Quand on parle de retour aux rafles…

On prête au nouveau ministre de la Défense l’intention d’user d’une pratique honnie dans toute démocratie qui se respecte, à savoir les rafles policières pour mettre la main sur les jeunes échappant à leur devoir civique au service de la patrie.
Or, quand on parle de retour aux rafles, on ne fait qu’honorer une des plus scandaleuses pratiques de l’ancien régime, cette descente policière étant synonyme d’arrestations massives, de débordements inévitables, d’exactions et d’abus qui n’ont point de place dans un État de droit qui se respecte. Est-ce bien vraiment ce qu’on veut faire durer encore en Tunisie ?

Par Farhat Othman

Certes, on peut évoquer l’état actuel de délabrement de l’État, du dévergondage de l’autorité et de la multiplication des infractions les plus voyantes, manifestées notamment par le phénomène du braquage. À la vérité, il ne s’agit que de ce qui est apparent et qui est en parfaite conformité avec ce qui reste inapparent, sinon caché et occulté, à savoir la corruption qui gangrène tous les secteurs de l’État et contre laquelle le nouveau gouvernement, encore plus que le précédent, entend agir le plus fermement du monde.
Ce qui ne suppose pas ce genre d’actions qui ne sont que d’affichage, ne ciblant pas les vraies causes d’une délinquance qui est d’abord celle à laquelle on ne touche pas, étant en costume cravate, disposant pratiquement d’immunités et de privilèges dont est dépourvu le menu fretin de la délinquance à laquelle s’attaquent les rafles.
Qu’on soit bien d’accord, il ne s’agit pas de ne pas lutter contre la délinquance; mais l’analyse sociologique et l’observation scientifique de terrain le confirmant amplement : si les braquages et les différents autres types larcins se sont multipliés en Tunisie, c’est du fait de l’absence de législation juste, la nôtre n’étant que celle de la dictature toujours en vigueur, scélérate et injuste.
Car elle brime le pauvre et le commun des mortels, mais ne réprime nullement le nanti et le privilégié en une société encore plus inégalitaire qu’elle ne l’était. Aussi, le populo se sent-il encouragé, sinon poussé, à aligner son comportement sur celui de tels pans de la société, car ils donnent forcément l’exemple, directement ou indirectement.
Aussi, si l’on veut lutter efficacement contre la délinquance dans notre société, il ne sert à rien de singer ce que faisait la dictature en renouant avec les rafles. Ou alors faut-il oser les diriger vers les cercles de la société actuellement intouchables, le no man’s land juridique de la jet set et non les milieux populaires déjà brimés par leurs terribles conditions de vie en plus de l’environnement légal liberticide qui les opprime !
Arrêtons de n’agir qu’en conformité avec la mentalité de la dictature ! Osons innover, avoir la parole de vérité, en n’ayant à l’esprit que les droits et les libertés à respecter des citoyens, nous persuadant que c’est bien le Tunisien digne, donc en possession de tous ses droits, qui est le plus parfait citoyen, respectueux de son État. Faut-il que celui-ci soit véritablement de droit !

Lire aussi
commentaires
Loading...