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« L’Arbre ne doit pas cacher la forêt »

La pandémie du coronavirus, qui s’est répandue dans le monde comme une traînée de poudre, n’a pas épargné notre pays et ne manquera pas malheureusement, d’avoir des impacts négatifs et décisifs sur notre économie, à court et moyen termes. Cette pandémie est en train d’engendrer une crise économique mondiale, peut-être encore plus grave que la crise financière mondiale de 2008-2009, avec des retombées néfastes et profondes sur le tissu entrepreneurial de nos PME fragilisées par dix ans de révolution et sur le tissu familial précaire des classes sociales démunies de ressources financières.
Il y a un impact direct et immédiat sur le tourisme, le transport aérien et maritime, ainsi que sur le bon fonctionnement de plusieurs activités de service comme le commerce et l’administration du fait de l’absentéisme. Le tissu des 1200 agences de voyage risque de grandes difficultés, notamment à cause des annulations de réservations dans les hôtels mais aussi des pertes sèches avec la suppression de la Omra : 42 vols prévus avec Tunisair (28) et Nouvelair (14), supprimés.
Des acomptes versés aux hôtels vont être perdus, soit 20 millions de dinars. Les touristes chinois qui venaient passer des vacances en hiver à Tozeur et Djerba ne pourront pas se déplacer cette année : 2000 annulations du 1er janvier au 20 février 2020 sur les 4600 de 2018. Les réservations des touristes européens dans les hôtels tunisiens pour le mois de mai ne sont pas au rendez-vous. Espérons que la haute saison sera sauvée si le Corona régresse sensiblement.
La fermeture de l’espace européen aux visiteurs associée à la fermeture de nos frontières aux voyageurs italiens et autres dispositions comme les restrictions de vols et la mise en quarantaine 14 jours de certains visiteurs étrangers, vont coûter très cher aux compagnies aériennes tunisiennes.
Certes, cette crise comporte de maigres consolations comme la baisse des prix de pétrole sur le marché mondial que nous importons en grandes quantités. Encore faut-il exploiter de façon optimale le recours aux contrats d’achat à terme et pouvoir disposer d’une grande capacité de stockage pour soulager autant que possible notre balance commerciale extérieure et notre budget.
Ce qui constitue un véritable problème, c’est que sous prétexte de confinement anti-contagion et de couvre-feu, un certain nombre de travailleurs font preuve de laxisme, d’absentéisme et de mauvaise volonté au travail, de quoi faire baisser la production et enclencher la récession qui pourrait nous coûter deux points de croissance en 2020.
La lutte quotidienne contre la pandémie à tous les niveaux par tous les acteurs du système de santé et de la société civile de façon solidaire ne doit pas nous détourner de nos autres difficultés. Les pouvoirs publics ne doivent pas occulter les autres défis
à relever et qui découlent de la détérioration de nos indicateurs économiques et financiers de notre pays avant même l’invasion du corona.
Il faut espérer que les impacts et les retombées soient les moins graves et les moins durables possibles afin de permettre à notre pays de re-panser ses plaies rapidement dès la régression du coronavirus.
L’arbre du corona ne doit pas cacher la forêt de difficultés qui attendent le gouvernement Fakhfakh. En effet, les priorités parmi les urgences du nouveau gouvernement fixées par lui-même méritent d’être rappelées. La restauration de la sécurité telle qu’elle est ressentie par le citoyen tunisien dans sa vie quotidienne et par l’investisseur extérieur dans l’exercice de ses activités professionnelles dans notre pays.
C’est la condition de base de la stabilité et du retour de la confiance, facteurs fondamentaux de la croissance. Il y a ensuite l’amélioration du pouvoir d’achat du Tunisien grâce à la lutte contre l’inflation menée par les spéculateurs et à la maîtrise des circuits de distribution des produits alimentaires par les services de l’Etat.
De quoi briser le cercle infernal et la course-poursuite entre augmentations salariales et flambée du coût de la vie.
La relance de l’économie grâce à des mesures urgentes au profit des PME mais aussi des grandes entreprises capables d’investir, dans de grands projets de développement, d’impulser la croissance, de promouvoir les exportations et de créer des emplois dans les zones intérieures du pays.
L’investissement doit devenir avec les exportations le moteur de la croissance. La réduction du déficit commercial, qui a atteint des proportions graves qui menacent nos industries et notre tissu entrepreneurial, et ce, en protégeant notre économie nationale contre la contrebande et l’économie parallèle.
Un Etat souverain, c’est celui qui veille sur la légalité des transactions commerciales et protège le tissu économique transparent.
Le gouvernement se doit de mettre à exécution la stratégie nationale de lutte contre la corruption sous toutes ses formes. Celle-ci coûte 20% environ de surcoût pour les marchés publics, sans compter l’impact négatif des malfaçons.
Cela se traduit par 1% de croissance du PIB en moins par an selon les experts.
Il y a également un challenge à remporter, celui de la mobilisation des ressources financières nécessaires pour pouvoir boucler le budget de l’Etat pour l’année en cours.
Ce qui ne semble pas être une tâche aisée vu le retard enregistré dans le déblocage des deux dernières tranches du prêt FMI, de nos obligations de remboursement de crédits extérieurs pour un montant de 11 millions de dinars, mais aussi des difficultés à mobiliser des ressources financières sur le marché financier international à des taux modérés, compte tenu de notre notation souveraine par les agences de Rating.
L’application de la réforme fiscale conçue par le Conseil national de la fiscalité depuis 2016 pourrait soulager le budget et le Trésor public dans le cadre de la justice fiscale.
Il faut dire qu’il y a carence de recouvrement des amendes et infractions douanières pour un total de 12 à 14 milliards de dinars.
Il est grand temps de mettre un terme définitif à la crise du Bassin minier de Gafsa et d’organiser le redressement de la production, du transport et de la transformation des phosphates.
Cela pourrait se faire sous forme d’un pacte de développement entre l’Etat, la compagnie et la société civile de la région.
Sur la base d’un programme d’investissement et de partenariat public-privé à long terme avec création d’emplois, réalisation d’infrastructures de base, services socio-collectifs et amélioration sensible du cadre de vie de la population. CPG et GCT sont capables de faire réaliser au pays un à deux pour cent de croissance.
Afin d’apaiser la tension sociale, il faudrait mettre en œuvre un mécanisme fiable pour la résolution par étapes de la situation sociale précaire des travailleurs des chantiers et des enseignants suppléants, un problème récurrent depuis dix ans qui mine le climat éducatif et détériore le niveau de l’enseignement.

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