimer la manière dont j’ai quitté mon premier club. Dix ans durant, entre 1963 et 1973, je me suis dépensé sans compter, endossant le plus souvent le poids des rencontres. Nous faisions en effet figure de petit poucet dont l’objectif consiste à assurer le maintien. Les journaux de l’époque écrivaient régulièrement: «Tabka sauve l’USM», «Les Usémistes peuvent remercier leur portier»…
*Contre la Juve, son club du coeur
Tabka considère avoir disputé son meilleur match contre le club du coeur, la Juventus (en plus du Real qui était son autre club favori, en Europe).
« En 1969, à l’occasion du cinquantenaire de l’Espérance Sportive de Tunis, j’ai fait mon entrée à la mi-temps. Aligné au départ, Attouga a dit qu’il était malade. C’est ainsi que j’ai été obligé de le remplacer dans un contexte très compliqué face à des stars comme Helmut Haller, Pietro Anastasi… Rien que du poids lourd ! Ce fut d’ailleurs mon meilleur match en sélection. Par une sorte de sixième sens, Attouga savait cadenasser le jeu afin de neutraliser toute rivalité qui menacerait son statut de numéro un. De plus, il bénéficiait de solides protections, ce qui est logique puisqu’il vient d’un grand club, le CA. Pourtant, nous avions beaucoup de respect l’un pour l’autre. L’essentiel était l’intérêt du team national ».
Car il faut avouer que le foot d’aujourd’hui le dégoûte carrément.
«Les temps ont drôlement changé, constate-t-il dans l’entretien cité plus haut. Jadis, chaque club possédait sa propre «pépinière», et un style de jeu propre à lui. Malheureusement, l’argent a fini par avoir le dessus sur les valeurs sportives. Il a pollué les esprits et transformé les joueurs en vulgaires chasseurs de primes».
Marié depuis 1977 à une Prof de français, et père de trois enfants, Tabka a exercé comme cadre dans la société nationale de textiles SOGETEX où il prit sa retraite en 1995.
* »C’est l’impasse ! »
Après la retraite, il a ouvert une petite librairie où il passait de longues heures.
Abandonnant un instant ses gants de portier au réflexe étonnant pour s’exprimer en simple citoyen, Moncef Tabka ne semblait pas très optimiste pour l’avenir de la Tunisie dont il défendit longtemps les couleurs avec amour et dévouement.
« Il devient de plus en plus difficile de vivre dans un pays qui a perdu beaucoup de sa superbe et de son crédit dans le concert des nations. Jadis, les chefs d’Etat venaient consulter le leader Habib Bourguiba, et s’inspirer de ses positions avant-gardistes, de sa vision, de son réalisme, de sa sagesse et de son équilibre. Maintenant, on va dans d’autres pays presque en quêteur Notre diplomatie ne rayonne plus. On se chamaille à l’ARP. Bref, c’est l’impasse. Et c’est le pauvre citoyen qui trinque ! »
Las, Tabka abandonne le combat.
A son épouse Aïcha, à ses enfants Sinène, Wiem et Selim, nos plus sincères condoléances.
Paix à son âme !
H.A.
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